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Pourquoi les champions français du quantique regardent désormais vers Seoul

Avec Invest Seoul, la première agence dédiée à l’attractivité des investissements étrangers

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« Now is 100% Korea’s time. »

Lorsque Jensen Huang a prononcĂ© ces mots Ă  Seoul en juin 2026, le dirigeant de NVIDIA ne parlait pas uniquement de semi-conducteurs. Son message visait plus largement la place que la CorĂ©e du Sud entend dĂ©sormais occuper dans la prochaine gĂ©nĂ©ration d’industries stratĂ©giques : intelligence artificielle, informatique quantique, robotique, infrastructures numĂ©riques et Physical AI.

Pendant plusieurs dĂ©cennies, la compĂ©tition technologique mondiale s’est principalement jouĂ©e autour de la recherche, des brevets, des publications scientifiques ou du financement de l’innovation. L’Ă©mergence simultanĂ©e de l’IA gĂ©nĂ©rative, du quantique et des systèmes autonomes dĂ©place aujourd’hui le centre de gravitĂ© de cette compĂ©tition.

Le sujet n’est plus uniquement de savoir oĂą une technologie est inventĂ©e mais consiste dĂ©sormais Ă  identifier les territoires capables de transformer rapidement une innovation scientifique en produit industriel, puis en avantage Ă©conomique.

C’est prĂ©cisĂ©ment sur ce terrain que Seoul cherche aujourd’hui Ă  se diffĂ©rencier.

Pasqal et Quandela racontent la mĂŞme histoire.

En 2025, Pasqal, l’un des principaux acteurs europĂ©ens de l’informatique quantique fondĂ© notamment par le prix Nobel de physique Alain Aspect, signe un accord avec la ville de Seoul portant sur la crĂ©ation d’un centre de recherche et dĂ©veloppement quantique reprĂ©sentant près de 53 millions de dollars d’investissements.

Pour l’entreprise française, l’objectif dĂ©passe largement la seule ouverture d’un bureau local.

« Notre expansion en Corée ouvre non seulement des opportunités de collaboration avec des partenaires industriels et académiques de classe mondiale, mais positionne également stratégiquement Pasqal comme un acteur pionnier sur le marché quantique en forte croissance de l’Asie-Pacifique. », expliquait alors Wasiq Bokhari, Chairman de Pasqal.

Parallèlement à cette dynamique plus large, une autre entreprise française majeure du secteur des technologies quantiques, Quandela, a également annoncé son intention de renforcer sa présence à Séoul. Le spécialiste français de la photonique quantique prévoit de recruter plusieurs dizaines d’ingénieurs et de chercheurs spécialisés, de développer une Quantum Computing Farm (ferme de calcul quantique) et de lancer un programme de recherche conjoint avec KAIST, consacré aux technologies de communication

Les deux entreprises ne recherchent pas uniquement un marchĂ©, mais un environnement capable de connecter recherche fondamentale, talents, industrie, capital et dĂ©ploiement commercial au sein d’un mĂŞme Ă©cosystème.

Pourquoi Seoul attire les technologies critiques européennes.

Cette Ă©volution explique la montĂ©e en puissance d’Invest Seoul, l’agence créée par la municipalitĂ© de Seoul afin d’attirer les investissements Ă©trangers dans les secteurs stratĂ©giques.

LancĂ©e en octobre 2025, Invest Seoul se prĂ©sente comme la première agence dĂ©diĂ©e Ă  l’attractivitĂ© internationale créée par une collectivitĂ© locale corĂ©enne. Son ambition est de faire de Seoul une plateforme mondiale capable d’accueillir les entreprises qui dĂ©veloppent les technologies critiques de demain.

Ă€ sa tĂŞte, Jihyung Lee, President & CEO d’Invest Seoul, expert des politiques d’investissement et du commerce international, dĂ©fend une vision qui dĂ©passe largement la simple attractivitĂ© Ă©conomique.

« Notre mission va au-delà de la simple promotion de la ville : nous accompagnons les entreprises internationales dans leur implantation réussie sur le marché de Séoul et dans la création de valeur durable grâce à l’innovation. », explique-t-il dans un entretien accordé à FW.MEDIA.

Pour les autorités locales, la prochaine bataille technologique mondiale se jouera moins sur la capacité à produire de la recherche que sur la capacité à accélérer le passage entre laboratoire et industrialisation.

Cette conviction s’appuie sur plusieurs atouts structurels.

La CorĂ©e du Sud dispose d’une concentration exceptionnelle d’acteurs industriels mondiaux dans les semi-conducteurs, l’Ă©lectronique, la construction navale, l’automobile, la robotique et les infrastructures numĂ©riques. Cette densitĂ© industrielle permet aux entreprises technologiques de tester, dĂ©ployer et industrialiser plus rapidement leurs innovations.

Dans le Startup Genome Global Startup Ecosystem Report 2025, Seoul s’est d’ailleurs classĂ©e première mondiale dans la catĂ©gorie « Knowledge Accumulation », qui mesure notamment la capacitĂ© d’un territoire Ă  concentrer actifs scientifiques, technologiques et industriels.

L’avantage corĂ©en : raccourcir la distance entre laboratoire et industrie.

Pendant longtemps, les grands écosystèmes technologiques se sont spécialisés.

La Silicon Valley concentrait le capital. Boston dominait certaines disciplines scientifiques. Shenzhen excellait dans la fabrication Ă©lectronique. Singapour s’imposait comme porte d’entrĂ©e rĂ©gionale vers l’Asie.

Seoul cherche aujourd’hui Ă  combiner plusieurs de ces avantages simultanĂ©ment.

« Seoul combine une base industrielle et semi-conducteurs parmi les plus avancĂ©es au monde avec un Ă©cosystème d’open innovation particulièrement dynamique », explique Jihyung Lee. « Seoul offre aujourd’hui l’un des environnements les plus performants au monde pour transformer des technologies de rupture en opportunitĂ©s Ă©conomiques concrètes. »

Pour des sociĂ©tĂ©s comme Pasqal ou Quandela, dont les technologies entrent progressivement dans une phase de commercialisation, cette proximitĂ© avec l’industrie devient un facteur de compĂ©titivitĂ©.

L’enjeu n’est plus uniquement de construire un ordinateur quantique performant, mais d’identifier les usages industriels, les clients, les infrastructures et les partenaires capables d’accĂ©lĂ©rer l’adoption de ces technologies.

Du quantique au Physical AI.

La mĂŞme logique s’observe aujourd’hui dans l’intelligence artificielle.

L’IA gĂ©nĂ©rative a longtemps Ă©tĂ© perçue comme une rĂ©volution logicielle. Son Ă©volution actuelle la rapproche progressivement du monde physique : robotique, automatisation industrielle, infrastructures Ă©nergĂ©tiques, maintenance prĂ©dictive ou encore systèmes autonomes.

Cette convergence explique l’intĂ©rĂŞt croissant d’entreprises comme Cognite pour l’Ă©cosystème corĂ©en.

Spécialiste de l’intelligence artificielle appliquée à l’industrie, l’entreprise a récemment renforcé sa présence à Séoul et développé ses collaborations avec plusieurs grands groupes coréens. Son dirigeant décrit la Corée du Sud comme « a land of opportunity where global manufacturing leaders and cutting-edge R&D capabilities coexist ».

Ă€ mesure que l’IA se connecte aux usines, aux infrastructures et aux systèmes industriels, les territoires capables d’offrir simultanĂ©ment capacitĂ©s de recherche et capacitĂ©s de production prennent une importance croissante.

Ce que ce mouvement dit de l’Europe.

L’Europe conserve des positions fortes dans plusieurs technologies stratĂ©giques.

Le quantique européen figure parmi les plus avancés au monde. Les universités et laboratoires français continuent de produire une recherche de premier plan. Les entreprises européennes demeurent également présentes dans des domaines clés comme la cybersécurité, les logiciels industriels ou les infrastructures critiques.

Mais la compĂ©tition mondiale ne porte plus uniquement sur l’invention.

Elle concerne dĂ©sormais la vitesse d’industrialisation.

Les dĂ©cisions prises par Pasqal et Quandela illustrent cette Ă©volution. Elles ne traduisent pas un affaiblissement de l’Europe. Elles rĂ©vèlent plutĂ´t la recherche de nouveaux relais de croissance capables d’accĂ©lĂ©rer la mise sur le marchĂ© de technologies dĂ©veloppĂ©es sur le continent.

Dans cette perspective, Seoul ne se positionne pas comme un concurrent de l’Europe mais comme un partenaire industriel complĂ©mentaire.

Une relation franco-corĂ©enne qui change d’Ă©chelle.

Cette dynamique intervient dans un contexte particulier.

L’annĂ©e 2026 marque le 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la CorĂ©e du Sud. Dans le mĂŞme temps, les coopĂ©rations entre les deux pays se multiplient autour du quantique, de l’intelligence artificielle, du spatial, du nuclĂ©aire ou encore de la transition Ă©nergĂ©tique.

Pour Invest Seoul, l’objectif est dĂ©sormais d’accĂ©lĂ©rer ce mouvement.

Plus qu’un centre financier ou un simple marchĂ© asiatique, Seoul veut ĂŞtre perçue comme une plateforme capable d’accompagner les scale-ups europĂ©ennes dans leur passage Ă  l’Ă©chelle mondiale.

« Notre vĂ©ritable indicateur de succès ne se mesure pas uniquement en chiffres », explique Jihyung Lee. « Le vĂ©ritable succès, c’est lorsque les entreprises, institutions et investisseurs que nous avons accompagnĂ©s dans leur implantation Ă  Seoul recommandent ensuite Seoul Ă  d’autres acteurs. »

Dans les industries de rupture, la rĂ©putation d’un Ă©cosystème circule souvent plus vite que les politiques publiques elles-mĂŞmes.

Pasqal, Quandela et dĂ©sormais plusieurs acteurs de l’IA industrielle envoient aujourd’hui le mĂŞme signal : dans la nouvelle Ă©conomie des technologies critiques, la capacitĂ© Ă  industrialiser rapidement devient presque aussi importante que la capacitĂ© Ă  innover.

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