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L’entrepreneur, un « animal » politique ?

Par François Nemo, associé chez Ifbranding

L’histoire se déroule au Moyen-Age. Un cavalier aux abords d’une ville croise un homme affairé à tailler une pierre. « Que fais-tu ? » lui demande-t-il. « Je taille une pierre », lui répond l’homme. Quelques centaines de mètres plus loin il croise un autre homme affairé lui aussi à tailler une pierre similaire avec les mêmes outils. « Que fais-tu ? » Je construis une cathédrale…

Nous taillons laborieusement des pierres

Bam ! La métaphore est radicale… En quelques mots et avec plus de clarté qu’un long discours argumenté, on donne à voir (plus qu’à penser) les véritables raisons pour lesquelles la France et l’Europe essuient sans réagir deux tsunamis, l’un venant du couchant et l’autre du levant. Si les entrepreneurs Américains et Chinois construisent des cathédrales, nous taillons laborieusement des pierres que nous revendons (pour les meilleurs) aux Américains pour construire leurs propres cathédrales. N’est-ce pas pour le moins « embarrassant » pour notre avenir ?

L’absence d’entrepreneurs politiques

Et les réactions sont dignes d’une cour de récréation. « C’est pas moi, c’est l’autre ! » On accuse la difficulté d’accès aux capitaux, les taxes trop lourdes du système français, on exige de légiférer pour démanteler les monopoles qui captent toute la richesse, de taxer les monstres qui échappent à l’impôt. Si ces toutes ces revendications sont légitimes, le véritable problème est ailleurs ! C’est l’absence en France d’entrepreneurs « politiques » (au sens large) qui, enfermés dans une neutralité revendiquée et les yeux rivés sur leur burin, taillent laborieusement leur pierre sans une vision claire et globale de « l’histoire » qu’ils racontent.

Dans un environnement qui se complexifie de jour en jour et où la politique ne peut plus maîtriser la construction d’ensemble, l’entreprise est au coeur de nos dynamiques économique et sociale, en créant des solidarités de fait à travers des réalisations concrètes. La « politisation » de l’entreprise est indispensable dans ce nouveau contexte et sa réussite est conditionnée à sa capacité d’anticiper et de s’emparer des sujets prioritaires pour la communauté.

Monter d’un cran son niveau de culture

L’entrepreneur n’est pas ce barbare, ce « disrupteur » que l’on voit fleurir dans les incubateurs et dont la principale action politique est de mobiliser comme l’ont fait les « pigeons » il y a quelques années, pour payer moins d’impôts (Steve Jobs a créé Apple dans un contexte d’imposition qui était beaucoup moins favorable qu’aujourd’hui en France). L’entrepreneur de demain sera un « animal » politique qui devra monter d’un cran son niveau de culture et d’ambition pour s’ouvrir aux mouvements de fond qui animent notre environnement. Un acteur engagé, un éternel insatisfait qui cherchera les brèches dans le système pour changer et améliorer la vie des gens.

Faire émerger une nouvelle contre-culture

Les défis aujourd’hui sont multiples et ouvrent aux entrepreneurs un champ d’action considérable pour faire émerger une nouvelle contre-culture terreau d’une nouvelle imagination pour répondre aux immenses défis qui plongent 99% des citoyens dans la stupeur et l’indignation et remettent en cause les principes même d’humanité. Que faire de la montée d’une classe de gens inutile aux milliardaires de la Silicon Valley ; Que faire d’une médecine qui ne va se plus consacrer à soigner les malades mais à améliorer les bien portants et produire des super-humains ? Que faire des intentions de la Silicon Valley qui veut choisir les caractéristiques de nos enfants et supprimer la loterie génétique… Comment faire valoir notre vision du futur si nous ne nous donnons pas les moyens en affirmant notre volonté et notre pouvoir.

Un nouveau rapport au monde

L’entrepreneur sera un « animal » politique ou ne sera pas ! Un citoyen engagé capable de défier les acteurs en place pour faire ce qu’eux-mêmes ont fait à leurs prédécesseurs, répondre aux citoyens qui réclament face aux bouleversements profonds que nous traversons plus d’éthique, d’intelligence et un nouveau rapport au monde. N’est-ce pas notre capacité à construire ces entreprises de « mission », nos cathédrales du 21e siècle, horizontales et en réseau qui sont la condition de notre réussite économique et de notre progrès social ?

 

Le contributeur :

Des sciences sociales à la stratégie d’entreprise. Diplômé de littérature. Designer avec Pierre Paulin et Roger Talon. Confronté au monde des fusions acquisitions et à la stratégie de marque chez DDB Needham et Target. Plongé dans le monde subversif et révolutionnaire des plateformes digitales, j’aide aujourd’hui les entrepreneurs à élargir leur vision pour construire des écosystèmes, un ensemble de fonctionnalités au service d’un besoin fondamental et universel qui va changer la vie des gens.

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