
HYIMPULSE lève plus de 50 millions d’euros pour trouver une autre voie vers l’orbite
📩 Pour nous contacter: redaction@fw.media
Six jours après l’attribution par l’ESA de près de 544 millions d’euros à trois de ses concurrents, HYIMPULSE annonce une extension de Série A supérieure à 50 millions d’euros. La startup allemande porte ainsi ses financements cumulés, fonds propres et soutiens publics confondus, à plus de 125 millions d’euros. Un montant important, mais encore très inférieur aux moyens réunis par ISAR AEROSPACE ou PLD SPACE. Pour compenser cet écart, HYIMPULSE mise sur une propulsion hybride utilisant de la paraffine, sur la commercialisation de son lanceur suborbital SR75 et sur la demande militaire pour les essais hypersoniques. Son moteur a déjà volé. Il lui reste à démontrer que cette architecture peut atteindre l’orbite, puis être produite à une cadence économiquement viable.
En moins d’une semaine, la compétition européenne des lanceurs a changé d’échelle, le 27 août, l’Agence spatiale européenne a engagé 543,6 millions d’euros auprès d’ISAR AEROSPACE, ROCKET FACTORY AUGSBURG et PLD SPACE. Le 1er septembre, cette dernière ajoutait 108 millions à sa Série C, portant le tour à 288 millions et son financement cumulé à 488 millions d’euros. Le lendemain, HYIMPULSE annonçait à son tour plus de 50 millions d’euros de fonds propres.
Ces opérations racontent moins une soudaine passion du capital-risque pour les fusées qu’une maturation du marché. Les premiers moteurs ont été allumés, des démonstrateurs ont décollé et plusieurs pas de tir européens sont prêts à les accueillir. Les difficultés commencent après, lorsqu’il faut construire un lanceur complet, obtenir les autorisations, atteindre l’orbite, reproduire le vol et fabriquer suffisamment de véhicules pour amortir l’outil industriel.
Dans cette course, HYIMPULSE avance avec une contrainte particulière, la société allemande n’a pas été retenue parmi les cinq entreprises présélectionnées en 2025 pour le European Launcher Challenge, et de facto ne dispose pas du même filet institutionnel que ses principaux concurrents.
Sa promesse est d’atteindre l’orbite avec une fusée moins complexe, moins coûteuse et nécessitant moins de capital. Pour y parvenir, HYIMPULSE cherche également à générer des revenus avant même le premier vol orbital de SL1, en commercialisant des missions suborbitales scientifiques et militaires avec SR75.
Une série A d’au moins 65 millions d’euros
Le nouveau tour, supérieur à 50 millions d’euros en fonds propres, est codirigé par JOIN CAPITAL et ACE CAPITAL PARTNERS. NORTH VENTURES, BW-CAPITAL, BAYERN KAPITAL et le German Aerospace Center, le DLR, rejoignent également l’opération, aux côtés de CAMPUS FOUNDERS VENTURES, déjà présent au capital.
Cette extension s’ajoute aux 15 millions d’euros d’equity levés en octobre 2025, et cette série A représente donc désormais au moins 65 millions d’euros de fonds propres.
Les autres montants doivent être lus séparément. L’enveloppe de 45 millions annoncée en 2025 associait les 15 millions de capital à 30 millions de financements publics. De même, les « plus de 125 millions d’euros » revendiqués depuis la création additionnent fonds propres et soutiens institutionnels. Il ne s’agit donc ni du montant de la Série A ni de capital-risque exclusivement privé.
HYIMPULSE ne communique pas sa valorisation, toutefois la composition du tour donne néanmoins une indication sur la stratégie poursuivie. JOIN CAPITAL investit dans la deeptech, le spatial et les technologies duales. ACE CAPITAL PARTNERS se concentre sur les entreprises civiles et militaires de l’aérospatial et de la défense. Autour d’eux, les capitaux régionaux allemands et le DLR renforcent l’ancrage institutionnel d’une entreprise issue de la recherche publique.
Fondée en 2018 par Christian Schmierer, Mario Kobald, Konstantin Tomilin et Ulrich Fischer, HYIMPULSE est en effet née des travaux de l’Institut de propulsion spatiale du DLR à Lampoldshausen. Le centre de recherche présente encore l’entreprise comme une spin-off financée de manière privée.
Trois concurrents et près de 544 millions d’euros de contrats publics
Commençons par ISAR AEROSPACE qui doit recevoir 197,8 millions d’euros dans le cadre du European Launcher Challenge, ROCKET FACTORY AUGSBURG qui bénéficie d’un contrat de 186,9 millions et PLD SPACE de 158,9 millions. Toutes devront avoir réalisé un vol orbital avant 2028.
Ces contrats qui ne sont pas des levées de fonds, financent à la fois l’amélioration des capacités et de futures prestations de lancement. L’institution européenne intervient simultanément comme financeur, premier client et organisateur du marché.
ISAR AEROSPACE part avec Spectrum, un lanceur à deux étages utilisant de l’oxygène liquide et du propane, capable d’emporter jusqu’à une tonne en orbite basse. Son premier vol, en mars 2025 depuis Andøya en Norvège, s’est achevé après une trentaine de secondes. La société prépare désormais un second véhicule et indique disposer d’un manifeste de lancements allant au-delà de 2028.
RFA développe de son côté RFA One, une fusée à trois étages dont la configuration retenue par l’ESA doit placer jusqu’à 500 kilogrammes sur une orbite héliosynchrone à 500 kilomètres. L’entreprise possède une licence britannique pour opérer depuis SAXAVORD, mais son premier lancement reste attendu après plusieurs difficultés techniques.
PLD SPACE s’appuie sur le vol suborbital de Miura 1, réalisé en 2023, pour développer Miura 5. Le lanceur espagnol doit emporter jusqu’à 540 kilogrammes en orbite héliosynchrone depuis Kourou. Avec 488 millions d’euros de financements cumulés et son contrat ESA, PLD SPACE dispose désormais de moyens sans commune mesure avec ceux de HYIMPULSE.
La startup allemande ne peut donc pas simplement reproduire la même trajectoire avec un capital plus limité. Elle doit prouver que son choix technologique modifie l’économie du problème.
La paraffine doit devenir un avantage industriel
La principale singularité de HYIMPULSE se trouve dans son moteur, une fusée à propulsion liquide traditionnelle stocke séparément un carburant et un comburant, puis utilise des pompes, des conduites et des injecteurs pour les acheminer vers la chambre de combustion. Un moteur solide contient dès sa fabrication un mélange prêt à brûler, plus simple à stocker mais difficile à arrêter une fois allumé.
HYIMPULSE se situe entre les deux, le carburant est un bloc de paraffine solide placé à l’intérieur de la chambre. L’oxygène liquide est injecté pour déclencher et entretenir la combustion. En interrompant son alimentation, il devient possible d’arrêter le moteur puis, selon sa configuration, de le rallumer.
L’utilisation d’un carburant solide et inerte facilite également certaines opérations d’assemblage et de transport. Le système ne nécessite pas deux circuits d’ergols liquides et réduit théoriquement le nombre de composants. HYIMPULSE affirme que cette architecture peut diminuer les coûts de construction d’environ 40 %. JOIN CAPITAL évoque, pour sa part, une fusée comprenant deux fois moins de pièces et une trajectoire permettant de diviser par deux le coût au kilogramme.
Ces chiffres restent des objectifs industriels, et non des performances économiques vérifiées, HYIMPULSE a néanmoins dépassé le stade du moteur présenté sur un banc d’essai. Après plusieurs campagnes menées à Lampoldshausen, son moteur hybride de 75 kilonewtons a été intégré au lanceur suborbital SR75. Celui-ci a décollé le 3 mai 2024 depuis le Koonibba Test Range, en Australie. Ce vol a validé l’allumage, la propulsion et la stabilité d’un premier véhicule intégré.
SR75 mesure environ 13 mètres et doit pouvoir emporter jusqu’à 250 kilogrammes à une altitude maximale de 200 kilomètres. Son moteur est alimenté sous pression et le véhicule dispose d’un système de parachutes destiné à récupérer la charge utile.
Mais SR75 n’est pas SL1, le futur lanceur orbital pèsera 54 tonnes au décollage, comptera trois étages et devra placer jusqu’à 600 kilogrammes en orbite basse. Son moteur de 90 kilonewtons, testé au banc en 2025, utilise une alimentation par turbopompe. Cette dernière réintroduit précisément une partie de la complexité mécanique que la propulsion hybride est censée réduire. Il faudra ensuite coordonner plusieurs moteurs, alléger les réservoirs d’oxygène liquide, séparer les étages, protéger la charge utile, contrôler la trajectoire et effectuer une injection orbitale suffisamment précise.
Le vol de SR75 réduit donc le risque associé au principe de propulsion, mais ne valide ni l’architecture complète de SL1 ni son coût industriel.
SR75 doit devenir un produit avant que SL1 n’atteigne l’orbite
HYIMPULSE ne veut plus présenter SR75 comme un simple démonstrateur, et cherche désormais à le transformer en première ligne de revenus.
Un vol suborbital ne place pas une charge en orbite, mais lui fait suivre une trajectoire ascendante, lui offre quelques minutes de microgravité ou l’expose à des conditions de vitesse et d’altitude particulières, avant son retour vers le sol.
Ces missions intéressent les laboratoires qui veulent réaliser des expériences en microgravité, les industriels qui doivent qualifier un composant avant son utilisation dans l’espace et les organismes souhaitant tester des capteurs, des communications ou des matériaux. Elles sont moins complexes qu’un lancement orbital et peuvent être commercialisées sans attendre l’achèvement de SL1.
Le deuxième vol de SR75 doit avoir lieu depuis SAXAVORD, dans les îles Shetland, avant la fin de 2026. Il s’agira du premier lancement de HYIMPULSE depuis le territoire européen. Le spaceport écossais fournira les infrastructures et l’assistance opérationnelle.
La défense peut raccourcir le chemin vers les premiers revenus
La levée révèle également une évolution du positionnement de HYIMPULSE. L’entreprise ne présente plus seulement ses fusées comme des moyens de transporter des expériences scientifiques ou de petits satellites. Elle insiste désormais sur les applications militaires.
Sa feuille de route suborbitale vise des vitesses pouvant atteindre Mach 15 et des portées allant jusqu’à 10 000 kilomètres. Selon HYIMPULSE, ces capacités pourraient répondre à la demande des États pour les essais hypersoniques, la qualification de systèmes de détection et la simulation de menaces. Ces performances ne correspondent pas au SR75 actuellement présenté par l’entreprise, et relèvent d’une gamme future qu’il faudra encore développer et tester.
Le marché n’en est pas moins réel, développer un radar, un intercepteur ou un système de défense contre les missiles hypersoniques suppose de pouvoir reproduire des trajectoires et des vitesses proches de celles de la menace. Les États disposent de peu de plateformes permettant de réaliser ces essais, tandis que les tensions internationales accroissent les budgets disponibles.
L’Allemagne a notamment annoncé 35 milliards d’euros d’investissements dans les capacités spatiales militaires d’ici 2030. Cette enveloppe ne sera évidemment pas consacrée aux seuls lanceurs, mais elle doit financer des satellites de communication et d’observation, leur protection, la surveillance de l’orbite et les infrastructures nécessaires à leur déploiement.
Dans ce marché, le coût par kilogramme n’est plus le seul critère. Une armée peut accepter de payer davantage pour disposer d’une trajectoire particulière, d’une fenêtre de lancement indépendante, d’une mission confidentielle ou de la capacité à remplacer rapidement un satellite endommagé. La valeur se déplace ainsi du transport vers la disponibilité.
La présence de JOIN CAPITAL et d’ACE CAPITAL PARTNERS prend ici tout son sens. Le premier investit dans le spatial, la surveillance et les technologies duales, quand le second a été créé pour financer des startups de l’aérospatial et de la défense. HYIMPULSE est désormais financée autant comme un fournisseur potentiel d’infrastructures militaires que comme un nouvel opérateur commercial.
Les activités suborbitales peuvent ainsi lui fournir des contrats institutionnels avant que SL1 ne soit prête, et constituent l’un des moyens de compenser son absence du European Launcher Challenge.
Davantage de petits satellites ne garantit pas un marché aux petits lanceurs
La multiplication des satellites semble, à première vue, offrir un marché évident à HYIMPULSE. Selon la NASA, 4 577 engins spatiaux ont été lancés en 2025, soit près de 60 % de plus qu’en 2024. En retirant STARLINK, 45 % des engins placés en orbite pesaient 200 kilogrammes ou moins. Le nombre de satellites compris entre 11 et 600 kilogrammes a progressé d’environ 10 % sur un an.
Mais 70 % de tous les engins lancés en 2025 appartenaient à la constellation STARLINK. Surtout, la majorité des petits satellites ne partent pas sur de petites fusées. Ils profitent de la capacité disponible à bord de lanceurs plus importants.
SPACEX a industrialisé cette pratique avec ses missions Transporter. L’entreprise facture actuellement 350 000 dollars pour transporter 50 kilogrammes vers une orbite héliosynchrone, puis 7 000 dollars par kilogramme supplémentaire. À ce niveau de prix, un microlanceur européen non réutilisable aura beaucoup de mal à gagner une compétition fondée uniquement sur le coût.
L’intérêt d’un lancement dédié permet à un client de choisir plus précisément l’orbite, contrôler davantage le calendrier et ne pas dépendre des contraintes imposées par une charge principale. Il peut également intégrer son satellite plus tardivement ou imposer des conditions particulières de confidentialité et d’environnement.
Christian Schmierer comparait en 2025 les lancements groupés de SPACEX à un service d’autobus et HYIMPULSE à un taxi.
Les véhicules de transfert orbital réduisent en outre progressivement cet avantage. Embarqués sur une mission groupée, ils peuvent récupérer plusieurs satellites puis les déplacer vers des orbites plus précises. HYIMPULSE développe sa propre réponse avec HyMOVE, un véhicule présenté comme capable de transporter, d’héberger ou de déployer jusqu’à 400 kilogrammes en orbite.
Cette extension pourrait permettre à l’entreprise de vendre une chaîne de transport plus complète et ajoute également un troisième programme à financer, produire et qualifier.
Le véritable marché de SL1 ne sera donc probablement pas celui des mégaconstellations, mais se situera auprès des clients institutionnels, militaires et commerciaux pour lesquels la maîtrise de la mission compte davantage que le prix minimal.
Un carnet de commandes de 350 millions d’euros encore difficile à qualifier
HYIMPULSE affirme disposer de plus de 350 millions d’euros de commandes réparties entre ses programmes suborbitaux et orbitaux. Un montant considérable qui représente près de trois fois les financements cumulés annoncés par l’entreprise et semble confirmer l’existence d’une demande pour des lancements indépendants. En 2024, lors du premier vol de SR75, HYIMPULSE évoquait encore un carnet supérieur à 100 millions d’euros.
L’industrialisation commence après le premier succès
HYIMPULSE emploie désormais plus de 100 personnes à Neuenstadt am Kocher, Ottobrunn et Glasgow. La levée doit lui permettre de poursuivre le développement de SL1, d’augmenter ses capacités de production et de déployer ses opérations commerciales en Europe et sur d’autres marchés.
L’entreprise affiche une capacité pouvant atteindre 12 lancements annuels, puis un objectif de 50 missions par an en 2030. Cela représente presque une fusée par semaine.
À ce niveau, les principaux enjeux sont de fabriquer des moteurs identiques, produire des réservoirs composites capables de contenir de l’oxygène liquide, contrôler chaque pièce, organiser les approvisionnements, réserver les pas de tir et maintenir plusieurs véhicules à différents stades de production.
Il faut aussi trouver cinquante missions. Les investisseurs mettent précisément en avant la réduction du nombre de composants et du capital nécessaire. Ce raisonnement possède une logique : chaque pièce supprimée réduit potentiellement le temps d’assemblage, les contrôles, les fournisseurs et les risques de défaillance.
Il ne dispense cependant pas HYIMPULSE de financer les essais, les premiers exemplaires et les infrastructures avant de recevoir les revenus commerciaux. Si les 50 millions d’euros peuvent permettre de franchir plusieurs jalons importants, ils paraissent plus difficiles à considérer comme le dernier financement nécessaire pour achever SL1, effectuer ses vols de qualification et atteindre une cadence industrielle.
Trois trajectoires deviennent alors possibles. Les missions suborbitales commencent à produire des revenus significatifs. HYIMPULSE obtient un grand contrat institutionnel ou militaire. Ou l’entreprise devra revenir sur le marché pour lever une Série B sensiblement plus importante.
Le calendrier de SL1 reste, sur ce point, à préciser. L’entreprise fixe la fin de 2026 pour le deuxième vol de SR75, mais ne donne pas explicitement de date au lancement inaugural de SL1. Les annonces précédentes évoquaient plutôt 2027. Il serait donc imprudent de réunir les deux échéances dans une même promesse.
HYIMPULSE cherche ainsi à remplacer une partie du capital dont disposent ses concurrents par une architecture plus simple et des revenus obtenus plus tôt. Le pari est cohérent, mais il ne supprime aucune des épreuves qui attendent un lanceur : qualifier les étages, obtenir les autorisations, convertir les réservations en contrats, construire plusieurs véhicules identiques et atteindre l’orbite.
- HYIMPULSE lève plus de 50 millions d’euros pour trouver une autre voie vers l’orbite - 02/09/2026
- INLEAP PHOTONICS porte son financement à 20 millions d’euros pour passer du laser industriel à la défense anti-drones - 02/09/2026
- FW.MEDIA change d’échelle : deeptech européenne et édition anglaise en vaisseau amiral - 31/08/2026







