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Les dix actus clés de l’été: Deliveroo, SNCF, Salto, Taxe Gafa, Uber…

Si vous avez opté pour une déconnexion totale cet été, Facebook ne vous félicite pas, mais sachez que c’était une excellente décision, dont vous allez pouvoir profiter des bénéfices en cette rentrée chargée. La rédaction de FrenchWeb a identifié pour vous les dix actus qu’il ne fallait (presque) pas manquer.

Comme chaque été, Deliveroo profite de la trêve estivale pour baisser la rémunération de ses livreurs 

Deliveroo profite de la quiétude estivale pour changer sa grille tarifaire, déclenchant à chaque fois la colère des livreurs, dont la situation précaire ne cesse de mettre en exergue les limites de la «gig economy». Fini le prix minimal de 4,80 euros la course à Paris, place désormais aux livraisons rémunérées en fonction du temps estimé, au risque d’inciter les livreurs à enfreindre davantage le code de la route. Deliveroo distingue trois types de courses : moins de 10 minutes (express), de 10 à 20 minutes (moyenne distance) et plus de 20 minutes (longue distance).

Les livreurs assurent que cette évolution de la grille tarifaire va entraîner une baisse de leur rémunération, tandis que Deliveroo estime qu’il s’agit d’une «meilleure tarification, plus juste et plus de 54% des commandes sont payées davantage». Sauf qu’en favorisant les courses évaluées au temps, et non en kilomètres, la licorne anglaise donne la priorité aux trajets plus longs, et donc plus épuisants pour les livreurs. L’écart de trop pour ces derniers, qui étaient payés à l’heure en 2015, avant d’être rémunérés à la course en 2017. Depuis l’an passé, les coursiers étaient payés en fonction de la distance effectuée, mais ceci appartient déjà au passé. 

A défaut d’être mieux rémunérés, les livreurs de Deliveroo auront observé cet été que la plateforme britannique avait plié bagage en Allemagne, victime de la concurrence de Lieferando, déclinaison du groupe néerlandais Takeaway, qui vient de fusionner avec la société britannique Just Eat. Dans un secteur où les marges sont très faibles, Deliveroo est confronté à des pertes colossales, ce qui pousse l’entreprise à lever des fonds auprès d’investisseurs comme Amazon, qui a pris part à un tour de table de 575 millions de dollars en mai, pour financer son développement.

Machine arrière toute de la SNCF dans les nouvelles mobilités

Après avoir multiplié les investissements dans les plateformes numériques, la SNCF freine désormais des quatre fers dans les nouvelles mobilités pour se recentrer sur le rail. En effet, la compagnie ferroviaire française a opéré au cours de ces derniers mois une réorganisation de ses activités dans les services de mobilité 2.0. Cela s’est d’abord matérialisé fin 2018 par la cession des cars Ouibus à BlaBlaCar en échange d’une entrée au capital du fleuron français du covoiturage, avant une accélération plus prononcée cet été. 

En effet, début juillet, la SNCF a décidé de se séparer de la plateforme de VTC LeCab, qui était sous le contrôle de Keolis, filiale à 70% de la SNCF, depuis 2016. Il s’agit d’un échec cuisant pour Keolis, qui cherchait depuis plus d’un an à se désengager de LeCab, faute de résultats probants. La plateforme de VTC aurait finalement été cédée pour un euro symbolique à SnapCar.

Quelques jours plus tard, la SNCF a réduit encore un peu plus la voilure en cédant iDVROOM, son service de covoiturage, à la start-up Klaxit. Le coût de l’innovation gardera un goût amer pour l’entreprise publique…

Salto avant de TF1, France Télévisions et M6 pour (essayer de?) contrer Netflix 

Il leur en aura fallu du temps pour dessiner une stratégie pour faire face à Netflix, mais la riposte des principaux groupes audiovisuels français est enfin sur les rails, tout du moins une alliance entre frères ennemis. Dévoilé en juin 2018, Salto, le projet commun de plateforme vidéo porté par TF1, France Télévisions et M6, attendait depuis de franchir les différents obstacles réglementaires pour voir véritablement le jour. Après le feu vert du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en juillet, l’Autorité de la concurrence lui a emboîté le pas en août en donnant à son tour sa bénédiction à la plateforme qui sera lancée en 2020.

Entre l’annonce du projet et sa validation par les autorités concernées, plus d’un an s’est écoulé. Le temps pour Netflix de passer le cap des 5 millions d’abonnés en France, et pour Apple et Disney d’annoncer le lancement de leurs propres services de streaming vidéo. Apple TV+ devrait débarquer sur le marché français en novembre, tandis que Disney+ est attendu dans l’Hexagone au printemps 2020. Dans cet environnement ultra-concurrentiel, Salto aura donc fort à faire, Pascal Rogard, le patron de la SACD, estimant même que la plateforme française «n’a aucune chance contre Netflix» et que «la seule réponse crédible» serait «une plateforme regroupant les services publics européens et proposant le meilleur de la création européenne». Le salto arrière n’est donc pas à exclure…

La formule magique d’Uber pour s’offrir un crédit d’impôts de 6,1 milliards de dollars

Si Uber a concédé une perte vertigineuse de 5,2 milliards de dollars au deuxième trimestre, la plateforme de VTC a mis en place un nouveau dispositif fiscal au sein de sa filiale néerlandaise qui devrait lui permettre d’éviter de payer l’impôt sur les sociétés en Europe pendant plusieurs années. Avant de réaliser son introduction en Bourse à Wall Street en mai, l’entreprise californienne a en effet identifié une faille fiscale sur le Vieux Continent qui permet d’aligner le montant des déductions fiscales sur la valeur d’un actif immatériel. 

De ce fait, Uber a procédé à une augmentation de la valeur de ses actifs immatériels aux Pays-Bas en transférant des actifs gérés par l’une de ses filiales basées aux Bermudes, créant de facto un crédit d’impôts de 6,1 milliards de dollars. Pour rappel, c’est dans la filiale néerlandaise de la firme américaine, Uber B. V., que sont facturées l’ensemble des courses réalisées dans les différents pays européens. 

Ce matelas financier conséquent permettra à Uber d’alléger sa facture fiscale mondiale lorsque la société enregistrera des bénéfices. La plateforme de VTC ne devrait donc pas faire valoir cet avantage fiscal avant un bon moment, celle-ci ayant enregistré des pertes d’exploitation de plus de 10 milliards de dollars rien qu’aux États-Unis au cours des trois dernières années. Selon la Commission européenne, le taux d’imposition effectif sur les bénéfices des GAFA dans l’Union européenne est en moyenne de 9%, contre plus de 20% pour les entreprises traditionnelles.

Ce que révèle le document d’entrée en Bourse de The We Company

Valorisé à 47 milliards de dollars selon les dernières estimations, WeWork, ou plutôt The We Company (WeWork n’étant qu’une filiale du groupe, qui compte aussi WeLive, WeGrow ou Rise by We), a publié mi-août publié son dossier de préparation d’entrée en Bourse. Les documents ont confirmé une perte nette de près de 2 milliards de dollars en 2018. Au premier semestre 2019, le géant du coworking dirigé par Adam Neumann a fait état de 904,6 millions de dollars de pertes et 1,535 milliard de dollars de chiffre d’affaires. WeWork gère aujourd’hui 485 sites, surtout des étages entiers divisés entre bureaux privatifs, espaces communs et cabines individuelles, dans 28 pays. Ces espaces sont loués à des travailleurs indépendants, start-ups, mais aussi des entreprises plus importantes comme Microsoft, HSBC ou Facebook.

Mais le document d’entrée en Bourse de The We Company révèle aussi d’autres éléments. D’abord, parmi les entreprises de The We Company figure Ark, fondé l’année dernière dans le but de gérer les propriétés de WeWork. Sauf que la filiale gère aussi quatre immeubles achetés par Adam Neumann et loués en retour à WeWork. Ensuite, on apprend que WeWork a effectué des prêts — près de 37 millions de dollars entre 2013 et 2016 — à des taux d’intérêt très bas à Adam Neumann. Cette année, le cofondateur de l’entreprise a aussi bénéficié d’un prêt de 362 millions de dollars de la part de l’entreprise. Ces sommes auraient depuis été remboursés, en actions ou en liquide. Enfin, le document nous enseigne que si M. Neumann décède ou se retrouve dans l’incapacité d’assurer ses fonctions dans les dix années qui suivent l’entrée en Bourse de The We Company, un « comité » de trois personnes, dont sa femme Rebekah Neumann, sera mis en place pour désigner un nouveau CEO. 

Taxe Gafa : les Etats-Unis contre-attaquent et réduisent la durée du visa entrepreneur de cinq ans à 15 mois

Après l’échec de l’instauration d’une taxe européenne sur les services numériques, le Parlement français a définitivement adopté le 11 juillet sa propre « taxe Gafa ». La France devenait ainsi l’un des premiers pays au monde à imposer (à hauteur de 3%) le chiffre d’affaires des géants du numérique. La taxe — temporaire jusqu’à l’éventuel aboutissement de négociations internationales — couvre la publicité en ligne, la vente à des tiers des données personnelles, et l’intermédiation (mise en relation par des plates-formes d’entreprises et de clients). Elle concerne les entreprises qui enregistrent plus de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le monde, et plus de 25 millions d’euros en France. Soit moins de 30 entreprises qui, au total, devraient rapporter près de 400 millions d’euros cette année, puis 450 millions en 2020, 550 millions en 2021 et 650 millions en 2022.

Après la l’adoption de la taxe, les Etats-Unis n’avaient pas tardé à réagir avec l’ouverture d’une enquête sur la taxe pouvant déboucher sur des mesures de représailles commerciales.

Toutefois, histoire d’être efficace à la volée, l’ambassade des Etats-Unis à Paris a annoncé en août que la durée maximale allouée par les services de l’immigration aux Etats-Unis aux entrepreneurs français (demandeurs des visas E1 ou E2) sera réduite de cinq ans à seulement 15 mois, de quoi enlever toute ambition de développement aux Etats-Unis pour les entrepreneurs de la French Startup Nation. La nouvelle réglementation est applicable dès le 29 août.

Le temps de la taxe Gafa à la française est toutefois peut-être déjà compté : en marge du sommet du G7 à Biarritz, un accord sur la taxe numérique a été trouvé le 26 août entre les conseillers financiers français et américains, et soumis aux chefs d’état. Selon les termes du projet d’accord, la France remboursera aux entreprises la différence entre la taxe française et le nouveau système instauré sous l’égide de l’OCDE, une fois que ce dispositif aura été mis en place. La durée des visas investisseurs sera-t-elle de nouveau rallongée ?

Dans le même temps, Washington déploie les grands moyens contre les géants de la tech

Le département de la Justice américain a lancé le 23 juillet une vaste enquête sur d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles de la part de grands groupes numériques américains comme Google, Facebook ou Amazon. Si les entreprises visées ne sont pas explicitement nommées, Washington cherche à savoir savoir si les principales entreprises du secteur de la tech « procèdent à des pratiques ayant réduit la concurrence, empêché l’innovation ou affecté les consommateurs ». L’enquête prévoit de « prendre en compte les craintes répandues des consommateurs, des entreprises et des entrepreneurs » qui ont « émis des inquiétudes sur les services de recherche, sur les réseaux sociaux et sur les plateformes de commerce en ligne ».

Des deux côtés du paysage politique américain, républicains et démocrates se posent la même question : les géants de la tech sont-ils devenus trop puissants ? Washington emboîte ainsi le pas à l’Europe, où la Commission européenne a déjà infligé trois lourdes amendes en moins de deux ans à Alphabet, et ouvert en juillet une enquête approfondie sur Amazon, qu’elle soupçonne d’exploitation abusive des données de ses détaillants indépendants. Les Etats-Unis sont bien décidés à s’attaquer à la question : une vingtaine de procureurs généraux de différents états devraient lancer une vaste enquête commune sur d’éventuelles pratiques concurrentielles de la part des géants américains de la tech.

Alibaba débourse 2 milliards de dollars en cash pour s’offrir le leader de l’e-commerce crossborder en Chine 

Malgré le ralentissement de l’économie chinoise, Alibaba affiche actuellement une forme éclatante. Preuve en est, le géant chinois a réalisé un trimestre record entre avril et juin, en engrangeant pas moins de trois milliards de dollars, un montant en progression de 145% sur un an. Et cerise sur le gâteau, la firme de Jack Ma a enfoncé le clou en annonçant l’acquisition de Kaola, la principale plateforme de commerce électronique transfrontalier de Chine avec plus de 9 000 marques proposées provenant de 80 pays. Une plateforme qui intéressait particulièrement Amazon pour gagner du terrain en Chine où la firme américaine pèse moins de 1% du marché.

Pour sortir cette dernière du giron de NetEase, Alibaba a mis 2 milliards de dollars sur la table, en cash. Il faut dire qu’avec plus de 30 milliards de dollars dans ses caisses, le mastodonte chinois peut se payer un tel luxe. Afin de décupler ses capacités de financement, Alibaba devait faire son entrée à la Bourse de Hong Kong avant la fin de l’année pour lever entre 15 et 20 milliards de dollars, mais les manifestations anti-gouvernementales dans ce territoire semi-autonome chinois ont reporté l’opération. Alibaba est déjà coté à Wall Street depuis 2014. Lors de son introduction à New York, le groupe avait levé un montant record de 25 milliards de dollars.

Dassault Systèmes finalise la plus grosse acquisition de son histoire

A 5,8 milliards de dollars, la plus grosse acquisition de l’histoire de Dassault Systèmes se finalise : les actionnaires de l’éditeur français de logiciels industriels ont approuvé le 16 août le projet de rachat de Medidata, éditeur américain de logiciels pour le suivi d’essais cliniques, annoncé en juin. L’opération intervient alors que les acteurs de l’industrie de la santé souhaitent à accélérer le développement de produits plus innovants et plus ciblés, et cherchent des offres uniques et complètes pour en réduire les coûts de production. Elle permettra à Dassault Systèmes de compléter sa plateforme 3DExperience. Celle-ci regroupe des logiciels de modélisation 3D du groupe pour permettre une gestion de projet industriel de bout en bout. Elle représente également presque un quart du chiffre d’affaires de Dassault Systèmes. Le fleuron français du logiciel réalise en fait plusieurs dizaines d’acquisitions par an, mais aucune n’avait jusqu’ici dépassé le milliard de dollars.

La frénésie d’achats de VMWare

Le spécialiste américain de la virtualisation et du cloud computing VMWare a frappé fort le 22 août avec deux acquisitions, pour un montant total de 4,8 milliards de dollars : Carbon Black, entreprise de cybersécurité dédiée à la sécurisation des charges de travail natives dans le cloud, pour 2,1 milliards de dollars, et Pivotal Software, fournisseur de plateformes cloud, pour 2,7 milliards de dollars. Quelques jours plut tôt, VMWare avait confirmé l’acquisition, pour un montant non dévoilé, d’Intrinsic, start-up spécialiste de la cybersécurité, et de Veriflow, spécialiste de la surveillance réseau. En moins d’un an, VMWare avait déjà fait entrer dans son giron une série d’entreprises : Uhana, start-up dédiée au deep learning et à l’optimisation des réseaux, Bitfusion, plateforme de virtualisation d’accélération matérielle dédiée à l’IA, Bitnami, solution d’hébergement open-source dans le cloud, Avi Networks, entreprise qui propose des solutions de gestion des infrastructures, AetherPal, spécialiste de l’optimisation de l’usage des terminaux mobiles, et Heptio, spécialiste Kubernetes.

Les entreprises dans le monde doivent aujourd’hui travailler avec des machines virtuelles plus traditionnelles et des containers plus modernes. VMWare vise à travers ces opérations à renforcer son offre dans un secteur qui compte également Microsoft, Citrix, Cisco, HP ou Openstack. Et notamment sur le multi-cloud, la transformation numérique des entreprises et la sécurité. En parallèle de l’annonce de ces rachats, qui devraient être conclus au second semestre 2020, VMWare a en plus enregistré un bénéfice supérieur aux attentes pour le deuxième trimestre et des revenus à 2,44 milliards de dollars en hausse de 12% par rapport à la même période en 2018.

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La rédaction

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