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Le partage de comptes, prochain grand défi des géants de la vidéo à la demande?

Netflix peut bien voir Fortnite et YouTube comme les principales menaces à son activité, le service de vidéo à la demande aux près de 137 millions d’abonnements devrait aussi s’inquiéter des personnes qui utilisent le compte d’une personne de leur entourage. Selon une étude du site spécialisé en télévision et en streaming Cordcutting, près d’un utilisateur de ces trois services sur cinq profite de l’abonnement de quelqu’un d’autre.

Le CEO de Netflix Reed Hastings avait déclaré en janvier 2016 au CES de Las Vegas : « Nous aimons le fait que les gens partagent [leur compte] Netflix. C’est quelque chose de positif, pas de négatif ». Mais le roi du streaming maintiendra-t-il longtemps cette position si le partage de comptes affecte ses résultats face à Amazon Prime Video, Hulu, HBO, et bientôt Disney + ?

Manque à gagner de 2,3 milliards de dollars par an pour Netflix

Pour Netflix, plateforme de streaming la plus populaire, en considérant que 15 % des utilisateurs payants partagent leur abonnement à 7,99 dollars par mois avec au moins une autre personne, il s’agit d’un manque à gagner d’environ 192 millions de dollars par mois et 2,3 milliards de dollars par an, selon l’étude. De leur côté, Hulu et Amazon Prime Video passeraient respectivement à côté de 40 millions et 45 millions de dollars par mois en raison des personnes qui utilisent leur service sans payer (19,2 % des utilisateurs chez Hulu et 16,5 % chez Amazon Prime Video).

Notons que l’étude ne prend pas en compte les manques à gagner de ces plateformes dû au piratage de ses contenus sur différents sites illégaux de streaming.

Différentes politiques du partage des comptes

En moyenne, les personnes qui se servent du compte d’un proche chez Netflix le font pendant 26 mois en moyenne. Ce qui leur permet d’économiser plus de 207 dollars , pour un abonnement à 7,99 dollars. De même, un utilisateur secondaire d’Amazon Prime Video le fait pendant 16 mois et économise 143,84 dollars (pour un abonnement à 8,99 dollars). Hulu n’est utilisé que pendant onze mois chez ces opportunistes du streaming vidéo. Ces derniers économisent ainsi 87,89 dollars.

Officiellement, Netflix interdit le partage des comptes de ses abonnés hors abonnement premium. Hulu autorise le partage du compte, mais demande aux personnes payantes d’être reponsables de son utilisation par des proches. Amazon autorise le partage des comptes jusqu’à dix personnes, mais celles-ci doivent faire partie du même foyer.

59 % des utilisateurs non-payants prêts à payer

Toujours selon l’étude de Cordcutting, près de 59 % des personnes qui utilisent le compte Netflix d’un autre se disent prêtes à payer pour leur propre abonnement en cas de perte de leur accès partagé. Les femmes se montrent en outre beaucoup plus prêtes à payer pour leur propre abonnement (74 %) que les hommes (45 %). Les premières passent plus de temps sur la plateforme que les seconds (509 heures par an, soit 50 heures de plus). Chez Amazon Prime Video et Hulu, les utilisateurs non payants se montrent moins enclins à payer pour le service en cas de perte du compte partagé.

Pour mener cette étude, Cordcutting a interrogé 1 127 personnes qui utilisent un service de vidéo à la demande : 50,9 % d’hommes et 49,1 % de femmes âgés de 18 à 81 ans, avec une moyenne de 37 ans et un écart type de 11,9 ans.

En France, comme dans le monde, le géant de la vidéo à la demande Netflix continue à poursuivre son ascension et compte désormais désormais 5 millions d’abonnés dans l’Hexagone. Avec près de 3,5 millions d’abonnés dans le pays en avril 2018, cela signifie que la plateforme a signé environ 1,5 millions d’utilisateurs en moins de dix mois. Dans le monde, la plateforme espère atteindre 148 millions d’abonnés payants au premier trimestre 2019. Reste à savoir comment l’entreprise de Las Gatos, en Californie, va aborder le manque à gagner dû à ses utilisateurs « parasites ».

Patrick Randall

Journaliste chez FW - DECODE MEDIA. Pour contacter la rédaction : redaction.frenchweb@decode.media

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