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Face à Facebook, la Chine va lancer sa propre monnaie virtuelle

AFP

La Chine, qui a décidé il y a deux ans de mettre les cryptomonnaies à l’index, accélère les préparatifs de sa propre monnaie virtuelle au moment où Facebook promet de révolutionner les paiements avec sa « libra ». Il s’agit d’un tournant pour Pékin, qui avait accusé en 2017 les cryptomonnaies d’être « l’instrument d’activités criminelles» au service du trafic de drogue et des fraudes financières. Fin septembre, le patron de la banque centrale, Yi Gang, a précisé que la future monnaie virtuelle serait associée aux moyens de paiements électroniques (WeChat, AliPay…) que les Chinois utilisent déjà sur smartphone pour régler la plupart de leurs achats. Il n’a cependant donné aucun calendrier.

La presse chinoise spécule sur un lancement dès le 11 novembre, jour de la « fête des célibataires », qui donne lieu à une frénésie d’achats en ligne. Aucun détail non plus sur le fonctionnement de la future monnaie. « Nous pouvons envisager une technologie de type blockchain (comme celle du bitcoin) ou une autre technologie qui évoluerait à partir des paiements électroniques existants», a indiqué M. Yi. Elle serait alors davantage une monnaie électronique, c’est-à-dire stockée sur un support, qu’une cryptomonnaie comme le bitcoin, qui repose sur des ordinateurs en réseau.

Mais une chose est certaine: elle relèvera d’une « gestion centralisée», aux antipodes de la philosophie participative du bitcoin, a-t-il averti. « La banque centrale sera au premier niveau en tant que coordinateur et les autres institutions bancaires du pays en dessous», décrypte Stanislas Pogorzelski, rédacteur en chef du site spécialisé Cryptonaute.fr. La finalité: « remplacer le cash», explique-t-il.

« Créer son propre bitcoin avec les caractéristiques désirées »

La Chine a été un temps une des places fortes du bitcoin, la plus répandue des monnaies virtuelles. Il y a encore deux ans, les trois principales plateformes chinoises de transactions en bitcoins (BTC China, Okcoin et Huobi) représentaient plus de 98% des échanges mondiaux, selon le site de référence bitcoinity.org. Mais le secteur n’était pas régulé et les transactions passaient sous le radar des autorités. Pékin sifflait la fin de la récré en 2017 et faisait fermer les plateformes d’échanges de cryptomonnaies.

Mais le régime communiste redoute d’être dépassé par la future monnaie de l’américain Facebook, toutefois bloqué en Chine. « On peut s’intéresser à la technologie derrière le bitcoin et ne pas aimer la façon dont elle est mise en oeuvre et ainsi vouloir créer son propre bitcoin avec les caractéristiques désirées», analyse Stanislas Pogorzelski. Promise l’an prochain, la libra devrait permettre d’acheter des biens ou d’envoyer de l’argent aussi facilement qu’un message instantané.

A ce titre, la libra, comme le bitcoin, « représente un danger pour le yuan» au moment où Pékin est soucieux de stabiliser sa monnaie, affirme Song Houze, du groupe de réflexion MacroPolo spécialisé dans l’économie chinoise. La naissance annoncée de la libra est une « alerte » pour Pékin, selon un ancien haut responsable de la banque centrale cité dans la presse chinoise. Et d’expliquer que le système monétaire international pourrait s’en trouver bouleversé. Une inquiétude d’ailleurs partagée en France.

Une nouvelle source d’informations pour les autorités 

Paris s’oppose au développement de la libra « sur le sol européen», estimant que la souveraineté des Etats est en jeu, a expliqué début septembre le ministre des Finances, Bruno Le Maire. Le Sénat a préconisé au début du mois la création d’une cryptomonnaie publique, sous l’égide de la banque centrale européenne (BCE). Plusieurs entreprises impliquées dans le projet Libra -dont Visa, Mastercard et eBay- ont par ailleurs lâché Facebook.

« La banque centrale chinoise doit rester dans le coup au moment où l’utilisation de monnaie papier décline», souligne M. Song. Avec une cryptomonnaie nationale, les autorités auront « un meilleur aperçu des transactions dans le pays», soulignent les analystes du cabinet Trivium China, basé à Pékin. La monnaie virtuelle pourrait aider à « améliorer la gestion des risques et réduire les malversations financières», indiquent-ils dans une note.

La banque centrale pourra directement « recueillir de nouveaux renseignements qu’il lui est impossible d’avoir avec une transaction en liquide», estime Song Houze. Moins traçables par définition, « les espèces représentent le dernier rempart en matière de vie privée», fait remarquer M. Pogorzelski. Dans un pays où se généralisent les systèmes de « crédit social » et les caméras de surveillance à reconnaissance faciale, la cryptomonnaie pourrait permettre de « surveiller davantage les faits et gestes de la population», prévient-il. 

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La rédaction

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