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Quels sont les challenges du salarié en télétravail?

Par Bertrand Duperrin, expert FrenchWeb

Travailler à distance ça n’est pas juste s’installer chez soi devant un ordinateur et faire comme si on était au bureau. Il ne s’agit pas que d’un problème de distance pure, de travail ou encore d’organisation, il s’agit également de compenser un certain nombre de manques de repères. Au final le collaborateur se retrouve avec des challenges qui touchent autant son travail que sa vie et son équilibre personnel.

1) Adopter les bonnes pratiques collaboratives et les bons outils

Je ne vais pas m’étendre davantage sur le sujet que j’ai traité ici au travers des cas d’usages de la collaboration en télétravail.

Travailler seul dans son coin demande quelques adaptations mais c’est loin d’être insurmontable. Travailler ensemble par contre est un sujet autrement plus sensible.

Et attention à ne pas tomber dans le piège qui consiste à dire « mais ça on le fait déjà au bureau donc ça ira ». Dans la plupart des cas, au bureau, on collabore mal et on utilise les outils mis à disposition encore plus mal car on a les moyens de compenser par des contacts physiques informels régulièrement. A distance on perd ces contacts et on se rend compte que pratiques collaboratives et utilisation des outils les permettant sont au mieux perfectible et au pire totalement dysfonctionnelles.

2) Perte des échanges informels, du « off », du contexte

Si vous regardez ce que vous échangez avec vos collègues dans les échanges “nécessaires” à votre travail vous vous rendrez comptes que vous ne vous dites que les chose “nécessaires”, pas forcément les choses utiles. Je parle des échanges d’emails, des réunions physiques ou virtuelles sur des projet ou quoi que ce soit avec, en théorie, un ordre du jour précis, des informations mises dans le CRM, les outils de gestion projet, les outils RH etc.

Les choses utiles on les apprend en dehors. En allant voir un collègue à son bureau, par une discussion informelle dans un couloir ou à la machine à café, par un signe de la tête ou un clin d’œil à distance (voire pendant une réunion), en observant l’attitude et la réaction des gens, par tchat…

Les choses utiles ce sont les éléments de contexte qui permettent d’exploiter le reste, une fois qu’on a enlevé le politiquement correct, la langue de bois, et qu’on ajoute la poussière savamment cachée sous le tapis dans les échanges formatés et dont on ne parle qu’entre gens de confiance en comité restreint.

C’est ce qu’on a glané comme information chez un client, c’est un dysfonctionnement interne dont personne ne parle mais dont un collègue vous prévient, c’est une information capitale que votre n+2 garde jalousement pour lui mais que par chance quelqu’un à entendu au coin d’un couloir et juge utile de le partager avec vous, c’est savoir qu’untel n’est pas au mieux en ce moment…et j’en passe.

Faites l’essai. Contentez vous de l’information obtenue dans dans échanges prévus et organisés et coupez vous du reste. C’est comme si on vous avait enlevé un de vos sens, voire plus.

Bref, à distance il est essentiel de se donner les moyens de capter ces informations, les signaux faibles à nouveau. En maintenant des échanges réguliers par tchat (et pas uniquement pour des échange “nécessaires), à 2 et/ou en groupe, en instaurant des vidéo conférences pour prendre sa pause café entre collègues, en utilisant au mieux un réseau social d’entreprise dans sa dimension “engagement” et “sociale”.

Là encore attention à ne pas sombrer dans la facilité : seulement 7% de la communication passe par les mots, 93% par ce qu’on appelle le non verbal. Plus on est à distance et plus on l’est longtemps plus il est important d’entendre au moins la voix des gens et idéalement de les voir de visu. Le tchat c’est facile, mais exploitez le téléphone et la vidéo c’est mieux.

A distance si on se contente des échanges “nécessaires” on perd l’essentiel des informations nécessaires à son travail.

3) Avoir la tête au travail

Le travail ça n’est pas une question d’endroit ou de moment mais une question d’état d’esprit et d’attitude. Comme je l’ai dit dans mon article sur l’organisation personnelle dans le télétravail, cela recouvre beaucoup de choses car l’attitude est conditionnée par un certain nombre de facteurs

1°) Un endroit dédié

2°) Un espace de travail dégagé et organisé

3°) Une tenue vestimentaire le plus proche possible de celle qu’on aurait au travail.

4°) Pas d’interruptions (facile quand on est seul, compliqué avec la famille)

5°) Respect strict des horaires (commencer à l’heure)

De manière générale il faut que quand on s’installe tous les signaux disent “tu es au travail” et de la même manière, quand on va se déplace dans une autre partie de l’habitation tout dise “coupe et change toi les idées, tu n’est plus au travail). Je connais même des gens qui vont jusqu’à se changer après leur journée de télétravail.

4) Ne pas se faire phagocyter par son travail

Contrairement à une idée trop ancrée chez des gens qui pensent qu’un collaborateur qu’on ne surveille pas fera tout pour en faire le moins possible et cachent leur incapacité à être des leaders derrière une volonté de tout contrôler, le vrai risque avec le télétravailleur c’est qu’il en fasse trop.

Cela peut arriver car il adore son travail et le fait de ne pas être obligé de rentrer chez lui à la fin de la journée fait qu’il oublie simplement de quitter son bureau voire y revienne dès qu’une idée lui passe par la tête. A fortiori s’il vit seul et que personne ne vient lui rappeler l’heure du diner.

Cela peut aussi – et souvent – arriver car il culpabilise d’être en télétravail. Dans une entreprise où la culture du présentéisme est forte, où le management est visuel et plutôt en mode “control & command” le salarié en télétravail sait qu’on n’a pas confiance en lui, qu’on le soupçonnera toujours de ne pas assez en faire, de tricher. Alors il essaye d’être plus irréprochable qu’irréprochable, de prpuver qu’on peut lui faire confiance et à la fin il en fait trop.

Cela peut arriver, tout simplement, parce qu’en télétravail on peut perdre ses repères. La vie n’est plus rythmée par les trajets domicile-travail, on peut vivre plusieurs vies (professionnelles et personnelles) dans une seule pièce ou presque, sans quitter son fauteuil, en perdant en quelque sorte la notion du temps.

Même si on trouvera encore des personnes pour trouver qu’un salarié qui surtravaille est plutôt une bonne nouvelle, il n’est plus aujourd’hui besoin d’en expliquer les conséquences négatives en termes de risques psychosociaux, burn-out etc…

Quelques pratiques simples pour éviter cela

1°) Respecter ses horaires de travail (terminer à l’heure)

2°) Ne pas oublier les pauses et les faire dans une autre pièce que celle où on travaille

3°) Garder des contacts amicaux et informels avec les collègues…et les amis.

4°) Idéalement avoir des environnements de travail différentes pour le professionnel et le personnel (pas le même ordinateur / pas le même compte sur une même machine….)

5) Prendre soin de soi

Conséquence du risque d’en faire trop et de perdre de ses repères, le risque de s’oublier soi-même. Conséquences à terme : dégradation de la forme physique, de l’estime de soi, laisser aller général….

1°) Déjà travailler sur un vrai bureau, sur un siège fait pour cela et avec un écran à la bonne hauteur. Si vous travaillez sut un porteur mettez le sur un réhausseur et utilisez un clavier et une souris séparées.

2°) Faire une séance de sport tous les jours. 30 minutes le matin avant de commencer, le soir après avoir fini, ou pendant une pause.

3°) Faire attention aux repas : faire de vrais repas aux bonnes heures et à table. Manger devant son écran est une vraie bêtise au bureau, c’est vraiment dangereux chez soi. Et vu qu’on n’a plus la question des trajets, prendre le temps de vraiment cuisiner et proscrire à tout prix les plats préparer. Dernier point : adaptez votre apport calorique à votre activité physique en baisse.

4°) Je parlais plus haut de la nécessité d’une tenue appropriée. Inutile de préciser que travailler de chez soi ne dispense pas de prendre une douche le matin, de se raser etc…. travailler de chez soi ne veut pas dire vivre comme l’homme des cavernes nous prétexte qu’on ne voit personne.

5°) Maintenir le lien social avec les autres.

6°) Sortir faire un tour après le travail..

Inutile de préciser que tout cela est d’autant plus critique de la période de télétravail est longue, qu’elle est imposée et pas choisie. Inutile de préciser également que le manager fait face à encore plus de challenges dont on parlera dans un autre billet.

L’expert:

bertrand-duperrinBertrand Duperrin est directeur de l’Expérience Employé chez Emakina, agence digitale présente dans 13 pays. Durant toute sa carrière il a officié au croisement entre la technologie, la mise en performance des talents et la performance de l’organisation. Auparavant il a occupé des postes de directeur dans le monde du Conseil en Management ou dans l’édition de logiciel. Il est également passionné par l’industrie du voyage en général et l’aérien en particulier.

Les Experts

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Un commentaire

  1. Vouloir mettre des femmes pour mettre des femmes, totalement débile et inégalitaire au passage. Quand un homme passe des concours, doit se battre pour sa place, les femmes elles ont des formations « réserver ». De plus, de nombreuses femmes ne sont pas intéresser par le métier de développeur. Suffis de voir le nombre malgré le pognon et des tentatives qui coutent. On ferait mieux d’intégré ceux et celles qui en veulent vraiment au lieu de faire de la discrimination positive. Aujourd’hui rien n’empeche une personne de faire les études qu’elles souhaites. Il serait le temps de remettre leurs « logiciel » à jour.

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