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Cuisinons en 2016 notre bon sens paysan à la sauce lean start-up!

A peine remis du marathon annuel que constitue la trêve des confiseurs et son lot d’excès en tous genres, nous voilà déjà plongés en plein cœur du CES à Las Vegas, show international incontournable consacré à l’électronique grand public, et territoire de prédilection des grands fauves de l’innovation que nous sommes, nous, les futuristes. Deux remarques me viennent immédiatement après ce salon : j’ai mal à l’estomac d’excitation tant je touche du doigt de manière très concrète la révolution digitale qui déferle sur nous depuis déjà plusieurs années et qui se concrétise ici par des milliers d’innovations absolument bluffantes ; je suis impressionné par le nombre de start-up issues de l’écosystème français présentes sur le salon (j’en ai compté plus de 200, ce qui représente le second plus gros contingent après les États-Unis).

2015 peut définitivement être qualifiée en France comme étant l’année des start-up. Bien au-delà du cercle restreint des entrepreneurs et geeks, c’est tout un pays qui a pris conscience du potentiel de ses petites pépites technologiques! Que ce soit l’opinion publique, les grands groupes, les médias, les étudiants, pas un pan de notre économie qui n’essaie, à son niveau, de faire partie de l’aventure de ces entrepreneurs représentant notre futur ou de s’inspirer de leurs méthodes. Oui de s’inspirer! Car bien au-delà de l’agitation médiatique qui les entoure, les entreprises technologiques à forte croissance, comme aiment à les qualifier nos amis les politiques, sont surtout un concentré de nouvelles méthodes de travail et d’organisation que tentent de copier tous les grands groupes.

Que ce soit sur les sujets du développement des produits, de la relation client, de l’innovation des équipes, de l’expérience utilisateur ou de la gestion de projet, les start-up, nourries dès leur naissance par le digital et une culture «Millennials», font preuve d’efficacité, de réactivité et d’adaptabilité, faisant pâlir de jalousie bon nombre d’entreprises traditionnelles. Au-delà des nombreux noms utilisés pour décrire ces méthodes de travail, dont le plus connu est le Lean Start-up, le succès de ces entreprises est surtout dû au bon sens que nos aïeuls appelaient «paysan» ! Car nulle méthode n’est gage de succès et les suivre aveuglément sans se poser les bonnes questions peut être un billet aller simple pour la case banqueroute du Monopoly sans passer par la banque. Je ne saurais trop d’ailleurs vous conseiller à ce sujet de lire le très bon billet de mon collègue Thomas Guyon dans ces mêmes colonnes !

Que de projets sans aucun pragmatisme ! Que de services sans aucun débouché potentiel ! Que de produits sans aucune utilité concrète ! Que de start-up sans business model dépassant le stade du doigt mouillé ! J’ai parfois l’impression d’assister à une course à l'échalote de professeurs Tournesol en panique à l’idée de rater le train de l’innovation. Et cela n’est pas réservé aux seuls porteurs de projets. Car bien souvent, le manque de bon sens se retrouve aussi dans les services des grands groupes. «Et si l’on créait un produit connecté !».

Vous n’avez pas idée du nombre de réunions que j’ai pu avoir pendant lesquelles je me suis entendu dire par les équipes produits qu’elles aimeraient bien que la prochaine génération soit connectée. Pourquoi? Pour quel service? Quelle facilité d’usage pour le consommateur  Trop de questions! Me voilà en moins de temps qu’il ne faut pour le dire qualifié d’empêcheur de tourner en rond.

Que cela plaise ou non, un produit ou un service doit répondre à un besoin, résoudre un problème auquel se confrontent les clients, faciliter la vie des usagers. Quelle que soit la méthode de développement appliquée, celle-ci doit se concentrer sur l’usage, sa simplicité et son design. La rapidité d’évolution de la technologie impose désormais une mise à jour permanente dictée par les consommateurs. Ceux-ci doivent être surveillés comme le lait sur le feu afin de détecter les usages qu’ils font de ce qu’ils achètent et d’immédiatement se remettre en question pour coller à leurs attentes à la version suivante. A la base d’un projet, on a l’ambition de répondre à un problème en proposant quelque chose de nouveau au marché. C’est à ce moment-là qu’il faut se concentrer sur l’expérience usager pour la rendre la plus intuitive, agréable et enrichissante possible. Cette phase initiale est cruciale dans tout lancement. D’où la pertinence de la méthode Lean se focalisant sur l’utilisateur et l’intégrant dans le processus de création produit.

Il faut cependant savoir garder les pieds sur terre et se concentrer sur son cœur de métier en privilégiant les partenariats pour développer des offres disruptives. OUI, les objets connectés introduisent une révolution dans de nombreux secteurs d’activité. OUI, les assureurs ont beaucoup à gagner à adapter leurs offres pour les personnaliser au maximum au quotidien de leurs clients. NON, ce n’est pas aux assureurs de développer des objets connectés ! Ce n’est pas leur métier ! L’utilisation des données issues de cesdits objets connectés l’est par contre. Ceci est vrai dans tous les secteurs d’activité.

S’adapter pour apporter plus de souplesse, de réactivité et d’innovation dans le cadre de son organisation ne peut être qu’une bonne chose si cela est opéré avec pragmatisme. Créer un produit ou un service en intégrant en amont les clients dans le processus de création et de mise à jour est clairement la bonne voie si l’on n’en oublie pas les contraintes économiques évidentes. Ce n’est cependant pas parce que les start-up sont à la mode qu’il faut aveuglément en copier aussi les erreurs. En résumé, un peu de bon sens bon sang ! Soyons innovants et mettons en 2016 à l’honneur le bon sens paysan !

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Jean-Christophe-Bonis-Oxymore-IncJean-Christophe Bonis, fondateur d’Oxymore Inc., est aujourd’hui associé et à la tête de la recherche et de la stratégie du cabinet de stratégie basé à Londres et Paris. Spécialisé sur les nouvelles technologies depuis plus de 15 ans pour le compte de fonds d’investissement puis en tant que consultant, il consacre sa vie professionnelle à l’analyse des conséquences des nouvelles technologies sur le comportement des consommateurs et les implications stratégiques sur les organisations.

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Lire aussi: Lean Startup: la méthode qui plante 93 start-up sur 100

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