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La voiture d’entreprise entre dans l’économie circulaire : FLEASE lève 13 millions d’euros pour défier la LLD traditionnelle

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Le marché de la location longue durée s’est construit sur une équation relativement simple : des véhicules neufs, des contrats de plusieurs années et une visibilité suffisante pour amortir les actifs dans le temps. Pendant des décennies, ce modèle a permis aux grands acteurs du secteur de structurer un marché représentant plusieurs millions de véhicules en Europe.

Cette mécanique est aujourd’hui sous pression, entre l’électrification des flottes, la coexistence de multiples motorisations, l’évolution des usages liée au télétravail et la recherche d’une meilleure maîtrise des coûts, autant de raisons qui poussent les entreprises à réexaminer leurs stratégies de mobilité.

C’est dans ce contexte que Flease annonce une levée de 13 millions d’euros menée par Partech Impact. Fondée à Lyon par Vincent Dreyfus et Constantin Eliard, l’entreprise s’est spécialisée dans le leasing de véhicules reconditionnés à destination des flottes professionnelles. Son ambition dépasse le simple financement automobile et consiste à imposer une nouvelle logique de gestion des parcs, fondée sur la réutilisation des actifs existants, la flexibilité contractuelle et l’exploitation des données d’usage.

La fin progressive du cycle « véhicule neuf, contrat fixe, renouvellement »

Le marché de la mobilité d’entreprise a longtemps reposé sur des hypothèses relativement stables, où les entreprises renouvelaient leurs véhicules tous les trois ou quatre ans, les motorisations évoluaient lentement et les kilométrages restaient relativement prévisibles.

Hors cette stabilité a disparu, les gestionnaires de flotte doivent désormais arbitrer entre véhicules thermiques, hybrides, hybrides rechargeables et électriques. Les politiques de télétravail modifient les usages. Les réglementations environnementales se renforcent. Les directions financières cherchent à réduire les coûts sans dégrader l’expérience des collaborateurs. Les responsables RSE sont soumis à des objectifs de décarbonation de plus en plus précis.

Dans ce contexte, s’engager sur plusieurs années avec un parc de véhicules neufs apparaît moins évident qu’auparavant. La flexibilité devient progressivement un critère de décision aussi important que le coût du financement.

Flease s’est construit sur ce changement, l’entreprise propose des contrats allant d’un à cinquante mois, avec des véhicules reconditionnés disponibles en quelques semaines là où les délais de livraison du neuf peuvent encore s’étendre sur plusieurs mois selon les modèles.

Le discours ne porte donc pas uniquement sur le prix mais sur la capacité à adapter rapidement un parc automobile à l’évolution des besoins de l’entreprise.

Faire du véhicule reconditionné un actif de première intention

Historiquement, le véhicule d’occasion constituait la seconde vie du véhicule neuf. Le leasing intervenait en amont, le marché de l’occasion en aval. Flease inverse cette logique, où le véhicule reconditionné devient le point de départ du modèle économique.

Cette approche repose sur une idée basique, une part importante de la valeur d’un véhicule disparaît au cours des premières années alors que son potentiel d’usage demeure largement intact. En captant cette décote déjà absorbée, il devient possible de proposer des coûts d’exploitation inférieurs tout en conservant des niveaux de service proches du neuf.

La société affirme que ses clients réalisent en moyenne 20 % d’économies sur leur coût total de possession par rapport à une location longue durée classique. Si cette promesse se vérifie à grande échelle, elle transforme profondément la perception du véhicule reconditionné. Celui-ci cesse d’être une solution de compromis pour devenir un outil d’optimisation financière.

Cette évolution est particulièrement intéressante car elle déporte le débat de la seule responsabilité environnementale vers la performance économique. L’économie circulaire n’est plus uniquement portée par les directions RSE, et devient un sujet de direction financière.

Reste une inconnue majeure : les entreprises sont-elles prêtes à abandonner le réflexe du véhicule neuf ?

Pour de nombreux grands groupes, la flotte automobile demeure un outil de fidélisation, un marqueur de statut ou un élément de politique RH. Le succès du modèle dépendra donc autant d’une évolution culturelle que d’une démonstration économique.

La donnée devient le cœur du modèle

L’autre dimension du projet Flease est technologique, la startup a développé une plateforme de gestion de flotte reposant sur la télématique. Les véhicules remontent en permanence des données relatives aux usages, aux kilométrages, aux consommations ou aux besoins de maintenance.

Flease affiche également son intention d’investir davantage dans les capacités prédictives et l’intelligence artificielle. L’enjeu consiste à anticiper les besoins de maintenance, optimiser l’affectation des véhicules ou identifier les arbitrages les plus pertinents pour réduire le coût global d’exploitation.

Toutefois, la technologie n’est probablement pas la seule source d’avantage concurrentiel.

Les outils de télématique, d’analyse prédictive ou d’optimisation de flotte se diffusent rapidement dans l’ensemble du secteur et à terme risquent de devenir des commodités.

La question devient alors plus fondamentale : la valeur est-elle créée par le logiciel ou par la capacité à gérer efficacement des milliers d’actifs automobiles sur plusieurs cycles de vie ?

Dans le leasing, le véritable sujet reste le financement

Flease indique que ses capacités de financement sont désormais « déplafonnées ». Chaque nouveau contrat nécessite un véhicule et donc un financement. Chaque financement mobilise du capital ou de la dette.

Dans cette industrie, la capacité à lever des fonds et à structurer des lignes de financement constitue souvent un avantage concurrentiel aussi important que la technologie.

L’opération menée par Partech Impact permet d’accélérer les développements technologiques de la société, mais elle renforce surtout sa capacité à financer un nombre croissant de véhicules et à adresser des flottes de taille plus importante.

Pour une entreprise qui ambitionne de devenir un acteur européen, cette dimension financière est probablement aussi stratégique que le produit lui-même.

Un marché encore ouvert, mais pas vide

Le positionnement de Flease se situe à l’intersection de plusieurs tendances de marché.

L’économie circulaire progresse dans l’ensemble des secteurs industriels. Les entreprises cherchent à prolonger la durée de vie de leurs actifs. Les contraintes budgétaires renforcent l’attention portée au coût total de possession. La donnée devient un outil central de pilotage opérationnel.

Pour autant, le terrain n’est pas vierge, les grands acteurs de la location longue durée disposent déjà de nombreux atouts : les véhicules, les réseaux de distribution, les capacités de financement et les relations commerciales avec les grandes entreprises.

Si le marché du leasing de véhicules reconditionnés démontre son potentiel, ils disposent des moyens nécessaires pour accélérer rapidement.

Le véritable défi de Flease n’est donc pas seulement de convaincre les entreprises, mais de construire suffisamment vite une position de référence avant que les leaders historiques ne décident d’investir massivement ce segment.

 

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