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WHEERE lève 8,5 millions d’euros pour porter son système indoor en orbite

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Le GPS est devenu l’une des infrastructures les plus critiques de l’économie mondiale. Chaque jour, des milliards de smartphones, véhicules, avions, navires ou réseaux logistiques s’appuient sur les signaux émis par des constellations satellitaires pour se repérer dans l’espace. Pourtant, cette infrastructure présente une faiblesse connue depuis son origine : elle fonctionne remarquablement bien à l’extérieur, beaucoup moins à l’intérieur.

Usines, entrepôts, tunnels, hôpitaux, sites industriels, infrastructures souterraines ou bâtiments complexes constituent autant de zones où la précision des systèmes de géolocalisation se dégrade fortement. C’est précisément sur cette faille que s’est construite Wheere. La startup montpelliéraine, fondée en 2020 par Pierre-Arnaud Coquelin et Antoine Carrabin, annonce une levée de 8,5 millions d’euros destinée à financer les prochaines étapes de son développement.

Derrière cette opération se cache une ambition plus vaste, après avoir développé une technologie capable de localiser personnes et équipements à travers plusieurs dizaines de mètres de béton, l’entreprise prépare désormais son entrée dans le secteur spatial. Son objectif est d’étendre son système à l’échelle mondiale grâce à une constellation de satellites et devenir un acteur du marché du Positioning, Navigation and Timing (PNT), aujourd’hui dominé par les grandes infrastructures étatiques.

Le GPS fonctionne partout… sauf là où l’économie produit réellement de la valeur

L’essor de l’industrie 4.0 a remis en lumière une limite longtemps considérée comme secondaire. Si le GPS a révolutionné la navigation extérieure, il reste mal adapté aux environnements fermés.

Pour répondre à ce problème, les industriels ont multiplié les solutions alternatives. Bluetooth, WiFi, RFID, Ultra Wide Band (UWB), vision par ordinateur ou réseaux de capteurs permettent de localiser des équipements ou des personnes dans des environnements spécifiques. Mais ces technologies présentent chacune leurs contraintes : couverture limitée, coûts d’installation élevés, précision variable ou dépendance à des infrastructures complexes.

Cette fragmentation freine l’émergence d’un standard universel. D’autant que pour les industriels, l’enjeu dépasse la simple géolocalisation, il s’agit désormais de suivre des actifs en temps réel, sécuriser des travailleurs isolés, optimiser les flux logistiques ou alimenter les jumeaux numériques qui deviennent progressivement le centre nerveux des usines modernes.

Une technologie conçue pour traverser les murs

L’approche de Wheere repose sur l’utilisation de fréquences VHF capables de mieux se propager dans les environnements complexes que les technologies habituellement utilisées pour la localisation. La société affirme pouvoir traverser jusqu’à cinquante mètres de béton tout en conservant une précision métrique. Elle met également en avant une infrastructure particulièrement légère : quatre antennes suffiraient à couvrir un kilomètre carré.

Cette promesse répond directement aux contraintes de nombreux sites industriels où le déploiement de centaines de balises ou de capteurs représente un investissement important.

Les premiers déploiements réalisés auprès de groupes comme TotalEnergies, EDF ou L’Oréal constituent aujourd’hui le principal argument de crédibilité de la startup.

Wheere veut-elle remplacer le GPS ou simplement le compléter ?

Si le discours de l’entreprise évoque régulièrement la souveraineté, la création d’un nouveau standard mondial ou encore la construction d’une infrastructure alternative, les usages actuellement adressés par Wheere apparaissent davantage complémentaires que concurrents des systèmes GNSS existants.

Dans le scénario le plus réaliste, la startup viendrait surtout combler la principale faiblesse du GPS.

Le GPS assurerait la localisation extérieure et Wheere prendrait le relais à l’intérieur des bâtiments. L’utilisateur bénéficierait alors d’une continuité de positionnement entre les différents environnements.

Pourquoi envoyer cette technologie dans l’espace ?

L’ambition spatiale de Wheere est d’éliminer progressivement la dépendance aux infrastructures terrestres.

Aujourd’hui, la technologie repose sur des antennes installées sur les sites à couvrir mais demain, l’entreprise souhaite transmettre ses signaux directement depuis l’espace grâce à une constellation de satellites en orbite basse.

Le projet s’inscrit dans le segment émergent des infrastructures PNT, pour Positioning, Navigation and Timing. Ces systèmes constituent l’une des couches invisibles mais essentielles de l’économie numérique. Ils permettent non seulement de localiser des équipements mais également de synchroniser des réseaux énergétiques, des infrastructures télécoms ou des systèmes financiers.

Pour Wheere, l’objectif consiste à rendre sa technologie directement accessible aux objets connectés, aux robots, aux véhicules autonomes ou, à terme, aux smartphones sans nécessiter d’infrastructure spécifique au sol.

Passer de l’indoor à l’orbital, un changement de dimension

C’est également là que commencent les difficultés, car concevoir une technologie radio innovante constitue déjà un défi complexe, construire une infrastructure spatiale en représente un autre.

Aujourd’hui, Wheere développe des systèmes de localisation, des logiciels et des équipements radiofréquence. Demain, l’entreprise devra également maîtriser les opérations orbitales, les charges utiles spatiales, la gestion d’une constellation et les contraintes réglementaires associées.

L’histoire récente du New Space européen montre que ce passage est rarement linéaire, plusieurs startups ont découvert que les compétences nécessaires à la réussite d’un projet spatial diffèrent fortement de celles mobilisées dans les premières phases de développement technologique.

C’est pourquoi la démonstration orbitale prévue au premier semestre 2027 constitue probablement le jalon le plus important de la feuille de route de l’entreprise.

Le pari ASIC, l’autre chantier stratégique

Un autre élément retient notre attention, le lancement d’un programme ASIC. L’objectif consiste à développer une puce propriétaire capable d’intégrer directement la technologie Wheere dans des équipements tiers. Smartphones, robots industriels, drones, véhicules autonomes ou objets connectés pourraient ainsi embarquer nativement le système.

L’histoire des infrastructures technologiques montre que la valeur finit souvent par trouver place dans les composants matériels. Dans l’intelligence artificielle, NVIDIA s’est imposé grâce à ses puces. Dans la géolocalisation, Qualcomm est devenu un acteur central grâce à l’intégration des technologies GNSS dans ses composants.

Pour Wheere, le véritable avantage concurrentiel de demain pourrait être autant dans le silicium que dans les satellites.

Une levée de transition avant une opération beaucoup plus importante

Le financement annoncé, se compose de 4,2 millions d’euros en capital et de 4,3 millions d’euros de financements non dilutifs. L’opération ressemble davantage à un bridge qu’à un véritable tour de croissance. Cette levée doit permettre à l’entreprise de franchir les dernières étapes avant une Série A de 40 millions d’euros.

Les investisseurs historiques, Blast Club, Éric Larchevêque, Sofilaro et plusieurs business angels ont participé au financement de cette phase intermédiaire. Mais les fonds susceptibles de participer à une Série A de cette ampleur exigeront davantage que des promesses technologiques. La société identifie elle-même les deux indicateurs qui conditionneront la prochaine étape, à savoir une validation orbitale réussie en 2027 et la signature de contrats pluriannuels.

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