
SEEDCAMP lève 279 millions d’euros : pourquoi la prochaine vague technologique européenne ne ressemblera pas à la précédente
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Depuis sa création en 2007, Seedcamp a été présent aux premières heures de certaines des plus importantes réussites technologiques européennes. Revolut, Wise, UiPath ou plus récemment Synthesia figuraient encore parmi les startups lorsqu’elles ont reçu leurs premiers financements. Après avoir accompagné l’émergence de la première génération de champions européens, Seedcamp cherche désormais à identifier la suivante.
Aujourd’hui la question n’est plus de savoir si l’Europe peut créer des champions technologiques, mais de déterminer dans quels secteurs émergeront les prochains.
Cette évolution transparaît dans la levée de 279 millions d’euros annoncée par le fonds britannique pour lancer son septième véhicule d’investissement. Au-delà du montant, l’opération offre un aperçu des convictions qui structurent désormais une partie du capital-risque européen.
Pendant près de deux décennies, la création de valeur technologique s’est principalement concentrée autour du logiciel. Le cloud computing, les plateformes numériques, les fintechs et le SaaS ont constitué les principales catégories d’investissement. Ce cycle a permis l’émergence de plusieurs dizaines de licornes européennes et a contribué à installer le continent sur la carte mondiale de l’innovation.
Pour Seedcamp, cette phase arrive progressivement à maturité.
« Nous recherchons activement des fondateurs qui construisent à la frontière du nouveau paradigme technologique. Personnellement, je suis particulièrement enthousiaste là où l’intelligence artificielle rencontre la science et le monde physique. », estime Tom Wilson, Partner chez Seedcamp.
Cette lecture rejoint une tendance observable dans l’ensemble de l’écosystème mondial. L’intelligence artificielle ne se limite plus à l’automatisation de tâches numériques ou à la génération de contenu. Elle devient une couche technologique capable de transformer des secteurs aussi variés que la recherche pharmaceutique, l’industrie, l’énergie, la robotique ou encore les infrastructures spatiales.
Les investissements récents du fonds illustrent ce déplacement. BioOrbit explore les capacités de fabrication en environnement spatial. Sunrise Robotics développe des systèmes robotiques autonomes. Dust s’intéresse aux agents d’intelligence artificielle destinés à automatiser des processus complexes au sein des entreprises. Trois sociétés très différentes mais qui partagent une caractéristique commune : elles se situent à l’intersection du logiciel, de l’intelligence artificielle et du monde physique.
À mesure que les modèles deviennent plus accessibles et que les barrières techniques diminuent, la valeur se déplace vers des actifs plus difficiles à reproduire : la recherche scientifique, les infrastructures, les données propriétaires, les procédés industriels ou les capacités de production. Le logiciel reste essentiel, mais il cesse progressivement d’être le seul moteur de différenciation.
Pour l’Europe, cette évolution pourrait constituer une opportunité majeure, car contrairement aux États-Unis, le continent dispose d’une profondeur industrielle et scientifique exceptionnelle. Des centres de recherche comme le CERN, le Fraunhofer Institute, le CEA ou l’ETH Zurich alimentent depuis longtemps l’innovation mondiale. Historiquement, l’Europe a davantage peiné à transformer ces avancées en entreprises technologiques de grande ampleur. L’intelligence artificielle pourrait contribuer à réduire cette distance entre laboratoire et marché.
De plus en plus de fonds cherchent désormais à financer des spin-offs universitaires, des entreprises issues de la recherche fondamentale ou des startups capables d’appliquer les progrès de l’IA à des problématiques industrielles complexes. Les secteurs ciblés ne sont plus uniquement les services numériques mais également la santé, l’énergie, les matériaux avancés, la robotique ou la défense.
Cette transformation s’accompagne également d’un changement de mentalité chez les fondateurs européens. Les nouvelles générations construisent directement pour des marchés mondiaux, recrutent à l’échelle internationale et pensent leur développement au-delà des frontières nationales dès les premiers jours.
C’est dans cette optique que le fonds renforce sa présence aux États-Unis. L’objectif n’est pas de déplacer les entreprises européennes outre-Atlantique, mais de leur donner un accès plus rapide aux clients, aux talents et aux investisseurs qui demeurent concentrés sur le marché américain.
Derrière cette stratégie se dessine la conviction que la prochaine génération de géants technologiques européens pourraient émerger de la convergence entre intelligence artificielle, science, industrie et infrastructures.
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