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PhysicsX lève 255 millions d’euros : la bataille de l’IA s’étend aux infrastructures stratégiques

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La course à l’intelligence artificielle ne se limite plus aux modèles conversationnels, aux agents logiciels ou à la productivité des travailleurs du savoir. Une nouvelle génération d’entreprises cherche désormais à appliquer l’IA aux systèmes physiques qui structurent l’économie mondiale. Derrière la levée de levée de 255 millions d’euros réalisée par PhysicsX, menée par Temasek, avec la participation de Nvidia, Siemens, Applied Materials, Atomico ou encore General Catalyst, se dessine une bataille plus large autour des infrastructures stratégiques, de l’industrie et de l’innovation matérielle.

Depuis plusieurs années, les débats autour de l’intelligence artificielle se concentrent principalement sur la capacité des modèles à générer du texte, du code ou des images. Pourtant, la valeur économique de nombreux secteurs repose encore sur des contraintes physiques qui n’ont rien perdu de leur complexité. Concevoir un moteur d’avion, optimiser une puce électronique, développer une batterie de nouvelle génération ou améliorer l’efficacité énergétique d’un data center implique toujours des milliers d’heures de simulation, d’analyse et d’itérations.

C’est précisément ce problème que PhysicsX entend résoudre. Fondée à Londres par d’anciens ingénieurs de Formule 1, l’entreprise développe une plateforme d’ingénierie nativement conçue autour de l’intelligence artificielle. Son objectif consiste à accélérer la compréhension et la modélisation des phénomènes physiques afin de réduire drastiquement les temps de conception et de validation des produits industriels.

« Presque tous les problèmes complexes de l’économie physique, de meilleurs avions, de meilleures puces, de meilleurs moteurs ou de meilleurs systèmes énergétiques, dépendent de la rapidité et de la qualité avec lesquelles les ingénieurs et les opérateurs peuvent travailler sur les phénomènes physiques sous-jacents. Pendant des décennies, cette contrainte a limité l’innovation matérielle. L’IA appliquée à la physique la supprime », affirme Jacomo Corbo, cofondateur et directeur général de PhysicsX.

La promesse est ambitieuse, là où certaines simulations nécessitent plusieurs heures, voire plusieurs jours de calcul, les modèles développés par l’entreprise visent à produire des résultats en quelques secondes. Selon PhysicsX, cette approche permet aux équipes d’ingénierie d’explorer des milliers de variantes de conception là où elles n’en évaluaient auparavant qu’une poignée.

L’enjeu dépasse largement l’amélioration de la productivité individuelle, dans des secteurs tels que l’aéronautique, la défense, les semi-conducteurs, l’énergie ou les matériaux avancés, le temps nécessaire pour passer d’un concept à un produit opérationnel constitue souvent le principal facteur limitant. À mesure que les systèmes deviennent plus complexes, les cycles de développement s’allongent tandis que la pression concurrentielle s’intensifie.

PhysicsX estime que les progrès récents des architectures de modèles et la baisse relative du coût du calcul sur GPU rendent désormais possible un déploiement industriel à grande échelle de cette approche. L’entreprise affirme que sa technologie est déjà utilisée dans les secteurs de l’aérospatial, de la défense, des semi-conducteurs, de l’automobile, de l’énergie et de l’industrie manufacturière.

PhysicsX a prolongé son tour de financement Series B, portant le total levé à plus de 133 millions d’euros. L’investissement provient de NVentures, aux côtés d’Atomico, Temasek, Siemens, Applied Materials, July Fund, General Catalyst, NGP et d’autres investisseurs existants

Au-delà de la levée de fonds, un autre élément mérite l’attention. PhysicsX annonce vouloir consacrer une partie de ses investissements au développement de modèles de nouvelle génération qu’elle désigne sous le nom de « Large Physics Models ».

Depuis trois ans, le secteur s’est familiarisé avec les Large Language Models qui alimentent ChatGPT, Claude ou Gemini. PhysicsX suggère désormais l’émergence d’une catégorie équivalente appliquée non plus au langage mais à la compréhension des phénomènes physiques.

L’ambition consiste à entraîner ces modèles sur d’immenses volumes de simulations, de données industrielles et d’informations issues du monde réel afin qu’ils puissent anticiper le comportement de systèmes complexes. À terme, ces modèles pourraient devenir des briques fondamentales de l’ingénierie numérique, capables d’assister la conception de produits dans des domaines aussi variés que les moteurs d’avion, les réacteurs énergétiques, les matériaux avancés ou les semi-conducteurs.

Robin Tuluie, fondateur et président de PhysicsX, considère que cette évolution pourrait transformer l’accès même à l’ingénierie avancée. « Les simulations physiques de haute fidélité ont toujours été puissantes, mais elles sont restées lentes, coûteuses et réservées à un nombre limité de spécialistes. L’IA appliquée à la physique change cette réalité dans toutes ses dimensions. »

Cette volonté de démocratisation constitue un autre aspect stratégique du projet. Dans de nombreuses entreprises industrielles, les outils de simulation les plus sophistiqués restent concentrés entre les mains d’équipes expertes. PhysicsX cherche à diffuser ces capacités à un nombre beaucoup plus large d’utilisateurs, qu’il s’agisse d’ingénieurs, de concepteurs ou d’opérateurs industriels.

Le choix des secteurs ciblés par PhysicsX est tout aussi révélateur. Aéronautique, défense, énergie, semi-conducteurs, matériaux avancés et data centers figurent aujourd’hui parmi les priorités stratégiques des grandes puissances économiques. Ces industries concentrent une part croissante des investissements publics et privés liés à la souveraineté technologique, à la transition énergétique et à l’essor de l’intelligence artificielle.

À mesure que les États-Unis, la Chine et l’Europe multiplient les investissements dans les infrastructures numériques et industrielles, la capacité à concevoir plus rapidement des puces, des centres de données, des systèmes énergétiques ou des équipements de défense devient un avantage concurrentiel majeur. Dans cette perspective, la prochaine frontière de l’intelligence artificielle pourrait ne pas se situer dans les interfaces conversationnelles mais dans les logiciels qui permettent de construire le monde physique.

La croissance revendiquée par PhysicsX témoigne de l’intérêt du marché pour cette vision. L’entreprise indique avoir doublé son chiffre d’affaires reconnu sur un an, triplé ses revenus contractés et plus que doublé son nombre de clients. Ses effectifs dépassent désormais 300 personnes, contre environ la moitié un an auparavant.

Pour les investisseurs, le pari consiste à financer non seulement une société de logiciels industriels, mais potentiellement une nouvelle couche technologique destinée à s’insérer au cœur des processus d’ingénierie mondiaux. Après la bataille des modèles de langage, celle des infrastructures stratégiques pourrait bien devenir le prochain terrain d’expansion de l’intelligence artificielle.

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