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Où est la French Tech, celle des développeurs?

Les comparaisons « France / États-Unis » sont difficiles pour des raisons tout aussi profondes que de forme,  mais elles peuvent s’avérer juste. Surtout quand c’est un Français, Sylvain Kalache ( While 42, Slideshare), sûrement un des plus prometteurs dans la droite ligne de ses aînés, qui met cela en avant dans un article: Développeur, sacré meilleur métier outre-Atlantique » et en France, on en pense quoi des Devs?

Je soutiens la FrenchTech, même si je rejoints Sylvain dans son raisonnement que faire la « FrenchTech sans les tech », c’est louche… On ne va pas trop se plaindre d’une première initiative qui est « globalement » excellente, à part qu’elle a vu son action accélérée au travers des « Chapters While42 » (rien à voir avec 42 je précise). [Lire l’article « A San Francisco, la French mafia s’organise » du 20.12.2013]

Je pense néanmoins que le développeur n’est pas perçu de la même manière aux États-Unis qu’en France pour plusieurs conséquences liées à une seule cause : la France n’a pas encore assumé que nous changeons d’ère. Ne cherchez pas à faire de l’industrie: ce secteur va disparaître et un nouveau va apparaître. Comme lorsqu’en 1840 le Monde est passé d’une société à dominante agricole et artisanale à une société de commerce et d’industrie, nous passons vers celle du numérique.

La chute de Detroit et l’avènement de la « Valley » en est le symbole. En attendant, si j’étais au Ministère du redressement productif, je m’inquiéterais de savoir quelles vont être les conséquences quand on pourra imprimer sa voiture… et à mon avis, c’est dans cinq ans au maximum.

Notre marché informatique est massivement dominé par les sociétés de service qui emploient massivement nos informaticiens. Il faut les en remercier et remercier surtout leurs clients. Mais qui sont-ils ?

Si l’on sait que 25% de la croissance française est tirée par le numérique, on sous-entend que 75% l’est par le reste, et ce sont eux qui font appel aux sociétés de services. Dans ces entreprises, le métier des informaticiens est de proposer des solutions pour numériser des processus industriels existants. En aucun cas, on parle ici d’un métier de création. C’est un métier où la valeur ajoutée de l’informaticien est à « 97% »d’appliquer ce que dit le client qui – je précise – n’y connait rien en informatique. La Société Générale par exemple, qui emploie des milliers d’informaticiens, a créé une entité GTS (Global Technologie Service), qui est tout simplement rattachée aux Ressources Groupes (RESG). La SG ne considère pas ce métier comme à valeur ajoutée mais comme une ressource, un service général. À juste titre : la banque n’est pas de l’informatique !

L’ère numérique, c’est celle où le codeur et son pendant professionnel, le développeur, vont enfin pouvoir lâcher les brides de leur imagination, pour créer des solutions, des objets ou encore des sites auxquels personne d’autre ne pouvait imaginer, parce que justement… ils n’y connaissent rien en informatique !

C’est de ce développeur dont est si friand la Silicon Valley que parle Sylvain (l’un des plus illustres représentants), pas celui qui permet d’informatiser le taylorisme et de booster la vente de voitures de quelques unités par jours à plus de dix millions. On parle de celui qui est en mesure d’inventer le Growth Hacking, Facebook, Criteo… Celui-ci est tout aussi adulé dans la FrenchTech que dans la Valley, mais « présent » uniquement dans le secteur du numérique (25% de notre croissance) et donc presque invisible aux yeux du grand public et de ses représentants, les politiques.

Comme en 1840, les pays vont à des vitesses différentes dans leur transformation. Mais, Sylvain, il ne faut pas s’inquiéter : bientôt la France et l’Europe seront de plein pied dans l’air du numérique. D’ici, de la FrenchTech, on vous damera le pion comme Airbus avec Boeing !

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Kwame Yamgnane est le co-fondateur de l’école 42, l’école de programmation informatique lancée avec Xavier Niel, Nicolas Sadirac et Florian Bucher. Il est Expert éducation & innovation pour FrenchWeb.

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La rédaction

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