A VIVATECH, quatre visions du futur se sont affrontées
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Si les entrepreneurs, les investisseurs et les chercheurs présents à VivaTech 2026 semblaient partager un point commun cette année, c’était une certaine fatigue face à l’AI washing.
Cela débordait de toute part, l’intelligence artificielle était partout : sur les stands, dans les pitchs, dans les communiqués, dans les discours institutionnels. Il devenait parfois difficile de distinguer ce qui relevait d’une véritable rupture technologique de ce qui consistait simplement à ajouter les lettres « AI » à un produit existant.
À mesure que l’intelligence artificielle devient omniprésente, elle cesse paradoxalement d’être un facteur de différenciation. C’est probablement la raison pour laquelle le véritable sujet de VivaTech 2026 n’était pas l’intelligence artificielle, ou plus exactement : ce n’était pas l’intelligence artificielle elle-même.
Ce qui apparaissait dans les allées du Hall 7, dans les conversations entre investisseurs, dans les démonstrations les plus fréquentées et dans les interventions les plus stratégiques racontait d’autre chose. Les projets qui retenaient l’attention concernaient les robots, les infrastructures énergétiques, les semi-conducteurs, le quantique, la santé, le spatial ou encore les nouvelles architectures industrielles.
Comme si l’intelligence artificielle était progressivement en train de disparaître dans le paysage technologique. Non parce qu’elle perd de l’importance, mais parce qu’elle devient une commodité.
Le même phénomène s’est produit avec Internet, au milieu des années 90, le réseau constituait le sujet principal. Quelques années plus tard, plus personne ne visitait une entreprise parce qu’elle utilisait Internet. Ce qui comptait était ce qu’elle construisait grâce à Internet. L’intelligence artificielle entre dans une phase comparable.
À VivaTech, le plus intéressant n’était donc pas toujours là où les regards se concentraient, mais apparaissait en filigrane dans les démonstrations de robots humanoïdes d’Agibot et de Unitree, dans les ambitions spatiales de Blue Origin et de The Exploration Company, dans les batteries de Nyobolt, dans les systèmes quantiques d’IBM et de Pasqal, dans les implants médicaux de Blueprint Biomed ou dans les plateformes de découverte de médicaments d’Alithea Biotechnology.
Au fil des quatre journées, une autre lecture du salon s’imposait progressivement, VivaTech ne décrivait pas simplement les technologies qui émergent, mais dessinait une cartographie des rapports de force technologiques mondiaux.
Quatre visions du futur sous un même toit
Ainsi, si les stands de Meta, Alibaba, Mistral AI, Unitree, Pasqal ou Samsung n’ont rien en commun pourtant, ils racontent chacun une vision différente du futur.
Les États-Unis continuent de dominer les couches les plus rentables de l’économie numérique. Les interventions d’Amazon, OpenAI, NVIDIA, Meta ou Google tournaient autour des modèles fondamentaux, du calcul, des infrastructures cloud et des futures interfaces homme-machine. Lorsque Jeff Bezos parle de la Lune, lorsqu’Amazon présente ses puces spécialisées ou lorsque Meta poursuit ses expérimentations autour des lunettes connectées, il ne s’agit pas simplement d’innovation, mais de contrôler les futures couches de distribution de la technologie.
La Chine raconte une autre histoire.
Les robots humanoïdes de Unitree constituaient probablement l’une des attractions les plus photographiées du salon. Pourtant, leur intérêt ne réside pas uniquement dans leurs performances techniques. La démonstration de force chinoise repose moins sur l’innovation isolée que sur la capacité d’exécution. Accès massif aux données robotiques, intégration de la chaîne industrielle, maîtrise des coûts de fabrication, rapidité d’industrialisation : dans certains domaines, notamment la robotique incarnée, la Chine ne cherche plus à rattraper les États-Unis ou l’Europe, mais construit déjà un avantage structurel.
L’Europe poursuit une trajectoire différente, les multiples stands de la Frenchtech, l’espace géant de l’Allemagne, de l’Italie, Espagne, Portugal, Suisse, témoignaient d’une même préoccupation : sécuriser certaines couches critiques de la chaîne de valeur: semi-conducteurs, cloud, calcul, modèles, quantique. Le mot souveraineté revenait partout, mais derrière le discours politique se cachait une réalité nettement plus triviale : comment éviter une dépendance totale aux infrastructures américaines ou chinoises ?
L’Inde enfin avançait selon sa propre logique, la présence du pavillon indien et les interventions de Narendra Modi mettaient en avant une stratégie fondée sur les infrastructures numériques publiques. Là où les États-Unis privilégient les plateformes privées et où la Chine s’appuie sur sa puissance industrielle, l’Inde construit des systèmes destinés à servir des centaines de millions d’utilisateurs dans les services financiers, administratifs ou de santé.
Chacun joue une partie différente du même jeu.
Au terme de quatre jours de conférences, de démonstrations et de rencontres, une conclusion s’impose, VivaTech 2026 ressemblait moins à une vitrine de l’innovation qu’à une photographie des nouveaux rapports de puissance technologiques mondiaux.
Et c’est probablement ce qui en faisait l’édition la plus intéressante depuis sa création.
By the way, bravo à Maurice Levy et ses équipes.
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