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Supply chain : Casino mise sur Everoad avec un contrat de 100 millions d’euros sur 4 ans

Dans l’oeil du cyclone depuis plusieurs mois, Casino espère retrouver un second souffle sous l’impulsion d’acteurs extérieurs capables d’accélérer sa transformation digitale. Le distributeur français s’est ainsi notamment tourné vers la start-up Everoad, spécialisée dans le fret routier, pour optimiser sa logistique. Depuis plus d’un an, la jeune pousse collabore en effet avec Easydis, la filiale logistique du groupe Casino, pour épauler cette dernière dans l’expédition de marchandises. 

Après cette première expérience commune, le partenariat entre Casino et Everoad est aujourd’hui renforcé dans le cadre d’un contrat de 100 millions d’euros s’étalant sur quatre ans, soit 25 millions d’euros par an. Cette alliance est bienvenue pour Casino afin de digitaliser sa supply chain dans un contexte délicat. Et pour cause, le transport de marchandises pâtit des multiples grèves des cheminots de la SNCF qui perturbent fortement le fret ferroviaire, entraînant de fait une flambée des prix sur les autres moyens de transport (routier, fluvial, aérien…) pour les distributeurs et les industriels, et de la pénurie de chauffeurs dans le fret routier. 

Le fret routier, un marché de 300 milliards d’euros en Europe 

Lancée en 2016 par Maxime Legardez, entrepreneur français passé par Rocket Internet, Everoad s’attèle à digitaliser le marché du transport routier de marchandises. Un marché qui pèse actuellement plus de 43 milliards d’euros en France et 300 milliards en Europe. Pour y parvenir, la société a développé une plateforme visant à rapprocher les expéditeurs des transporteurs. Le service permet ainsi aux expéditeurs de trouver en quelques clics un camion pour transporter leurs marchandises et de suivre leur acheminement en temps réel. Dans le même temps, cela permet aux transporteurs d’optimiser leur flotte et donc de réduire les trajets à vide, avec à la clé un gain de temps et d’argent. A ce jour, la start-up revendique plus de 6 000 transporteurs sur sa plateforme.

Sur un marché sous tension, l’approche d’Everoad doit permettre à Casino d’avoir une meilleure vision d’ensemble sur sa supply chain, en analysant en temps réel les expéditions effectuées pour anticiper les risques opérationnels et ainsi améliorer le pilotage des opérations dans ce secteur. «Ce partenariat s’inscrit dans notre volonté d’amorcer une transformation digitale de la supply chain. Au-delà de l’opportunité que cela représente, c’est avant tout une nécessité de se digitaliser pour perdurer dans un marché en pleine mutation», explique Clément Lubin, en charge de la supply chain du groupe Casino depuis un an. Cette division est issue de la fusion des directions supply chain et logistique des enseignes Franprix, Leader Price et Casino pour optimiser leur gestion des flux de marchandises.

Amazon en charge de la supply chain de Monoprix 

Parler d’un marché en pleine mutation est un euphémisme, tant les acteurs de la grande distribution française ont été malmenés ces dernières années par un secteur en pleine mutation avec l’arrivée du numérique, représentée par l’essor des sites e-commerce, et de nouvelles formes de consommation, notamment avec les Millennials, qui imposent leurs propres règles de consommation. Une génération d’acheteurs très difficile à fidéliser par ailleurs. Dans ce contexte, Casino, Auchan ou encore Carrefour ont multiplié les fermetures de magasins et les coupes dans les effectifs.

A la traîne dans leur transformation digitale, ces colosses aux pieds d’argile ont fini par accepter la réalité à laquelle ils étaient confrontés. Et plutôt que de perdre encore plus de temps à concevoir soi-même des solutions digitales, les géants de la distribution française ont alors décidé de mettre en place avec d’autres géants, parfois venus d’outre-Atlantique. C’est notamment le cas de Casino qui a choisi l’an passé de s’allier l’an passé à Amazon via sa filiale Monoprix. Il était déjà question de logistique puisque Monoprix avait alors accepté de déléguer sa supply chain à Amazon dans ce cadre de ce partenariat. Le contrat de 100 millions d’euros signé avec Everoad s’inscrit donc dans la continuité de la stratégie de Casino pour accélérer la digitalisation de sa supply chain.

Casino en pleine mission désendettement 

Le distributeur français doit actuellement faire face à une situation délicate. En effet, Rallye, la maison-mère de Casino, affichait fin 2018 un endettement critique de 2,9 milliards d’euros. En ajoutant à cela les dettes des sociétés mères Euris, Finatis et Foncière Euris, et celles des filiales Cobivia et HMB, la dette atteint quasiment 3,3 milliards d’euros. Un montant colossal qui a fait perdre la confiance des investisseurs, dont la plupart ne se sont pas privés pour spéculer sur la chute du cours boursier de Casino et de la galaxie d’entités gravitant autour du groupe français, au point d’attirer l’attention de l’Autorité des marchés financiers. 

Dans ce contexte, Jean-Charles Naouri, l’homme fort de Casino qui contrôle le groupe français via sa myriade de holdings, a demandé et obtenu en mai le placement en procédure de sauvegarde, pour une période de six mois, de Rallye, ainsi que des sociétés mères Euris, Finatis et Foncière Euris et des filiales Cobivia et HMB. Pas concernée par cette procédure de sauvegarde, Casino poursuit de son côté sa stratégie de cession d’actifs pour éponger sa dette. En 2018, le géant français a enregistré 54 millions d’euros de pertes nettes, pour une dette de 2,7 milliards d’euros. Face à cette situation délicate, Casino avait lancé il y a un an un plan de cession d’actifs non-stratégiques. Initialement fixé à 1,5 milliard d’euros, celui-ci pourrait finalement atteindre 4,5 milliards d’euros d’ici au premier trimestre 2021. Il y a quelques jours, le distributeur a également dévoilé un plan de refinancement de sa dette de 3,5 milliards d’euros pour repousser les échéances de remboursement à l’horizon 2023-2024.

Everoad : les données clés

Fondateur : Maxime Legardez
Création : 2016
Siège social : Paris
Secteur : Supply chain
Activité : transport routier de marchandises
Effectifs : 110 collaborateurs
Concurrents : DHL, Uber, Fretlink…


Financement : 16 millions d’euros en octobre 2017, 2 millions d’euros en juin 2016…

Lire aussi : [DECODE] La grande distribution française et les GAFA, un pacte avec le diable ?

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Maxence Fabrion

Journaliste chez FW - DECODE MEDIAPour contacter la rédaction : redaction.frenchweb@decode.media
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