
Décès de Claude Guillemot, l’un des architectes du champion européen du jeu vidéo UBISOFT
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Lorsque l’on évoque Ubisoft, le nom d’Yves Guillemot s’impose naturellement. Pourtant, l’histoire du groupe est celle d’une fratrie. Claude Guillemot, disparu à 69 ans dans un accident d’avion près de La Baule, appartenait au noyau fondateur qui a transformé une entreprise familiale bretonne en l’un des plus grands éditeurs de jeux vidéo au monde.
Né le 30 octobre 1956 à Carentoir, dans le Morbihan, il est l’aîné des cinq frères Guillemot. Fils d’Yvette et Marcel Guillemot, négociants agricoles, il grandit dans un environnement où les notions de gestion, de commerce et de travail collectif font partie du quotidien, comme ses frères Yves, Michel, Gérard et Christian, il participe très tôt aux activités de l’entreprise familiale.
Au début des années 1980, alors que le négoce agricole traverse une période difficile, Claude Guillemot contribue à engager une diversification qui va changer le destin de la famille. Lors d’un voyage au Royaume-Uni, il constate que les logiciels et les jeux vidéo y sont vendus à des prix nettement inférieurs à ceux pratiqués en France. Avec ses frères, il lance une activité de vente par correspondance puis de distribution de jeux vidéo. Cette activité connaît une croissance rapide et constitue le véritable point de départ de l’aventure Ubisoft.
En mars 1986, les cinq frères fondent Ubisoft avec l’ambition de ne plus seulement distribuer les jeux des autres mais de créer les leurs. L’entreprise passe progressivement du statut d’importateur à celui d’éditeur puis de développeur. Le succès de Rayman au milieu des années 1990, porté par l’arrivée de la première PlayStation, propulse le groupe sur la scène internationale.
Claude joue un rôle discret mais essentiel au sein de la société et se spécialise dans les activités opérationnelles et industrielles du groupe. À la tête de Guillemot Corporation, il développe un acteur international des accessoires et périphériques informatiques, propriétaire notamment des marques Thrustmaster et Hercules. Sous sa direction, l’entreprise étend ses activités en Europe, en Amérique du Nord et en Chine, tout en devenant un partenaire reconnu de l’industrie du jeu vidéo.
Les frères Guillemot ont bâti un modèle atypique fondé sur une répartition égalitaire du capital et des responsabilités. Chacun dirige ses propres activités tout en participant aux grandes décisions stratégiques du groupe. Pendant plusieurs décennies, ils se réunissent régulièrement pour coordonner leurs positions et accompagner la croissance d’un acteur devenu mondial.
Lorsque Ubisoft atteint plus de 10 000 collaborateurs répartis dans une vingtaine de pays, Claude Guillemot continue de représenter cette culture entrepreneuriale née dans la campagne bretonne. Il avait transmis en 2025 la direction opérationnelle de Guillemot Corporation à son fils Valentin, amorçant ainsi la transition vers une nouvelle génération.
Passionné d’aviation, Claude Guillemot a trouvé la mort le 19 juin à l’âge de 69 ans dans le crash d’un Cessna 421 Golden Eagle survenu à l’approche de l’aérodrome de La Baule-Escoublac, où il devait participer à un meeting aérien
Sa disparition marque celle d’un entrepreneur qui aura participé à l’émergence de l’un des rares champions européens du divertissement numérique et à l’histoire d’une famille devenue l’une des dynasties les plus singulières de la technologie française.
Sa disparition a suscité de nombreuses réactions dans l’écosystème numérique français. La ministre déléguée chargée du Numérique, Anne Le Hénanff, a salué la mémoire d’« un pionnier » de l’industrie vidéoludique française. « Avec ses frères, il a construit depuis la Bretagne l’un des studios les plus influents au monde, à l’origine de franchises devenues cultes comme Assassin’s Creed, Far Cry, Rainbow Six, Rayman ou Just Dance. Autant d’univers qui rassemblent des centaines de millions de joueurs et ont hissé la France au sommet de l’industrie mondiale du jeu vidéo », a-t-elle déclaré, adressant ses condoléances à sa famille, à ses proches et à l’ensemble de ses collaborateurs.







