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Proteus Digital Health, la licorne du médicament digital, en danger de mort ?

Par Denise Silber pour FrenchWeb

Proteus Digital Health, pionnier du marché des « smart pills » et valorisé à 1,5 milliard de dollars pourrait fermer, faute de 100 millions de dollars d’investissements.

Le 8 décembre 2019, nous apprenons que Proteus Digital Health, l’une des rares licornes en santé digitale et détentrice de 500 brevets, est en restructuration et pourrait fermer, faute des 100 millions de dollars prévus par un investisseur qui ne suit pas et qui refroidit les autres.

Lancée en 2004, la startup Proteus Digital Health de Redwood City en Californie, à dix kilomètres de Palo Alto, voit son avenir enfin briller le 13 novembre 2017 lorsque la FDA, l’agence américaine de l’alimentation et du médicament, annonce l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament digital. Pour la première fois, un médicament pharmaceutique intègre un système de suivi digital de la prise du produit par le patient et c’est grâce à la technologie de Proteus. Le traitement pharmaceutique de la schizophrénie du laboratoire japonais Otsuka, Abilify commercialisé depuis 2002, devient Abilify My Cite,leader d’un des marchés dynamiques de l’e-santé, les pilules intelligentes.

Dans le cas d’Abilify My Cite, le suivi de la prise du traitement est rendu possible par un dispositif, imaginé par le co-fondateur de Proteus, Andrew Thompson, entrepreneur chevronné, diplômé de Cambridge et de Stanford. L’innovation consiste en un trio: un capteur d’un millimètre, en magnésium et cuivre et «ingestible»,  un patch à placer sur le torse du patient, et une application mobile. Lorsque le capteur est exposé à l’acide de l’estomac, il envoie un signal au patch qui alerte le patient et des personnes éventuellement désignées par lui, à la diffusion du médicament.

Compte tenu de la difficulté d’assurer le suivi du traitement par le patient atteint de schizophrénie, le «médicament digital» semble répondre à un besoin. Abilify Mycite fait la une de l’actualité de la santé digitale. Les prévisions de croissance du marché de la «smart pill» sont renforcées par l’arrivée de ce traitement.

Des investisseurs de taille comme Novartis Venture Fund et Kaiser Permanente Ventures apportent 420 millions de dollars à la startup. Dès l’année qui suit, Proteus atteint une valorisation de 1,5 milliard de dollars et rentre dans la catégorie des licornes e-santé. Le laboratoire Otsuka, quant à lui, apporte 88 millions de dollars en octobre 2018, pour poursuivre les travaux dans le domaine de la santé mentale. Cela fait plus de 500 millions de dollars.

Et puis, le 8 décembre, 2019, nous apprenons que cette somme n’a pas suffi. Proteus est en difficulté. Abilify MyCite n’a pas atteint ses prévisions de vente. Otsuka n’a pas suivi la nouvelle phase d’investissement et d’autres investisseurs qui attendaient son signal sont partis. Est-ce que le médicament digital est trop compliqué à prescrire  ou à mettre en place chez le patient? Est-ce que le patient schizophrène qui souffre également de paranoïa est troublé par le dispositif de suivi? La communication médicale a-t-elle été défaillante? La majorité des salariés de Proteus a été mise en congé technique pendant quinze jours en novembre. La société qui compte 300 employés selon LinkedIn, est en restructuration.

 

Crédit: Seb Hartzell et Amir Sheikh/ Proteus Digital Health.

La contributrice:

Denise Silber, présidente de Basil Strategies et fondatrice des événements Doctors 2.0 & You, est conférencière et consultante en communication de la santé digitale. Sa volonté d’améliorer la qualité des soins et de renforcer le rôle des patients la conduit depuis les débuts du Web à s’engager dans ce nouvel écosystème.

Conseillère des acteurs de santé publics et privés et communicante sur les réseaux, par l’intermédiaire des événements, et des publications pour l’Institut Montaigne, elle devient rapidement leader d’opinion digital en France et à l’international. Décorée de la Légion d’honneur en 2011, puis nommée aux «Inspiring Fifty», le top cinquante femmes inspirantes de la tech en France en 2018, Denise Silber, franco-américaine, est titulaire du MBA de Harvard et vice-présidente du Harvard Club de France.

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