ANTHROPIC recrute le patron IA d’ORANGE pour accélérer son développement en Europe
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La guerre de l’intelligence artificielle ne se joue plus uniquement dans les laboratoires de recherche ni dans les centres de données, mais désormais au sein des directions informatiques des grands groupes. Anthropic vient de recruter Steve Jarrett, Chief AI Officer d’Orange depuis 2019, signal que la prochaine étape de son développement passe par la conquête des grandes entreprises européennes.
Le dirigeant américain rejoindra officiellement le créateur de Claude le 25 août prochain. Basé à Paris, il sera chargé, dans un premier temps, d’adapter les produits d’Anthropic aux marchés européens et africains. L’annonce intervient quelques semaines après l’ouverture d’un bureau à Milan et alors que la société prévoit de tripler ses effectifs internationaux avant son introduction en Bourse.
Chez Orange, Steve Jarrett n’a pas seulement supervisé des projets d’intelligence artificielle, mais a conduit une transformation industrielle à grande échelle. Dans un message publié sur LinkedIn, il rappelle que les initiatives Data et IA du groupe ont généré plus de 300 millions d’euros de valeur en 2025, avec un objectif de 600 millions d’euros de gains annuels à l’horizon 2028. Plus révélateur encore, plus de 90 % des 130 000 collaborateurs du groupe utilisent désormais les outils internes d’intelligence artificielle.
Ces chiffres traduisent une évolution profonde des critères d’évaluation de l’IA dans les grandes entreprises. Après mesuré le succès des projets IA au nombre de cas d’usage expérimentés ou de pilotes lancés, les conseils d’administration demandent des indicateurs financiers, des gains de productivité mesurables et des retours sur investissement documentés. Steve Jarrett fait partie des rares dirigeants européens capables de démontrer cette création de valeur à très grande échelle.
Son parcours illustre également la transformation du rôle de Chief AI Officer. Son périmètre dépassait largement les seuls modèles de langage, il pilotait la stratégie Data & AI, les partenariats technologiques avec OpenAI, Google et Amazon, les migrations vers le cloud, les projets de souveraineté numérique ainsi que les programmes de formation.
Le bilan qu’il dresse de ses sept années chez Orange est révélateur à la fois de son parcours et de la stratégie du groupe Telecom. Ainsi Orange revendique le développement des premiers modèles vocaux capables de reconnaître avec précision plusieurs langues africaines, notamment le wolof, le swahili, le bambara ou le lingala, afin d’améliorer l’accès aux services numériques. Il met également en avant la première solution européenne d’agents souverains reposant sur LangChain, la construction d’un jumeau numérique du réseau avec Amazon, une relation directe avec OpenAI, l’une des plus importantes migrations de données d’un opérateur télécom vers Google Cloud Platform ainsi qu’un partenariat avec Coursera pour former gratuitement plusieurs milliers d’Africains aux métiers de la donnée et de l’intelligence artificielle.
Pris séparément, chacun de ces projets témoigne d’une capacité d’innovation. Ensemble, ils dessinent surtout une expertise dans l’industrialisation de l’IA, et c’est probablement cette accumulation d’expériences qui a séduit Anthropic. Le laboratoire ne recrute pas un spécialiste des modèles de langage mais un dirigeant qui sait comment déployer ces technologies dans une organisation de plus de cent mille salariés, sous fortes contraintes réglementaires et opérationnelles.
Le périmètre de sa future mission confirme cette lecture. Steve Jarrett sera chargé d’adapter les produits d’Anthropic aux marchés européens et africains. Dans un contexte où les modèles d’intelligence artificielle doivent désormais s’adapter à des réalités économiques, culturelles et linguistiques très différentes, cette connaissance du terrain devient un avantage concurrentiel.
Cette nomination illustre également l’évolution de la stratégie internationale d’Anthropic. Longtemps, les grands laboratoires américains ont développé leurs modèles aux États-Unis avant d’en assurer la commercialisation depuis quelques bureaux européens. Cette logique atteint aujourd’hui ses limites, les entreprises européennes attendent davantage qu’un simple accès aux modèles les plus performants, et demandent des garanties sur la gouvernance des données, la conformité au règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’intégration avec leurs systèmes d’information et la maîtrise des risques. Adapter un produit à ces exigences suppose une connaissance intime des attentes des grands comptes européens.
Le maintien de Steve Jarrett à Paris traduit cette volonté de proximité. La capitale française s’impose progressivement comme un point d’ancrage pour les laboratoires américains. Elle concentre à la fois des centres de recherche de premier plan, un écosystème dense de startups, de grands groupes engagés dans leur transformation numérique et un vivier de dirigeants ayant déjà conduit des déploiements industriels de l’IA. Paris n’est plus seulement un réservoir d’ingénieurs et devient un centre de décision pour les stratégies européennes des acteurs américains.
Ce recrutement révèle enfin une évolution plus discrète de la guerre des talents. Depuis trois ans, la compétition portait principalement sur les chercheurs en intelligence artificielle, les ingénieurs spécialisés dans les modèles fondamentaux ou les experts des infrastructures de calcul. Une nouvelle catégorie de profils devient désormais stratégique : les dirigeants capables de transformer des technologies prometteuses en valeur économique mesurable. Les Chief AI Officer, les responsables de la gouvernance des données et les architectes de la transformation numérique deviennent les nouvelles cibles des grands laboratoires.
Pour Anthropic, la conquête de l’Europe ne dépend plus uniquement de la qualité de Claude, mais également de sa capacité à comprendre les réalités opérationnelles des entreprises européennes, mission acceptée par Steve Jarrett.







