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INNOVAFEED lève 51 millions d’euros tout en supprimant 60 postes : le paradoxe de l’industrialisation

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Alors que la filière française des protéines d’insectes reste marquée par la liquidation d’Ynsect, Innovafeed annonce une levée de fonds de 51 millions d’euros soutenue par ses actionnaires historiques. Dans le même temps, l’entreprise engage un projet de suppression d’une soixantaine de postes. Une séquence qui peut sembler contradictoire mais qui illustre surtout le passage d’une deeptech en phase de recherche à une entreprise désormais focalisée sur l’exploitation industrielle et le développement commercial.

Innovafeed vient de boucler un nouveau financement de 51 millions d’euros auprès de ses actionnaires historiques, parmi lesquels Creadev, QIA, Temasek, ABC Impact, ADM et French Food Capital. Dans le même temps, l’entreprise prévoit la suppression d’une soixantaine de postes, dont les deux tiers sur son site historique de Gouzeaucourt.

Dans un écosystème où les levées de fonds sont généralement associées à des recrutements et à l’accélération de la croissance, la séquence peut sembler contradictoire. Elle raconte la réalité d’une entreprise qui considère avoir franchi l’étape la plus risquée de son développement et qui réorganise désormais ses ressources autour de son activité industrielle.

Depuis plusieurs années, Innovafeed et Ynsect incarnent les deux principaux représentants français de la filière des protéines d’insectes. Les deux entreprises ont levé plusieurs centaines de millions d’euros pour développer des capacités industrielles inédites. Mais les difficultés rencontrées par Ynsect ont profondément changé le regard porté sur le secteur. Désormais, les investisseurs ne jugent plus uniquement les promesses technologiques ou les capacités théoriques de production. Ils cherchent des preuves d’exécution industrielle et de compétitivité économique.

C’est précisément ce qu’Innovafeed met en avant, depuis sa dernière levée de fonds en 2022, l’entreprise affirme avoir atteint trois jalons majeurs : plus de 15 000 tonnes de protéines et d’huiles produites sur son site de Nesle, des volumes multipliés par dix et des coûts de production divisés par sept. L’entreprise affirme également avoir atteint une échelle industrielle trois fois supérieure à celle du deuxième acteur mondial du secteur.

Innovafeed estime désormais avoir démontré la robustesse de son outil industriel, son site de Nesle est présenté comme pleinement opérationnel et capable de produire des volumes compétitifs.

Dans cette perspective, la levée de fonds de 51 millions d’euros ne vise plus à financer la construction d’une nouvelle usine ou le développement d’une technologie de rupture. L’entreprise indique vouloir consacrer ces ressources à l’accélération commerciale de ses gammes Hilucia™, au développement de nouvelles applications et à l’amélioration continue de ses équipements industriels.

C’est également ce changement de phase qui explique la réorganisation annoncée, durant la décennie écoulée, Innovafeed a mobilisé d’importantes ressources de recherche et développement pour construire sa technologie, optimiser ses procédés et valider les performances de ses produits. Aujourd’hui, l’entreprise annonce l’arrêt de ses activités de R&D zootechnique sur le site de Gouzeaucourt et leur intégration partielle à Nesle.

Le mouvement peut sembler paradoxal, il est en réalité caractéristique de nombreuses entreprises industrielles arrivées à maturité. Les compétences nécessaires pour inventer une technologie ne sont pas toujours les mêmes que celles requises pour exploiter un outil industriel à grande échelle. À mesure que les procédés se stabilisent, les besoins se déplacent vers la production, l’optimisation opérationnelle, la logistique et le développement commercial.

Pour la filière des protéines d’insectes, cette évolution marque peut-être une étape plus importante encore que la levée de fonds elle-même. Après les années consacrées à convaincre les investisseurs, construire les usines et démontrer la faisabilité technologique, le secteur entre dans une nouvelle phase : celle où il doit prouver qu’il peut générer durablement de la valeur économique.

Dans cette perspective, les 51 millions d’euros annoncés par Innovafeed apparaissent moins comme un financement de croissance que comme un vote de confiance accordé à un modèle industriel qui estime avoir franchi son principal test, celui du passage à l’échelle.

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