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Comment MinuteBuzz, le BuzzFeed français, a doublé son audience et son chiffre d’affaires, par Benoît Raphaël

J’ai toujours aimé Minutebuzz. Et j’ai toujours été agacé par les mauvaises langues qui, dès qu’un média a un petit passage à vide, s’empresse de dire, avec ce petit air d’expert plaqué sur le visage de ceux qui ne font, en fait, que suivre la tendance : « MinuteBuzz, c’est mort ». Non seulement MinuteBuzz n’est pas mort, mais il est le média à surveiller de très très près ces prochains mois.

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Pourquoi ? Parce qu’en l’espace de quelques semaines, le site détecteur de buzz a doublé son audience : de 500.000 à 1 million de visiteurs uniques entre décembre 2012 et février 2013 (qui n’est pas le mois le plus clément en audience).

Mieux, ce record de trafic, qui devrait être battu en mars (les courbes Google Analytics de MinuteBuzz sont impressionnantes) n’est pas la conséquence d’un renforcement de l’équipe éditoriale. Au contraire. MinuteBuzz a réduit ses effectifs de près de 50% et recentré sa rédaction autour de ses meilleurs éléments.

Encore mieux : le média a doublé son chiffre d’affaires en un an.

Leur source de trafic ? Facebook et Twitter. 60% du trafic. Avec une moyenne de 300 partages par article.

Leur modèle ? Buzzfeed, le média US le plus en vogue du moment, qui a réussi à inquiéter le Huffington Post et le New York Times.

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Retour sur un parcours exemplaire :

En 2010, Maxime Barbier lance avec des copains étudiants, un blog d’infos virales. Le concept est simple, pas cher à produire (une bande d’étudiants passionnés), et commence à faire le buzz sur la planète des médias français.

Maxime fait partie de ces jeunes entrepreneurs bourrés de talent. Il carbure aux idées. En 2011, j’avais écrit un post sur lui dans la Social Newsroom dans lequel je le comparais à un laboratoire Google à lui tout seul !

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Avoir des idées c’est bien, à condition de savoir rester focus. Maxime avait (et a toujours) énormément d’idées. Du coup il multipliait les projets.

Mais Maxime est aussi un entrepreneur. Et il apprend vite de ses erreurs. Après avoir levé des fonds et s’être éparpillé dans plusieurs projets, tous très malins, mais trop nombreux, il décide finalement de faire un virage très intelligent et tout miser sur MinuteBuzz.

Maxime rationalise alors les coûts : en se concentrant sur ses objectifs, il réduit ses dépenses de 50%, se sépare de ses journalistes pour revenir à l’essentiel : « back to basics » me dit-il en souriant. Comprenez : le retour aux racines, à ce qui a fait le succès de MinuteBuzz. L’énergie d’une bande de passionnés qui s’amuse autour du buzz, n’essaie pas de faire du journalisme, mais de travailler cette matière fascinante qu’est le web pour créer du contenu à forte valeur émotionnelle.

Banco.

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La rédaction de MinuteBuzz aujourd’hui ? 3 anciens étudiants en communication et marketing, sans doute les meilleurs fureteurs du web de la place. Plus Maxime qui met aussi la main à la pâte tout en courant à droite à gauche pour vendre son concept aux annonceurs.

Plus une communauté hyperactive de 1500 membres qui envoie à la rédaction entre 8.000 et 10.000 liens vers des vidéos par mois ! MinuteBuzz a mis en place une plateforme participative de curation très intelligente et virale qui motive les lecteurs à envoyer leurs découvertes. Très souvent des vidéos que personne n’a encore vues et qui vont faire le buzz (ou pas) dans quelques heures ou jours…

La plateforme communautaire ramène 10% de trafic naturel, mais apporte surtout du contenu à la rédaction qui le retravaille pour en faire des posts à forte audience. Leur secret ?

« Il faut toujours que l’article soit un tout, sinon le lecteur pique juste le lien de la vidéo pour la partager: on construit donc un contenu avec la video à plus d’autres videos et photos qui font un tout et dégage une vraie émotion pour que les internautes aient envie de la partager. »

Et depuis quelques semaines, MinuteBuzz se lance dans la production vidéo. Le modèle est le même : on prend un thème, on va chercher du contenu sur le web et on construit quelque chose de nouveau qui dégage une émotion. Par exemple avec ce montage sur Paris, réalisé uniquement avec des images trouvées sur la toile :

Le modèle de MinuteBuzz, c’est BuzzFeed, aujourd’hui l’un des plus gros players américains. Un média de divertissement, qui a réussi à fédérer une communauté en créant du contenu en s’appuyant sur la richesse du web, la plupart du temps sous forme de listes de photos ou de vidéos autour d’un thème accrocheur.

Mais Buzzfeed est surtout à l’origine d’un modèle économique innovant et très rémunérateur : le « native advertising »

Je connais bien ce modèle, puisque nous en avions eu l’intuition au Post en 2009, bien avant que Buzzfeed en fasse son business : créer des contenus à forte valeur émotionnelle pour les marques. Ce n’est pas du brand content, mais du vrai contenu auquel s’associe la marque pour créer une relation émotionnelle avec les consommateurs. Nous l’avions donc testé avec Sony. Un vrai succès (un premier deal à 15K€, et la volonté de Sony de renouveler l’expérimentation), mais la régie du Monde a l’époque n’était pas structurée pour nous suivre et nous avions été obligés d’abandonner cette jolie idée…

Qu’est-ce que le native advertising ?

L’équipe de MinuteBuzz va chercher du contenu viral, en fait des articles structurés et qualitatifs, avant de les emmener dans l’univers de la marque. Les posts ne parlent pas forcément de la marque d’ailleurs, même si MinuteBuzz fait aussi de la ré-édition de contenus brandés pour les rendre viraux. Il suffit que les post correspondent à l’univers de l’annonceur. Comme par exemple ce post sur les répliques à balancer aux mecs lourds sur le web, créé pour Skype :

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MinuteBuzz crée alors un espace dédié à la marque sur le site, un vrai MinuteBuzz brandé, afin d’y publier les contenus. Des posts contribuent également à gonfler le trafic de MinuteBuzz. « Nous créons des contenus qui dégagent une émotion de malade auprès des internautes et c’est ça que les marques viennent chercher. »

Une émotion positive qui génère du partage.

MinuteBuzz facture la prestation 8500€ par mois, avec 10 articles créés spécifiquement pour la marque, lesquels restent sur le site dédié même après la fin de l’opération.

Et les lecteurs en redemandent. Les articles viraux sont régulièrement dans le top 10 des plus lus et partagés. Et le taux de clic sur l’habillage de la marque est de 10% !

MinuteBuzz est rentable depuis le mois de novembre et compte parmi ses annonceurs Canal+, DcMartens, Tefal, Skype ou encore Martini… « Aujourd’hui, 60% de nos revenus viennent du native advertising. Et désormais nous ne vendons plus que ça. » Adieu les bannières de pub et les CPM au rabais !

« On ne se bat pas sur des millions de pages vues, on travaille sur des contenus que les gens ont envie de partager ».

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Microsoft Experiences les 3 et 4 octobre 2017

La rédaction

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12 thoughts on “Comment MinuteBuzz, le BuzzFeed français, a doublé son audience et son chiffre d’affaires, par Benoît Raphaël”

    1. Lorsqu’un article totalise 3000 partages (comme c’est le cas cette semaine), si le 10 autres en totalisent 0 (ce qui n’est pas le cas cette semaine), la moyenne sera quand même de 300. C’est une simple règle mathématique de base ! :D

  1. Je trouve que cet article idéalise énormément le succès de Minutebuzz.

    Je suis ce site depuis le 1er jour de son lancement, et je trouve que les contenus ont énormément perdu en qualité et en légitimité. Ils bafouent les règles essentielles du buzz, du vrai buzz. Car oui, selon moi ils font dans le faux buzz : ils prennent des images piochées sur instagram, pinterest ou tumblr, les compilent, et mettent un titre aguicheur pour inciter au clic, du genre « 35 images qui vont vous faire saliver ». Pour moi, ce n’est pas du buzz, c’est juste du recyclage. Trop facile de prendre 35 photos trouvées en tapant #burger sur pinterest et d’en faire un article…

    Pourtant, j’ai longtemps défendu minutebuzz, mais là clairement, ils ne s’adressent plus au même public. Autrefois, ils visaient les mecs qui passent leurs journées sur le web, ceux qui bossent dans la com, les personnes influentes du web, en proposant de vrais articles spontanés et à la page (les toutes dernières campagnes de comm, les toutes dernières news technologique, des buzz sortis dans la matinée, etc). Là ils visent désormais le grand public, la nana de 35 ans un peu paumée sur le web mais qui s’émerveille devant des photos de chats qu’on a tous vu il y 6 mois… mais qui s’en fout, car elle, elle ne le sait pas…

    Alors oui, vous me direz, ça marche. Effectivement, les chiffres que vous donnez ne me surprennent pas, j’était déjà persuadé que ça allait marcher, mais je pense que minutebuzz a perdu beaucoup en terme de crédibilité.

    Je ne trouve pas ça qualitatif mais très quantitatif, ils publient des articles pour un oui ou pour un non, sur des sujets qui ne sont pas forcément d’actualité.

    Bref, je regrette l’ancien minutebuzz, mais d’un côté je comprends que le but est bien de gagner plus d’argent et de visiteurs, comme dans toute entreprise.

  2. Idéaliser est le bon terme, il suffit de regarder le nombre de partage moyen annoncé (300) alors que sur le site ou sur facebook on est plutôt autour d’une moyenne de 30…
    Et je suis d’accord avec Pierre, maintenant c’est plus quantité que qualité

    1. Je suis quand même surpris par cette remarque (il y a à peu près la même quelques centimètres plus haut). L’intégralité des articles de la colonne de droite dépasse les 600 partages (je viens de vérifier) et certains dépassent les 3000 partages. Ensuite, évidemment, tous les articles n’atteignent pas la centaine, et encore moins les 300 qui ne sont – comme indiqué dans l’article – qu’une moyenne. Du coup, une règle de trois toute bête permet déjà de se rendre compte que lorsqu’un article fait 3000 partages, si les 10 suivants en font 0 (ce qui n’est pas le cas), la moyenne sera tout de même de 300. ;-)

  3. Pourquoi défendre MinuteBuzz s’ils vont si bien ? Quel est l’intérêt ?

    Une logique éditoriale ? Dis FrenchWeb tu nous donnes autre point de vue ?

    Je les aime bien aussi.

  4. cet article est intéressant mais n’explique pas comment le site à réussi à doubler son trafic en si peu de temps.

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