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LIGHTBRINGER lève 8,6 millions d’euros : les brevets vont il devenir une commodité ?

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Pendant des décennies, le brevet a occupé une position particulière dans l’économie de l’innovation. Actif stratégique pour les entreprises technologiques, il demeurait également un produit de conseil. Sa création reposait sur un processus long, coûteux et fortement dépendant d’experts spécialisés capables de traduire une innovation technique en langage juridique.

Cette équation commence à évoluer. La startup suédoise Lightbringer vient de lever 8,6 millions d’euros auprès de 6 Degrees Capital et Newion afin d’accélérer son développement aux États-Unis et de poursuivre le développement de sa plateforme de propriété intellectuelle alimentée par l’intelligence artificielle. Depuis son lancement, l’entreprise affirme avoir accompagné plus de 200 sociétés DeepTech dans 17 pays et réduit les délais de dépôt de brevet de plusieurs semaines à quelques jours.

L’opération illustre également une évolution plus profonde de la propriété intellectuelle qui est en train de suivre le même chemin que de nombreux services professionnels avant elle. L’intelligence artificielle ne se contente plus d’améliorer la productivité des experts. Elle commence à remettre en question la structure économique du marché lui-même.

L’industrie du brevet a longtemps été protégée par la complexité, la rédaction d’une demande nécessite de comprendre une technologie, d’analyser l’état de l’art, de définir un périmètre de protection pertinent et de respecter des contraintes juridiques strictes. Cette combinaison de compétences techniques et réglementaires a favorisé l’émergence d’un écosystème de cabinets spécialisés dont le modèle économique repose sur la facturation d’expertise.

Longtemps, cette organisation paraissait difficile à automatiser, contrairement à la comptabilité ou à certaines fonctions administratives, la propriété intellectuelle semblait exiger une intervention humaine permanente. Les premières générations de LegalTech se sont d’ailleurs limitées à fournir des outils destinés aux cabinets afin d’améliorer leur productivité sans remettre en cause leur rôle central.

Lightbringer s’adresse directement aux fondateurs, aux ingénieurs et aux équipes de recherche. L’objectif est de réduire la dépendance aux intermédiaires traditionnels en automatisant une partie importante du processus de création, de gestion et d’analyse des portefeuilles de brevets.

Cette transformation intervient à un moment opportun pour l’écosystème technologique. La montée en puissance de l’intelligence artificielle, du quantique, des semi-conducteurs, de la robotique ou encore des technologies de défense replace les actifs de propriété intellectuelle au centre de la création de valeur. Dans ces secteurs, la capacité à protéger une innovation constitue souvent un avantage concurrentiel aussi important que la technologie elle-même.

Pour les investisseurs, un portefeuille de brevets peut renforcer une valorisation, sécuriser une position de marché, faciliter une acquisition ou constituer une barrière à l’entrée pour de futurs concurrents. Plus l’accès à la propriété intellectuelle devient simple et rapide, plus les entreprises peuvent intégrer cette dimension à leur stratégie de développement dès les premières phases de leur croissance.

Cette démocratisation comporte néanmoins des limites, si l’intelligence artificielle réduit fortement le coût de création d’un brevet, le volume de dépôts pourrait augmenter rapidement. Les offices nationaux et internationaux pourraient être confrontés à une multiplication des demandes, à des revendications plus nombreuses et à des portefeuilles générés à grande échelle grâce aux outils d’automatisation.

L’identification d’inventions brevetables, l’analyse des espaces technologiques disponibles, la surveillance concurrentielle ou encore la gestion des portefeuilles tendent à s’automatiser. Le brevet cesse alors d’être uniquement un document juridique. Il devient une couche informationnelle participant directement à la stratégie produit et à la stratégie d’innovation.

Les cabinets spécialisés ne disparaîtront pas pour autant, d’autant que les litiges, les contentieux internationaux, les négociations complexes ou les stratégies de protection multi-juridictions continueront de nécessiter une expertise humaine élevée, mais une partie significative de la chaîne de valeur est désormais exposée à la même pression que celle qui transforme aujourd’hui l’ensemble des services professionnels.

La question n’est donc pas de savoir si l’intelligence artificielle remplacera les conseils en propriété intellectuelle, mais plutôt à déterminer ce qu’il advient d’un marché lorsque le coût de création, de gestion et d’exploitation d’un brevet commence à tendre vers celui d’un service logiciel.

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