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Les centres de données deviennent la cible d’activistes et élus locaux

avec l'AFP

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Les grands centres de données qui sont le socle de nos vies numériques – messageries, applications, streaming… – voient poindre une certaine hostilité dans la population, qui s’inquiète notamment de la consommation d’eau et d’électricité de ces géants.

En Irlande, les « fermes à serveurs » ont représenté l’an dernier 14% de la consommation électrique nationale.

Au Royaume-Uni, Londres a averti que de nouveaux logements pourraient être affectés par un manque d’électricité lié aux centres de données, et Amsterdam a purement et simplement décidé qu’elle n’avait plus de place pour ces fermes à serveurs.

Et la conjoncture énergétique actuelle, marquée par la guerre en Ukraine et la baisse drastique des livraisons de gaz russe, accentue encore la pression.

« Les centres de données vont devenir une cible », parie le spécialiste tech et blogueur critique Dwayne Monroe, basé à Amsterdam.

Des campagnes lancées par des militants locaux ont déjà conduit à des annulations de projets de centres de données en France (Amazon), au Luxembourg (Google) et aux Pays-Bas (Meta).

Le gouvernement irlandais a réaffirmé son soutien à l’industrie de la donnée, mais n’en a pas moins fixé des limites strictes au développement de nouveaux centres, jusqu’en 2028.

Les géants du numérique de leur côté jugent les critiques injustes. Ils mettent en avant leurs efforts pour s’approvisionner en électricité « verte » (non carbonée), et soulignent qu’un stockage de données mutualisé dans un seul endroit est énergétiquement moins coûteux qu’un stockage dispersé entre une myriade d’ordinateurs.

Mais au niveau local, la révolte couve parfois, comme en Irlande. « Les centres de données prennent beaucoup d’espace mais ne proposent aucun emploi », explique par exemple Madeleine Johansson, élue locale de Dublin sous l’étiquette  du petit parti d’extrême gauche « Le peuple avant les profits ».

Elle est parvenue récemment à faire adopter une motion locale bannissant les centres de données, déclenchant un conflit avec le gouvernement qui n’est pas encore terminé.

Ailleurs en Irlande, le militant Dylan Murphy, membre de l’association environnementale « Ni ici, ni ailleurs » (Not Here, Not Anywhere) a déposé une motion dans son comté de Fingal, au nord de Dublin, pour contraindre les fermes à serveurs à indiquer quelles sont les données qu’elles stockent.

« Il y a un manque complet de transparence sur les données qui se trouvent » dans ces infrastructures, a-t-il dit, évoquant « un voile d’ombre ».

Michael McCarthy, un représentant de l’association professionnelle des opérateurs de cloud (Cloud Infrastructure Ireland), rétorque que les adversaires des centres de données utilisent désormais n’importe quel argument pour les contrer, parce qu’ils ont perdu sur le terrain énergétique.

« Les centres de données sont effectivement des grands utilisateurs d’énergie, mais il y a toute une cohorte » d’industries qui consomment autant ou plus, estime-t-il.

 

– Nouvelles applications énergivores –

 

McCarthy, comme d’autres responsables de la filière ailleurs en Europe, préfère pointer la responsabilité des différents Etats européens, qui selon lui n’ont pas assez investi dans les infrastructures énergétiques.

Le débat n’est pas près de s’éteindre, alors que le monde numérique ne cesse d’étendre son emprise dans nos vies et que de nouvelles applications naissent, toujours plus assoiffées de données, de puissance de calcul et de volume de stockage.

Les intelligences artificielles (IA), qui apprennent en digérant des montagnes de données, consomment beaucoup d’énergie – selon Google, les outils d’apprentissage automatique au coeur des IA représentent entre 10 et 15% de sa consommation d’électricité.

Et les métavers, avec leurs graphismes en trois dimensions et leurs capacités interactives, vont aussi requérir d’énormes puissances de calcul – et donc d’énormes quantités d’électricité.

Construire des mondes numériques « vraiment immersifs et persistants, accessibles à des milliards d’êtres humains en temps réel, exigera 1.000 fois plus d’efficacité dans le calcul qu’aujourd’hui », expliquait récemment Raja Koduri, un haut dirigeant du géant des puces Intel.

« Pour construire le métavers, Facebook va devoir bâtir un réseau de centres de données qui rivalisera avec ceux qu’Amazon, Microsoft et Google ont construit pour leurs services de cloud », avertit de son côté Dwayne Monroe.

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