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QONTO enterre discrètement REGATE et provoque le mécontentement des experts-comptables

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  • Qonto accélère sa mutation : après le rachat d’ACASI et l’annonce d’une comptabilité certifiée intégrée, la fintech mettra fin à Regate d’ici la fin de l’été afin de concentrer tous ses développements sur une plateforme unique.
  • Les experts-comptables dénoncent une transition brutale : migration dans un calendrier contraint, reprise manuelle d’une partie des données et charge opérationnelle supplémentaire, alors que la généralisation de la facturation électronique mobilise déjà fortement les cabinets.
  • Une rationalisation industrielle assumée : pour Qonto, maintenir plusieurs plateformes n’a plus de sens économique. La disparition de Regate s’inscrit dans une stratégie d’intégration verticale réunissant banque, comptabilité et services financiers au sein d’une infrastructure unique.
  • La comptabilité devient une bataille de plateformes : Qonto, Pennylane, Indy et les grands éditeurs d’ERP convergent vers un même modèle où banque, paiement, facturation, trésorerie, financement et intelligence artificielle sont intégrés dans un environnement unique.
  • Le véritable actif stratégique n’est plus le logiciel comptable : la valeur se déplace vers le contrôle des données financières et de l’interface quotidienne utilisée par les dirigeants, qui alimentera demain les services d’intelligence artificielle et de pilotage.
  • Le métier d’expert-comptable évolue : les tâches de production sont progressivement automatisées, tandis que le conseil, le financement, la fiscalité complexe et l’accompagnement stratégique deviennent les principaux relais de création de valeur.
  • Regate pourrait être le premier domino : derrière la disparition d’un logiciel se dessine une recomposition durable du marché, où les plateformes financières intégrées redéfinissent les rapports de force entre banques, éditeurs de logiciels et cabinets d’expertise comptable.

En quelques jours, Qonto occupe l’espace médiatique avec une succession d’annonces structurantes: la reprise à la barre du Tribunal de commerce de Paris d’ACASI d’abord, puis le lancement prochain d’une comptabilité certifiée intégrée directement au sein de sa plateforme.

Dans le même temps, un autre chantier avance beaucoup plus discrètement. D’ici la fin de l’été, Qonto mettra fin à Regate, la solution de pré-comptabilité acquise en 2022, destinée aux PME et aux cabinets d’expertise comptable. Conçue pour automatiser la collecte des justificatifs, les rapprochements bancaires et la collaboration entre entreprises et experts-comptables, elle constituait jusqu’ici l’une des principales briques de l’offre comptable de la fintech.

Ses utilisateurs découvrent progressivement que Regate disparaîtra au profit d’un environnement unique intégré à Qonto. Plusieurs cabinets dénoncent un calendrier particulièrement serré, des fonctionnalités encore incomplètes dans l’Espace Qontable et une migration qu’ils devront mener alors que la réforme de la facturation électronique mobilise déjà fortement leurs équipes. Les échanges publiés ces derniers jours sur les réseaux sociaux témoignent d’un mécontentement marqué d’une partie de la profession.

Interrogé par FW.MEDIA, Qonto assume pleinement cette orientation. « La décision d’arrêter progressivement cette solution est indépendante de l’acquisition d’ACASI. Elle s’inscrit dans notre volonté de simplifier notre offre en concentrant nos développements sur une plateforme unique, intégrée à Qonto. »

Une colère qui dépasse largement Regate

Pour les cabinets, Regate ne constituait pas un simple logiciel de dépôt de factures mais un maillon de leur chaîne de production. Sa disparition implique de reformer les équipes, accompagner les clients, recréer des processus et absorber une baisse temporaire de productivité.

À cela s’ajoute une difficulté supplémentaire, Qonto précise que l’historique des factures clients, des notes de frais et des demandes d’achat ne sera pas transféré automatiquement vers sa nouvelle plateforme. Les données pourront être téléchargées, mais leur reprise restera à la charge des utilisateurs. Dans un contexte déjà marqué par la généralisation de la facturation électronique, beaucoup y voient un coût de transition largement sous-estimé.

Une stratégie pourtant cohérente

D’un point de vue industriel, la décision apparaît cohérente, maintenir simultanément plusieurs plateformes implique de financer plusieurs architectures techniques, plusieurs feuilles de route produit, plusieurs équipes de développement (les deux co fondateur de Regate ont d’ailleurs quitté la société en début d’année dernière pour créer Allia) et, demain, plusieurs couches d’intelligence artificielle. En concentrant ses développements sur une plateforme unique, Qonto suit une logique classique de rationalisation.

L’acquisition d’ACASI, le lancement d’une comptabilité certifiée intégrée et la disparition de Regate sont les chapitres d’une seule et même histoire, à savoir celle d’une entreprise qui cesse d’additionner des briques logicielles pour construire une infrastructure financière unifiée.

Le dialogue devient plus difficile

Si Qonto assure vouloir renforcer sa collaboration avec les experts-comptables et rappelle que plus de 10 000 cabinets utilisent déjà l’Espace Qontable, sur le terrain, beaucoup interprètent la disparition de Regate comme le signe que la feuille de route est désormais pensée d’abord pour les entrepreneurs. Et c’est tout le paradoxe de cette séquence, là où Qonto voit une rationalisation de son architecture, les cabinets voient avant tout la disparition d’un outil de production et les coûts opérationnels qui en découlent.

La comptabilité devient une bataille de plateformes

Au-delà de Regate, c’est toute l’architecture du marché qui est en train de se recomposer. Pendant des décennies, chacun occupait un territoire clairement identifié: les banques géraient les comptes et les paiements, les éditeurs développaient les logiciels, les experts-comptables produisaient les comptes et accompagnaient leurs clients.

Cette organisation vole désormais en éclats sous l’effet de la facturation électronique et de l’intelligence artificielle. Les données financières naissent directement dans les plateformes, circulent en temps réel et alimentent des fonctions qui relevaient jusqu’ici d’acteurs distincts.

La concurrence n’oppose donc plus seulement banques, éditeurs ou cabinets, elle met désormais face à face des plateformes intégrées qui cherchent chacune à devenir l’interface unique du dirigeant. Qonto enrichit progressivement son offre jusqu’à intégrer la comptabilité certifiée. Pennylane rassemble banque, production comptable et pilotage financier dans un même environnement. Indy poursuit la même logique en élargissant continuellement ses fonctionnalités de gestion, tandis que les grands ERP ajoutent des services financiers et des capacités d’intelligence artificielle.

Tous poursuivent le même objectif, à savoir devenir le système d’exploitation financier des PME. Dans cette course, la comptabilité cesse d’être un produit autonome pour devenir une brique d’une plateforme intégrant banque, paiement, facturation électronique, trésorerie, financement, pilotage et intelligence artificielle. Le véritable actif stratégique n’est donc plus le logiciel comptable lui-même, mais la plateforme qui concentre les usages, les données et, demain, les agents d’intelligence artificielle.

Les experts-comptables restent indispensables… mais plus au même endroit

Pour autant, la stratégie de Qonto ne consiste pas à remplacer les experts-comptables. L’entreprise assume une répartition des rôles cohérente avec l’évolution technologique actuelle. Les tâches les plus standardisées (collecte des pièces, imputation comptable, rapprochements bancaires ou préparation des déclarations) sont progressivement absorbées par l’automatisation, la facturation électronique et l’IA.

À l’inverse, le conseil fiscal, les opérations de financement, les restructurations, les acquisitions, l’optimisation patrimoniale ou le pilotage stratégique demeurent des activités à forte valeur ajoutée. Le métier évolue ainsi progressivement d’un rôle de producteur de comptes vers celui de conseiller stratégique des dirigeants.

Regate n’est sans doute que le premier domino

À court terme, la disparition de Regate laissera surtout le souvenir d’une transition coûteuse pour les cabinets, contraints d’absorber une migration complexe au moment même où la facturation électronique mobilise déjà leurs équipes. Une stratégie industrielle peut être cohérente, elle n’en demeure pas moins coûteuse pour ceux qui doivent en absorber les conséquences opérationnelles.

Mais l’essentiel est ailleurs, Regate est probablement le premier symptôme d’une transformation où les plateformes financières absorbent progressivement des fonctions jusqu’ici réparties entre banques, éditeurs de logiciels et cabinets d’expertise comptable. Pour ces derniers, le défi sera de rester le conseiller de confiance du dirigeant, alors même que les plateformes chercheront à devenir son interface quotidienne.

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