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Mathilde le Rouzic, entre résilience et opportunisme

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Elle aurait pu devenir votre médecin traitant, elle est finalement devenue une entrepreneuse dans le secteur de l’e-santé. A 42 ans, Mathilde le Rouzic a vécu plusieurs vies et compte trois start-up à son actif. La dernière en date, Hellocare, permet de solliciter un médecin en ligne afin de recevoir instantanément un avis médical en vidéo.

Mais avant d’en arriver à la création de cette dernière société, Mathilde le Rouzic a connu un parcours riche en rebondissements. Comme disait Xavier Niel au début du mois dans les colonnes du Parisien, les entrepreneurs ne sont «que l’accumulation de leurs échecs». Car entreprendre ne rime pas systématiquement avec strass et paillettes, mais plutôt et surtout avec abnégation, résilience et agilité.

De la médecine à Apple 

Bac scientifique en poche, Mathilde le Rouzic a commencé à forger son caractère agile en étudiant tour à tour la médecine, le droit, les sciences politiques et les religions. A la sortie de ses études, cette admiratrice de Mick Jagger organise des soirées électro, ce qui lui permet de rapidement se construire un carnet d’adresses conséquent dans l’industrie musicale.

Un ami chez Apple lui ouvre les portes de la marque à la pomme. Mathilde le Rouzic rejoint Apple en 2000 et y reste plusieurs mois. Cependant, l’immensité de la structure américaine ne correspond pas à son idéal. «Je n’aime pas trop être une petite pièce de la machine. Ce que j’aime, c’est d’avoir une vision globale», concède-t-elle.

«J’ai envie que mes enfants se disent que tout est possible»

La naissance de sa fille déclenche son envie d’entreprendre. En 2004, elle crée ainsi la boutique en ligne de cadeaux Bagatelles. Le virus de l’entrepreneuriat ne la quittera plus. Elle lancera par la suite Quaelead, une entreprise spécialisée dans les moteurs de recherche verticaux, en 2009 et donc Hellocare dans l’e-santé l’an passé. «Ce qui me motive, c’est d’être en dehors de ma zone de confort», précise Mathilde le Rouzic. Ça tombe bien, la vie d’entrepreneur est tout sauf confortable.

Elle l’apprendra à ses dépens au cours de son expérience chez Quaelead, où elle sera confrontée au cauchemar de tout chef d’entreprise : licencier une partie de son équipe en raison de problèmes de trésorerie. «C’était un moment compliqué, les gens ne comprennent pas forcément… Mais cela m’a amené à réagir en fonction d’une situation difficile. Il est important de développer sa capacité à absorber les chocs, c’est un instinct de survie. J’ai envie que mes enfants se disent que tout est possible», explique-t-elle.

Sa grand-mère, son mari, sa soeur et Jean-Yves Robin, sources d’inspiration 

Cette résistance intérieure aux aléas de la vie, Mathilde le Rouzic l’a puisée dans sa grand-mère, qui lui a donné l’envie de rester indépendante, et son mari, Nicolas, également entrepreneur. La disparition de sa soeur, il y a cinq ans, a également été un moment charnière dans son existence dans la mesure où cet événement a bouleversé son approche globale. «Cela a renforcé mon envie de changer quelque chose dans le quotidien des gens. Hellocare va totalement dans ce sens», explique-t-elle. C’est aussi dans cette résilience face aux événements que l’entrepreneuse s’est dotée d’un tempérament foncièrement optimiste.

A ses débuts dans la vie professionnelle, Mathilde le Rouzic a puisé son inspiration dans Jean-Yves Robin, qui a monté le dossier médical partagé en France (DMP), lors de son passage chez Uni-Médecine de 2001 à 2004. «C’est sa boîte que j’ai quittée quand j’ai créé ma première entreprise (NDLR : Bagatelles). Il m’a même aidé à la monter !», confie Mathilde le Rouzic.

L’entrepreneuse française éprouve également une certaine admiration pour Jean-Charles Samuelian, qui a créé Alan, une assurance complémentaire santé digitale, Steve Jobs, pour son sens de la communication et son rapport au design, et Elon Musk, «même s’il me fait un peu peur», glisse-t-elle, le sourire au coin des lèvres.

Comment concilier vie de famille et projets professionnels ?

Malgré ses projets professionnels, Mathilde le Rouzic n’en oublie pas pour autant sa famille. Et pour cause, avant d’être une entrepreneuse, elle est la mère de deux enfants. «Il existe une grande porosité entre la vie professionnelle et la vie personnelle, il faut trouver un équilibre», note-t-elle. Et d’ajouter : «C’est difficile dans le couple, il faut que le conjoint comprenne qu’entreprendre demande un engagement physique et intellectuel.» Avec ses enfants, Mathilde le Rouzic a également appris à trouver le juste milieu. Délaissant sa casquette d’entrepreneuse pour enfiler son costume de parent, elle mise sur la communication pour leur faire comprendre ses engagements. «Je privilégie avant tout la qualité des moments avec mes enfants», explique-t-elle.

En dehors de sa vie de famille et de ses projet professionnels, Mathilde le Rouzic tente de garder quelques «bulles d’air» pour recharger les batteries. Résidant dans le Sud de la France, à Sanary-sur-Mer, elle est ainsi une adepte du surf. «Je suis très aquatique», concède-t-elle. Loin de l’effervescence de la Tech parisienne, l’entrepreneuse ne regrette pas de vivre à quelques centaines de kilomètres de la capitale et de Station F. «L’environnement parisien d’aujourd’hui ne me convient pas», lâche la co-fondatrice de Hellocare. Pour autant, en raison de ses obligations professionnelles, elle ne coupe pas les ponts avec Paris et effectue même au moins trois trajets par mois pour rallier l’épicentre de la French Tech.

Si son aventure entrepreneuriale actuelle avec Hellocare l’amène pour l’instant à rester en France, Mathilde le Rouzic est tentée par une expérience avec sa famille à l’étranger. Elle est surtout attirée par l’Asie, notamment la Thaïlande, où elle s’est déjà rendue, et le Vietnam, où elle possède quelques attaches familiales. Par ailleurs, l’entrepreneuse n’émet aucune opposition à l’idée de vivre à Cape Town, en Afrique du Sud, non pas pour l’écosystème sud-africain… mais plutôt pour ses spots de surf. Dans ses rêves, Mathilde le Rouzic pense à faire un tour du monde en bateau. Après tout, la vie n’était-elle pas une succession d’improvisations ?

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Maxence Fabrion

Journaliste chez Adsvark Media / FrenchWeb - We Love Entrepreneurs

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