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Economie collaborative: vouloir réguler le monde du XXIème siècle avec les règles du XXème siècle est une hérésie!

En ces temps de chômage de masse, fiscaliser l’économie collaborative est devenue une priorité gouvernementale. Il faut impérativement réguler, encadrer, taxer ce modèle émergent qui bouscule les codes et qui semble échapper à tout contrôle. Une démarche qui illustre le fait que l’Etat n’a absolument pas pris la mesure des mutations engendrées par cette nouvelle économie.

«Quand il y a une innovation, les Américains en font un business, les Chinois la copient et les Européens la réglementent.» Cette phrase d'Emma Marcegaglia, patronne des patrons italiens, s’applique parfaitement à l’économie collaborative et au traitement qui est en train de lui être réservé par nos gouvernants.

Petit rappel des faits: le chômage n’a jamais été aussi haut, le pouvoir d’achat est en berne et les impôts sont au zénith. Quels que soient nos dirigeants politiques, tous ont démontré leur incapacité chronique à inverser le cours de ces trois chantiers, bien qu’ils nous jurent à tour de rôle qu’ils sont leur priorité absolue.

Il se trouve que le citoyen consommateur n’est plus dupe et a décidé de prendre les choses en main, en inventant de nouvelles solutions pour préserver son niveau de vie. C’est ainsi qu’est née, puis que s’est progressivement installée cette nouvelle «économie du partage», qui consiste à mutualiser les ressources de chacun, qu’elles soient matérielles (objets du quotidien, logements, transports…) ou immatérielles (compétences et savoirs).

Or, si on parlait initialement d’initiatives solidaires isolées, on assiste désormais à l’émergence d’un modèle économique à part entière, qui pesait déjà 25 milliards d'euros en 2014 et dont on dit qu’il atteindra 350 milliards d'euros à l’horizon 2025. Et cela change la donne: certains secteurs traditionnels, qui y voient désormais une menace pour leurs propres modèles, crient à la concurrence déloyale et le fisc réclame sa part du gâteau!

Dans ce brouhaha qui ressemble parfois à un vent de panique, que fait l’Etat? Il fait ce qu’il sait faire de mieux: réglementer et taxer.

C’est ainsi qu’on voit fleurir des dispositions en tout genre sur la taxation des revenus de l’économie collaborative. Le covoiturage ne serait donc pas imposable, à l’inverse de la location de voiture entre particuliers. On peut revendre sa perceuse sur un site de petites annonces sans payer de TVA, mais on sera taxé si on la loue à son voisin le temps d’un après-midi de bricolage. Quant aux coups de main dédommagés entre voisins, c’est le flou artistique.

Bref, comprenne qui pourra.

Au-delà du fait que ces incohérences font penser, au mieux, à de la précipitation, cela illustre en réalité le fait que les pouvoirs publics sont dans l’improvisation et n’ont absolument pas mesuré l’ampleur du phénomène auquel nous faisons face. 

L’essor de la consommation collaborative est un phénomène voulu par le citoyen consommateur, pour le citoyen consommateur. Et comme cela émane de sa volonté profonde, rien ni personne ne pourra l’empêcher. Il est grand temps que l’Etat comprenne que nous assistons à une lame de fonds qui va bousculer les modèles établis et qui risque de rebattre les cartes dans bon nombre de secteurs d’activité.

L’économie collaborative va sans doute, à terme, ébranler des fondamentaux, comme le salariat, la protection sociale, la politique fiscale ou bon nombre de modèles économiques basés sur l’unité vendue ou l’intermédiation. Qu’on le veuille ou non, ce nouveau modèle, où la France fait aujourd’hui figure de leader européen, va se développer et prendre une ampleur considérable. Par conséquent, l’encadrement légal de cette nouvelle économie, s’il est nécessaire, doit néanmoins avoir pour seul objectif de lui donner les moyens de se développer.

L’économie collaborative progresse au point d’empiéter sur le statut de salarié? Accompagnons le phénomène en généralisant le statut d’auto-entrepreneur pour tous, dès 16 ans! Travaillons à la protection sociale des travailleurs indépendants, tout en encourageant le cumul de cette activité à celle de salarié. L’usage est en train de prendre le pas sur la propriété? Prenons de vraies mesures destinées à mettre un terme définitif à l’obsolescence programmée. Favorisons les lieux d’échange et de désintermédiation, comme on favorise le développement des aires de covoiturage…

Si le champ des possibles est immense, la réflexion doit impérativement être profonde pour permettre à la France de conserver son leadership sur ce modèle économique, dont l'émergence est inéluctable. Ce que nous devons comprendre, c’est que vouloir réguler le monde du XXIème siècle avec les règles du XXème siècle est une hérésie.

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edouard-dumortier

Edouard Dumortier est dirigeant co-fondateur d’AlloVoisins.com, premier réseau social de services entre particuliers. Auteur d’un livre blanc sur l’économie collaborative, il est également conférencier et apporte son expertise en entreprise sur les enjeux liés à l’émergence de l’économie collaborative.

 

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Les contributeurs sont des auteurs indépendants de la Rédaction de FrenchWeb. Leurs propos et positions leurs sont personnels.

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1 thought on “Economie collaborative: vouloir réguler le monde du XXIème siècle avec les règles du XXème siècle est une hérésie!”

  1. « Donner les moyens à cette économie collaborative de se développer », nous sommes bien d’accord Edouard.
    Avant de taxer, laissons ces nouveaux marchés se développer, laissons les nombreuses start-up telles que http://www.PLACEdelaLOC.com créer de la valeur, de la croissance, faire travailler un maximum d’acteurs qui gravitent autour de nous (agences, experts comptables, partenaires, techniciens, banquiers …). La liberté d’agir et d’entreprendre pour le bien-être de tous !

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