IN THE LOOPRETAIL & ECOMMERCETHE RETAIL RADAR

Logistique, paiement : VINTED redessine sa chaîne de valeur au détriment de ses marges

📩 Pour nous contacter: redaction@fw.media

1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 38 %, et pourtant, un bénéfice en recul de 19 %, à 62 millions d’euros. Chez Vinted, le paradoxe n’en est pas un. Un an après avoir atteint l’équilibre, la plateforme lituanienne sacrifie ses marges pour en construire de nouvelles, ailleurs dans la chaîne de valeur.

Une mécanique de croissance qui ne faiblit pas

Ce choix s’opère à un moment où les fondamentaux sont au beau fixe. Le volume brut de marchandises atteint 10,8 milliards d’euros, en progression de 47 %, un rythme supérieur à celui du chiffre d’affaires. La conjoncture est d’autant plus favorable avec une inflation persistante qui pousse les arbitrages vers la seconde main. Mais la dynamique dépasse le seul effet conjoncturel, la seconde main devient un véritable réflexe de consommation.

Le vrai pari : contrôler les tuyaux

L’enjeu pour Vinted est de sortir du schéma classique de la marketplace, qui laisse l’essentiel de la valeur opérationnelle entre les mains de tiers (logistique, paiement).

Avec Vinted Go et Vinted Pay, la plateforme cherche à maîtriser les conditions mêmes de la transaction qu’il s’agisse de l’acheminement du colis, ou traitement du flux financier. Un changement qui modifie la nature du modèle, d’intermédiaire, Vinted devient opérateur. D’autant que la logistique et le paiement deviennent des leviers de différenciation, et demain, des centres de profit.

Les chiffres donnent la mesure de l’effort. Fin 2025, le réseau Vinted Go comptait en France plus de 7 000 points d’expédition, environ 4 700 consignes automatiques et 2 300 relais, couvrant plus de 2 000 communes. À l’échelle européenne, le maillage atteint près de 14 000 points. Et la dynamique ne ralentit pas : l’objectif affiché est de franchir les 10 000 points en France d’ici fin 2026. Un déploiement qui relève moins de la logistique au sens classique que d’une stratégie d’occupation du territoire, point par point.

Le coût de cette internalisation pèse lourdement sur les résultats immédiats. Mais la logique est du développement d’une infrastructure, fondatrice des revenus à venir.

L’Allemagne prise, les États-Unis dans le viseur

Autre signal de maturité, Vinted indique avoir stabilisé sa position en Allemagne, dernier grand marché européen à lui avoir résisté. Ce redressement valide la capacité du modèle à s’imposer dans des environnements concurrentiels denses.

La séquence suivante se joue désormais outre-Atlantique. Vinted prépare un retour offensif aux États-Unis, un marché qu’elle tente de pénétrer depuis plus d’une décennie. Cette fois, l’approche n’est plus exploratoire. Thomas Plantenga annoncait en début d’année des investissements de plusieurs dizaines de millions de dollars pour arriver à ses fins.

Si un premier corridor Londres–New York a permis de tester la demande sans déployer d’emblée une infrastructure complète. Vinted devra reprendre les briques éprouvées en Europe : optimisation de la plateforme, structuration des flux logistiques, renforcement de l’acquisition, pour faire face à une concurrence exacerbée avec Poshmark, ThredUp, ou encore Mercari d’autant que les habitudes de consommation américaines sont moins orientée vers la seconde main qu’en Europe.

8 milliards de valorisation, et un bénéfice en baisse

Alors que sa valorisation était estimée autour de 5 milliards d’euros en 2024, elle atteindrait désormais les 8 milliards, un chiffre aurait été scellé lors d’une opération en secondaire à laquelle a participé le fonds d’investissement Blackrock.

Après 2 opérations en secondaire, une introduction en Bourse est envisagée à moyen terme. Le conseil d’administration se restructure pour s’aligner sur les standards des sociétés cotées.

Une tension maîtrisée

La stratégie engagée n’est pas sans risque. Opérer un réseau de milliers de points relais et de consignes à travers toute l’Europe exige une exécution opérationnelle sans faille : gestion des flux, maintenance du maillage, qualité de service homogène d’un pays à l’autre. Le moindre accroc (retards, colis perdus, expérience dégradée) érode la confiance que la plateforme cherche précisément à consolider.

Le paiement, ensuite. En internalisant cette brique, Vinted entre dans un territoire réglementaire dense. Licences financières, obligations de conformité (KYC, lutte anti-blanchiment), supervision par les régulateurs européens : les exigences sont celles d’un établissement de paiement, pas d’une simple marketplace. Si le groupe a obtenu les agréments nécessaires, le maintien de cette conformité dans un contexte d’expansion géographique rapide constitue un défi permanent.

L’offensive américaine, enfin. Le marché est d’une autre échelle, avec des acteurs installés, des habitudes de consommation différentes, et un coût d’acquisition client nettement plus élevé qu’en Europe. Vinted y engage des dizaines de millions de dollars sans certitude de retour. L’histoire du e-commerce est parsemée de plateformes européennes qui se sont cassé les dents sur le marché américain de Zalando à Vestiaire Collective, les succès transatlantiques restent rares.

Vinted a fait le choix d’opérer son infrastructure, le pari n’est pas sans risque, mais il est structurant. Les marges de demain se dessinent dans les investissements d’aujourd’hui, et l’entreprise lituanienne n’a pas l’intention de brider ses ambitions pour préserver un modèle qui ne serait pas à la hauteur de ses ambitions.

Suivez nous:
Bouton retour en haut de la page