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[Polémique] Et si Google avait raison de tracer vos données personnelles ? par François Sutter

L’actualité se fait régulièrement l’écho de préoccupations sur l’utilisation et la protection des données.

Les internautes sont évidemment concernés. Par exemple, le 16 février dernier le Wall Street Journal a publié un article sur la manipulation des cookies par Google sur les internautes utilisant le navigateur web Safari et l’iPhone via le bouton +1.

Rien qu’aujourd’hui, plusieurs informations relayent cette problématique : la Cnil aurait contacté Google pour le non respect des règles européennes en matière de confidentialité. Le « off line » est également concerné, quand on voit la polémique déclenchée par le Canard Enchaîné ce matin sur l’affaire d’une grande marque de mobilier soupçonnée d’avoir utilisé des fichiers issus de la Police pour se renseigner sur des salariés et des clients de l’enseigne !

C’est un point de vue qui n’engage que moi, mais je ne partage pas les avis qui reprochent ouvertement à Google de tracer les données des internautes.

Pourquoi ? Tout simplement, parce que si le succès de Google est basé sur la qualité des services proposés et l’adéquation des utilisateurs ; il faut bien comprendre que la survie de l’éditeur en question ne repose que sur la monétisation de son audience !

D’ailleurs, la politique de ciblage actuelle de Google est beaucoup moins potentiellement précise/intrusive que celle de Facebook. En effet, Google communique uniquement sur un « ciblage régional et local » :

Tandis que Facebook annonce clairement sur la page des publicités que l’on peut cibler le public par « lieu, âge et centres d’intérêts ».

Ne soyons pas non plus naïf, le réseau social Google Plus est la solution/réponse de Google au ciblage par centres d’intérêt et profil.

Quels sont les argumentaires de Google ?

Pour justifier sa politique de sécurité, Google avance plusieurs arguments :

  • Simplification de la navigation dans l’écosystème Google (Chrome, Google, Youtube, Google Plus, Google Agenda,…)
  • Meilleure personnalisation
  • Partage
  • Protection avec Google Dashboard

Quelle sont les règles juridiques de Google qui s’appliquent ?

Pour la première fois depuis longtemps Google a profondément modifié ses conditions générales d’utilisation. En effet, par le passé, entre la version du 11 mars 2009, celle du 03 octobre 2010 et la version du 20 octobre 2011, il n’y avait pratiquement aucune différence. En l’espèce, la nouvelle version des CGU a été entièrement ré écrite.

  • Dans ses conditions générales (article 17.1 et 17.3) Google pose deux principes :
    • « En contrepartie de l’accès aux Services et de leur utilisation fournis par Google, vous acceptez que Google y affiche des bandeaux publicitaires ».
    • « Ces publicités peuvent cibler le contenu d’informations stockées dans les Services, des questions posées par le biais des Services ou d’autres informations ».
  • Dans l’article 20.3 Google pose un autre principe intéressant :
    • « Vous acceptez que Google vous communique des notices par le biais de messages affichés dans les Services ». Ca veut dire que Google se laisse la liberté de vous communiquer une information personnalisée.

Les internautes sont donc avertis de façon très explicite : vous bénéficiez d’un service complet et gratuit, que Google finance grâce à la publicité.

Concrètement, qu’est-ce que Google stocke à ce jour ?

Si vous videz vos cookies et que vous allez sur la homepage de Google plus, alors vous aurez 7 nouveaux cookies placés sur votre ordinateur, avant même d’avoir effectué une recherche :

  • Doubleclick
  • Google Analytics
  • Google.com
  • Google.fr
  • Googleapis
  • Googleusercontent
  • Gstatic

 D’un point de vue technique, quelles sont les conséquences ?

Me concernant, pour ma messagerie personnelle je dispose de deux comptes : un chez Live et l’autre Gmail.

Je m’étais déjà rendu compte, avec surprise, que Google m’identifiait systématiquement via la clé primaire Gmail même quand je me connectais avec mon compte Live. Passons sur cette technique (assumée par Google dans les nouvelles CGU) un peu pénible (et qui trouve peut-être ses raisons dans les statistiques) … j’ai donc fait un test pour voir si l’historique stocké était identique ou dissocié en fonction du compte. Concrètement, je voulais vérifier si Google ne stockait pas des historiques différents en fonction du mail associé à la session.

Pour être complet, j’ai également fait le test avec deux navigateurs différents (Safari et Firefox). Le test montre que lorsqu’on suspend l’historique sur un navigateur il est également suspendu sur l’autre.

Le résultat est donc clair, Google dispose bien d’un seul historique : ce qui implique que les informations stockées ne sont ni associées aux identifiants (login/mot de passe) utilisés pour se connecter sur les services Google ni associés aux navigateurs utilisés mais à d’autres sources.

Je confesse volontiers être impressionné par cette prouesse … qui va certainement déclencher la polémique … puisque ça pourrait impliquer que Google serait en mesure de baser sa personnalisation sur d’autres sources que la session, et le navigateur (peut-être l’Adresse Mac ?)

Comment l’internaute utilisant les services de Google peut-il se protéger ?

Force est de constater qu’à ce jour Google propose une palette extrêmement large d’outils pour gérer la confidentialité :

  • Gestion de votre réputation avec la possibilité de supprimer un contenu que vous estimez être indésirable.
  • Gestionnaire de préférences pour les annonces publicitaires.
  • Data Liberation Front pour déplacer ou retirer des données.
  • Mode navigation privée de Chrome
  • Contrôle de l’historique
  • Désactivation de Google Analytics

Sauf erreur de ma part, il s’agit certainement de l’éditeur de service qui propose le plus d’outils à destination de ses utilisateurs pour assurer la protection des données.

Certains outils fonctionnent de façon assez subtile ! Par exemple, concernant l’historique de navigation, si on suspend simplement l’historique cela ne supprime pas pour autant les données. Par contre, en supprimant l’historique le service est alors suspendu automatiquement.

Que peut-on légitimement reprocher à Google ?

Franchement, pas grand chose, surtout dans la mesure où le ciblage actuel de Facebook est bien plus poussé que celui de Google … La seule petite critique repose sur l’utilisation du principe « opt out ». En effet, lorsqu’on souhaite créer un compte Google la case « Activer Historique Web » est cochée par défaut (principe de l’ « opt in »).

Conclusion

Il faut comprendre qu’avec un modèle économique basé sur la monétisation de l’audience il est normal que Google travaille constamment à perfectionner son dispositif de publicité.

C’est surtout une stratégie nécessaire pour éviter que Facebook ne vienne vampiriser la valeur ajoutée de Google aux yeux des annonceurs. Imaginons que l’audience de Facebook et de Google soit strictement identique. Que fera l’annonceur s’il peut facilement cibler l’audience sur Facebook (sexe, âge, profession, centres d’intérêts,…), mais pas sur Google ?

D’abord, sur le principe, cette nouvelle politique (surtout adoptée en réaction aux polémiques) me semble limitée déjà par Google qui pose un astucieux « disclaimer » dans ses conditions en précisant que « certaines fonctionnalités et certains services Google risquent de ne pas fonctionner correctement lorsque les cookies sont désactivés ».

Elle est également limitée par l’internaute lui-même. Le paradoxe c’est que l’internaute attend de celui qui lui fournit un service gratuit de mettre en place des règles 100% contraires à ses propres usages et comportements. Car c’est bien l’internaute qui passe son temps à communiquer de plus en plus d’informations : ses opinions sur des millions de blogs, sa vie intime sur Facebook, ses réflexions sur Twitter, son parcours professionnel sur LinkedIn, ses commentaires sur ses achats, ses images préférées sur Pinterest, ses lieux favoris sur Foursquare…

Ensuite, sur la technique, concernant les résultats : avec ou sans l’historique suspendu, les suggestions dans l’auto complétion de la recherche Google ont été strictement identiques lors de mes tests.

Enfin, sur la logique même, cette nouvelle politique de Google me semble paradoxale puisque finalement la meilleure façon pour les internautes de se sentir protéger de Google, va consister pour eux à devoir créer un compte dans l’écosystème Google.

En résumé, pour vous protéger de Google, vous allez créer un compte Google, utiliser Google Dashboard pour gérer vos données, et surfer avec Google Chrome.

Mais le plus absurde, c’est que les internautes qui pensent bien faire en activant toute sorte de protection vont tout simplement donner leur consentement explicite ; principe juridique fondamental de la relation contractuelle !

J’ai beau réfléchir, je ne vois toujours pas quel peut bien donc être l’intérêt pour un internaute de surfer de façon privée ?

L’intérêt du consommateur est-il vraiment différent de celui de l’annonceur ?

Est-ce que l’internaute est prêt à assumer la contrepartie (payer l’utilisation de Google) ?

Finalement les internautes ont plébiscité les services Google … jusqu’à ce que dernier en retire une contrepartie pécuniaire via un business model rentable ! C’est totalement incompréhensible…

François Sutter – Directeur Conseil Modedemploi

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La rédaction

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15 thoughts on “[Polémique] Et si Google avait raison de tracer vos données personnelles ? par François Sutter”

  1. Je suis assez d’accord avec cette analyse, le problème à mon avis est que la plupart des internautes n’ont pas réellement conscience des enjeux de la publicité pour Google, leader depuis tellement de temps sur le marché que les services qu’il propose nous paraissent comme un acquis, un droit. Le problème n’est pas tant le profiling que Google fait de nous mais bien les données auxquels nous lui donnons.
    Les questions de la compréhension des enjeux économique du web et de l’auto-protection nécessaire que nous devons chacun opérer en tant qu’internaute pour voir notre intimité respecté, sont pour moi des enjeux essentiels pour que le web reste un endroit ou la liberté de chacun est respecté. Le problème de l’évolution fulgurante et constante du web c’est que l’internaute n’a pas le temps d’assimiler les connaissances nécessaire pour comprendre les conséquences de ces actes.
    Ajoutons à cela l’aspect ludique des services web d’aujourd’hui et l’on comprend bien que la tentation de se dévoiler en participant à un jeu sur un réseau social par exemple est irrésistible. Il est difficile lorsque l’on est pris dans cette spirale de prendre du recul et bien souvent les protestations en vertu de la protection de la vie privée sont issu de la peur des conséquences d’actions souvent irréfléchis de notre part.

    J’accepte volontiers les règles du jeu et j’essaie de contrôler ce que je publie en ligne, je vérifie souvent ce que je trouve à mon sujet sur le net, mais une chose chez google me dérange profondément, c’est la publicité sur Gmail, je pense que la messagerie devrait rester un espace strictement confidentiel, La pub sur Gmail donne réellement l’impression que quelqu’un , même si ce n’est qu’un robot, lit tous vos mails et c’est assez dérangeant. On a tout de même la possibilité de désactiver le display de cette publicité, mais est-ce que pour autant les moteurs arrêtent de crawler les mails..? pas si sûr…

    1. Bonjour Jérémy,

      Merci pour votre commentaire.
      Je partage votre avis, notamment sur la messagerie.

      Ce qui me choque, et c’est la raison pour laquelle j’essaye de défendre Google, c’est le décalage incroyable entre les critiques dont il est l’objet et les usages des internautes.

      Vous faites preuve d’un certain recul, parce que vous travaillez dans le web.

      Mais accordez moi le point suivant : tout le monde se méfie de Google MAIS on est tous utilisateurs de Google Analytics, un des outils les plus incroyables de tracking qui soit.

  2. Je ne suis pas experte sur ce sujet, mais je pense 2 choses :
    1 – le taux de transformation de Google est supérieur à celui de facebook
    2 – Google envoie des e-mails régulièrement pour informer ses utilisateurs des données qu’il récolte et comment configurer son compte, tandis que facebook essaie de faire les choses en douce…

    Donc si Google est plus efficace et en même temps plus proactif dans l’information de ses utilisateurs, il me semble qu’il joue mieux que facebook.

    Pour ce qui est de la manipulation des cookies sur iPhone, je m’en moque car je n’ai pas de iPhone ;)

    1. Effectivement, le taux de transformation apporté par Google est pour l’instant plus intéressant que celui de Facebook (en tout cas sur quelques campagnes auxquelles j’ai pu participer).

      Pour l’instant, si l’avantage de Google sur Facebook semble évident : écosystème complet (messagerie, outil de recherche, navigateur, agenda, documents, carte, tracking, …), modèle économique efficace (cost per clic) Facebook propose quand même une valeur ajoutée énorme pour l’annonceur : le ciblage par profil (sexe, âge, et surtout centres d’intérêts).

      Je suis prêt à parier que :

      Google finira par proposer du ciblage par profil (via les données collectées sur Google plus).

      Facebook va proposer de plus en plus de service « off site » et notamment pousser le F-commerce.

      La frontière entre les moteurs de recherche et les plateformes sociales va progressivement disparaître.

  3. « Google serait en mesure de baser sa personnalisation sur d’autres sources que la session, et le navigateur (peut-être l’Adresse Mac ?) »
    => L’adresse IP ?

  4. Cher François,
    Je vous le concède bien volontiers ! Pour aller plus loin, je pense que c’est à Google de jouer la carte de la transparence et surtout de la pédagogie, c’est son rôle de leader de sensibiliser ces utilisateurs à ces problématiques, je pense qu’aujourd’hui, les acteurs du web se doivent d’intégrer dans leurs développements les notions d’éthique et de pédagogie, on voit ces dimensions se développer mais qui par exemple sait le nombre de green data center qui ouvrent leurs baies chaque jour ?

    Le développement durable est certes déjà une préoccupation pour les principaux acteurs du web, mais peut-être qu’il y aurait surtout des efforts de communication à faire à ce sujet, justement pour informer les internautes et donc leur permettre de naviguer en connaissance de cause et donc dissiper cette méfiance, il est bien connu que c’est l’inconnu qui fait peur.

  5. Je trouve pour ma part cette analyse un petit peu trop « naïve », et surtout faisant démesurément porter sur l’internaute la responsabilité des informations collectées.

    « Elle est également limitée par l’internaute lui-même. Le paradoxe c’est que l’internaute attend de celui qui lui fournit un service gratuit de mettre en place des règles 100% contraires à ses propres usages et comportements. Car c’est bien l’internaute qui passe son temps à communiquer de plus en plus d’informations ».

    Quel est le sens de cette remarque dans le cas des services Google ? Lorsqu’on utilise Gmail, doit-on se censurer dans le contenu de ses mails pour éviter de « communiquer » trop d’informations ? Lorsqu’on utilise Google Agenda, doit-on éviter d’enregistrer certains rendez-vous qui nous sembleraient trop compromettants ? En utilisant Google Docs, on doit s’abstenir de créer des documents trop confidentiels ? Je dois éviter de faire des recherches gênantes sur Google Search ? De ne rechercher sur Google Products que des produits que j’assumerais d’utiliser en public ? La liste pourrait être longue.

    Quel serait l’intérêt de tous ces services si l’utilisateur devait s’auto-censurer dans leur utilisation pour ne diffuser que des informations soigneusement sélectionnées ?

    C’est justement tout l’enjeu de la polémique suscitée par ce changement de cap de Google.

    Lorsque je publie des informations sur Facebook, j’ai conscience de les publier et je contrôle soigneusement ce que je souhaite diffuser ou non. Lorsque j’utilise un service de Google, je n’agis pas dans une optique de PUBLICATION d’informations. J’utilise un service qui ne me concerne que moi, et ce que j’y effectue n’est censé être vu que par ma seule personne.
    C’est donc à partir du moment où l’on souligne cette différence de taille que l’analogie entre Facebook et Google ne peut plus se poursuivre.

    Google, s’il a la capacité de consolider les donénes issues de ses dizaines de services, dispose de suffisamment d’informations à mon sujet pour potentiellement me connaitre mieux que quiconque dans mon entourage, y compris ma propre famille. Pour la raison même que ce ne sont pas des informations qui se limitent à ce que j’ai choisi de diffuser.

    Vous semblez trouver la légitimité de cette politique dans le fait que les intentions de Google soient louables. Et elles sont effectivement louables, certes. Mais la vraie question est : et alors ? En poussant le raisonnement jusqu’à l’absurde, voteriez-vous les pleins pouvoirs politiques à un homme dont les intentions seraient louables ?

    Les intentions de Google sont légitimes en terme de business, mais les moyens qui y sont associés sont démesurément trop puissants.

    Autre paramètre qui doit entrer en considération : la sécurité de ces informations. La règle numéro 1 en matière de sécurité informatique est que nul n’est à l’abri d’une faille technique ou humaine. Google, malgré sa taille collossale, n’échappe malheureusement pas à cette règle.

    Si les informations que j’ai fournies à Facebook venaient à être dérobées ou rendues publiques, ce sont uniquement des données que j’aurai choisi de diffuser en acceptant ce risque, qui seront concernées.
    Si toutes les informations consolidées dont dispose Google à mon sujet venaient à être dérobées ou rendues publiques, c’est une énorme partie de ma vie privée qui m’échapperait, sans qu’à aucun moment je n’aie eu la possibilité d’arbitrer ce risque (si ce n’est en cessant d’utiliser les services de Google).

    1. Bonjour Flo,

      Merci pour votre contribution.

      Voici les réflexions que m’inspirent vos commentaires :

      Professionnels ou non du web, j’ai la faiblesse de croire que les internautes ne sont pas vraiment naïfs.

      Pour ma part c’est plus un problème de comportement. Il est d’usage, et je trouve ça absurde voire malsain, de se plaindre d’un avantage directement lié à une contrepartie dont on bénéficie.

      L’exemple avec Google ou Facebook est assez révélateur : certains utilisateurs se plaignent de problèmes de sécurité potentiels quant à des dérives sur l’utilisation des données personnelles.

      Même si c’est hors débat, ça me fait penser aux utilisateurs de Mac qui passent leur temps à critiquer ouvertement Microsoft, mais qui dans le même temps se précipitent pour acheter la suite Microsoft Office Mac, au demeurant excellente (d’ailleurs d’après Microsoft la suite Microsoft Office Mac est un réel succès commercial ; paradoxal, non) !

      Le principe de la relation contractuelle, même dans le cadre d’une utilisation gratuite, c’est le consentement libre et éclairé. La charte de Google est très claire. La seule chose qu’on pourra peut-être lui reprocher, c’est le jour où éventuellement il effectuera une opération contraire à sa propre charte, mais à ce jour ça n’est pas le cas.

      L’objectif, ou plutôt le sens, de mon article est de prendre une position défensive en la faveur de Google en essayant d’expliquer de façon précise le contexte.
      Sauf erreur de ma part, et contrairement à ce que vous écrivez, la polémique n’est pas vraiment suscitée par le changement de politique de Google. Ce sont les dernières « affaires » médiatiques sur des exemples de dérives liées entre autres au Behavioral retargeting qui ont certainement amené Google à modifier sa politique.
      Je partage évidemment votre avis sur la sécurité. En l’espèce, et c’est le rôle d’institutions comme la Cnil en France, le Droit apporte des éléments de réponses pour protéger les utilisateurs. Même le tout puissant Google sait qu’il doit respecter la réglementation.
      Je vous propose un test : faites une matrice en mettant en ordonnées la listes exhaustive des données confidentielles que vous saisissez sur le web et en abscisses les sites accédant à ces données.
      Vous verrez immédiatement que ça n’est pas forcément Google qui stocke le plus de données sur vous.
      Prenons le cas d’un site de rencontres en ligne, ne pensez-vous pas que les informations demandées sont autrement plus personnelles (profession, revenus financiers, goûts, habitudes alimentaires, religion, opinions politiques, couleur des yeux, poids, …) ?

      1. Bonjour et merci pour votre réponse.

        J’ai deux remarques à son sujet :

        1 – « Sauf erreur de ma part, et contrairement à ce que vous écrivez, la polémique n’est pas vraiment suscitée par le changement de politique de Google. Ce sont les dernières « affaires » médiatiques sur des exemples de dérives liées entre autres au Behavioral retargeting qui ont certainement amené Google à modifier sa politique. »

        J’avoue être plutôt surpris par cette remarque. À quelles affaires médiatiques faites-vous allusions ? Celles concernant le contournement des paramètres de sécurité de certains navigateurs ? Sauf erreur de ma part, la première, concernant Safari, a éclaté le 17 février dans le Wall Street Journal. Or le changement de politique de Google concernant sa politique de confidentialité a été annoncé le 24 janvier.
        Aussi, si l’on parle bien de la même chose, il me parait chronologiquement impossible que ce soient ces affaires qui soient à l’origine du changement de politique de Google, puisqu’elles ont éclaté preque un moins après l’annonce de cette dernière.

        De même, la polémique n’a pas attendu ces récentes affaires médiatiques pour éclater, puisque dès l’annonce de Google concernant la modification de ses paramètres de confidentialité, de nombreuses voix se sont immédiatement élevées pour s’en inquiéter ou pour protester. Lire à ce sujet l’excellente tribune de Mat Nohan sur Gizmodo : http://gizmodo.com/5878987/its-official-google-is-evil-now

        De même, c’est bien la nouvelle politique de Google permettant le croisement des données issues de ses différents services qui fait réagir la CNIL : http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/vie-privee-la-nouvelle-politique-de-google-viole-la-loi-europeenne_284870.html

        Je pense donc que la polémique est bel et bien suscitée par ce changement de cap de Google en matière de confidentialité des données et non par les récentes affaires médiatiques.

        2 – « Prenons le cas d’un site de rencontres en ligne, ne pensez-vous pas que les informations demandées sont autrement plus personnelles (profession, revenus financiers, goûts, habitudes alimentaires, religion, opinions politiques, couleur des yeux, poids, …) ? »

        Parmi toutes ces informations que vous mentionnez, quelles sont celles, hormis peut-être la couleur de mes yeux, que Google est dans l’incapacité de connaitre à mon sujet ?

        Selon moi, aucune. Toutes deviennent extrêmement faciles à reconsituer en croisant les données de mes mails, de mes documents, de mes thématiques de recherche, de mon réseau Google+, de mes achats via Google Products, des vidéos que je regarde, etc.
        C’est justement là tout l’objet de l’inquiétude suscitée par la consolidation des données issues des différents services de Google, rendue possible seulement dès lors que la nouvelle charte entrera en vigueur.

        La différence est que sur un site de recontre, sur Facebook, ou sur n’importe quel type de service me demandant ce type de renseignements, je suis dans la capacité de mentir ou d’en omettre. Ces services sont obligés de se contenter de ce que je veux bien dévoiler de moi.

        Avec Google, je n’ai aucun contrôle sur le contenu de ces informations, et pire encore, je suis dans l’incapacité de mentir, ne serait-ce que par omission.

        Définitivement, je pense que l’empire Google occupe une place beaucoup trop importante dans le monde du web, et par extension dans la vie des internautes pour qu’on ne puisse analyser ce type d’évènement que sous un angle exclusivement orienté business. Les implications vont à mon sens bien au delà du business.

        1. Concernant la politique de Google, si on regarde les archives (http://www.google.fr/intl/fr/policies/privacy/archive/) on peut voir que depuis 2008, ils ont pris l’habitude de les modifier chaque années.

          Parmi les différentes « affaires » auxquelles je fais allusion, il y en a trois qui m’ont marqué. La première c’est quand les média ont diffusé l’information comme quoi le fondateur de Google avait investi dans une société privée (dirigée par sa femme) spécialisée dans la recherche sur l’ADN.

          L’autre concerne « gmail ». En 2010, un internaute américain avait déposé plainte (http://www.theregister.co.uk/2010/11/23/gmail_privacy_lawsuit/) contre Google pour le fait que ces derniers analysaient le contenu des mails et proposaient des publicités contextuelles. Sur la base d’un texte de loi (Electronic Communications Privacy Act ) le plaignant affirmant qu’il y avait violation de la confidentialité.

          Toujours en 2101, quelques mois après, une autre affaire avait fait la une avec la possibilité d’émettre des appels téléphoniques avec de la voIP. Encore une fois les internautes avaient dénoncé la possibilité pour Google d’écouter les conversations.

          Si vous faites une recherche dans les archives de Google vous verrez le nombre d’articles entre 2008 et 2011 qui attaquent violemment Google sur sa politique en matière de sécurité.

          La nouvelle charte de Google est une des plus aboutie qui soit, pas uniquement dans sa rédaction, mais également dans les nombreuses possibilités (peut-être trop !) de paramétrage.

          Je partage votre avis sur la notion d’informations volontairement et explicitement communiquées d’un côté contre celles qui sont techniquement collectées de façon implicite de l’autre côté.

          Sinon, pour la place de Google, le seul élément qui permettrait éventuellement de pondérer son importance … serait que les internautes utilisent moins ses services, autant vous dire que ça me semble mal parti …

  6. Bonjour,
    Très bel article de SUTTER et commentaires très pertinents de Flo!

    Fondateur d’un site de rencontre, je suis complètement d’accord avec Flo lorsqu’elle écrit « La différence est que sur un site de recontre, sur Facebook, ou sur n’importe quel type de service me demandant ce type de renseignements, je suis dans la capacité de mentir ou d’en omettre.Ces services sont obligés de se contenter de ce que je veux bien dévoiler de moi. » J’ajouterai qu’effectivement sur un site de rencontre ou sur FB, l’utilisateur n’est pas obligé de remplir toutes les rubriques et que sur un site de rencontre, on ne fournit généralement pas son nom patronymique parce qu’on utilise un pseudo.
    Les internautes devraient simplement comprendre que rien sur Internet est vraiment gratuit !
    Il y’a toujours une contrepartie : l’essentiel est peut-être d’en être conscient puisque nous ne pouvons incontestablement pas tout maîtriser d’une part et que d’autre part nous ne soyons pas prêt à moins utiliser ou à ne plus utiliser les services de Google.

    1. Bonjour,
      Merci pour votre compliment.
      Encore une fois je suis d’accord avec la notion d’informations communiquées et sur le fait que l’internaute a la possibilité de travestir la réalité.

      Je suis allé voir votre site web et dans vos cgu (article 4) vous précisez bien « Les informations que vous fournissez à Chocomeet.com et que vous affichez sur le Site doivent être exactes et conformes à la réalité ».
      Sauf erreur, je pense que la plupart des sites de rencontres en ligne prennent les mêmes précautions que vous en demandant la véracité des informations saisies.

      Je profite de ce commentaire pour vous féliciter sur certains points. Rares sont les sites qui comme le votre, dans la partie mémorisation des identifiants, publient une note du type « Ne pas cocher cette case sur un ordinateur public ».
      C’est vraiment une excellente pratique, surtout pour les utilisateurs novices.

      Pour en revenir au fond, les internautes doivent avoir conscience que la gratuité du service réside essentiellement de la contrepartie liée aux informations que l’éditeur va pouvoir récupérer.

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