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Sylvain Legrand (Autodesk): «Les innovations technologiques créent de nouvelles catégories de métiers»

Et si on taxait les robots? C'est la dernière proposition du candidat aux Primaires de la gauche Benoît Hamon qui veut instaurer une cotisation pour les robots effectuant une tâche non qualifiée, afin de financer un revenu universel. Si les robots prendront en effet une place toujours plus importante dans divers secteurs de la vie quotidienne, pour Sylvain Legrand, d'Autodesk France, ils n'en reste pas moins source d'opportunités.

Quels seront les métiers de demain? Comment préparer les générations futures à ces nouveaux emplois? Cet «évangéliste manufacturing» au sein de l'éditeur de logiciels de conception 3D, détaille pour Frenchweb ce que seront les postes de demain.

 

Frenchweb: Quels sont les métiers du futur liés aux changements technologiques de notre société?

Sylvain Legrand, évangéliste manufacturing chez Autodesk France: Les changements technologiques sont généralement accueillis avec beaucoup d’enthousiasme et d’optimisme. Nous entendons de plus en plus, que les machines (bien souvent les robots) vont nous «voler» nos emplois. Mais il ne faut pas oublier que ces innovations technologiques créent également des emplois, voire de toutes nouvelles catégories de métiers. Ainsi, 65 % des enfants qui entrent aujourd'hui à l'école primaire trouveront un emploi qui n'existe pas encore (selon le Jobs Report du World Economic Forum). Si l'on y réfléchit, les parents d'un enfant né en 1950 n'avaient aucune idée de ce qu'était un «ingénieur informatique». Et pourtant! À 50 ans, cet enfant a peut-être passé la moitié de sa vie à programmer — il a peut-être même monté une start-up!

Si l’on se penche sur les dernières avancées technologiques récentes que sont la fabrication additive (impression 3D), la robotique, ou encore la réalité augmentée (AR) et sa sœur technologique, la réalité virtuelle (VR), nous pouvons entrapercevoir de nouvelles professions qui émergeront de cette nouvelle révolution industrielle, l’Industrie du Futur.

Premier exemple – A horizon 2020, nous aurons plus de 20 milliards d’objets connectés dans notre environnement. Ils bouleversent nos modes de consommation. Ces produits renvoient de l'information et communiquent entre eux. Les métiers en relation avec ces changements vont ainsi se multiplier plus rapidement: ceux permettant l’intervention pour favoriser leurs connexions, leurs structurations, ou encore leurs développements. Sans compter la création de nouveaux services associés. Très rapidement, le besoin en personnes spécialisées dans la connexion des objets entre eux va exploser.

Autre exemple, l’engouement estival du jeu Pokémon Go a prouvé le potentiel incroyable de l’AR et de la VR, ouvrant la voie à des producteurs de contenus pour ces technologies. Ce métier est appelé à croître de façon spectaculaire. À l'heure actuelle, de nombreuses applications d’AR et de VR sont liées au jeu et au divertissement, mais les opportunités liées à la conception et l'ingénierie sont aussi immenses. C’est probablement dans la conception de bâtiments, l’ingénierie automobile, la formation aux emplois dangereux (comme les employés des plates-formes pétrolières), ou encore dans le domaine de l’éducation que l’AR et la VR vont se révéler extrêmement utiles. Les personnes qui sauront comment donner vie à ce type d'expériences seront très sollicitées par les cabinets d’architectes ou les fabricants de produits.

Dernier exemple, l’ingénieur ou le designer spécialisé en développement durable. Les entreprises sont désormais, de plus en conscientes et actives dans le domaine de l’éco-responsabilité. Créer un produit, oui, mais protéger la planète est une priorité. D’ici à 2030, les métiers autour du design durable seront en plein boom: ce serait 30 millions d'emplois liés au développement durable qui seraient créés selon l’Organisation internationale du Travail. D’ailleurs, des écoles comme l’ENSCI (Ecole supérieure nationale de création industrielle) intègre de plus en plus cette thématique dans le cursus de ses étudiants. «Designer responsable», «spécialiste en matériaux durables» ou «spécialiste en écotechnologies», autant de métiers qui émergent avec l’avènement de ces changements technologiques.

Et la liste est longue!

Quels sont les métiers qui, du coup, vont disparaître?

Les avancées technologiques doivent être perçues comme pouvant améliorer les capacités humaines. Les machines vont nous compléter, et en aucun cas nous remplacer. Au même titre que certains métiers n’ont pas encore vu le jour, oui, certaines professions seront amenées à disparaître, et d’autres à évoluer.

Nous verrons certains métiers de commodité – des métiers à faible valeur ajoutée – disparaître: ils seront soit remplacés par des solutions informatiques ou soit, ils disparaîtront tout simplement de l’organigramme, absorbés par d’autres métiers plus intégrés. Par exemple, aujourd’hui grâce à l’intelligence artificielle, les métiers du support client évoluent: la machine peut désormais activer rapidement l’abonnement à un service, là où cela nécessitait dans le passé l’intervention humaine. Cela permet ainsi à un responsable clientèle de supprimer cette tâche de son quotidien et de se concentrer sur plus d’échanges avec le client.

Nous verrons également probablement disparaître des métiers qui n’intègreront pas de composante technologique en leur sein, et notamment qui ne prendraient pas en compte l’intégration et la gestion des données environnantes. 

La technologie décuple nos capacités. Nous faisons aujourd'hui des choses qui étaient impossibles il y a 50 ans. L'un des points de vue consiste à dire que toute cette automatisation et cette capacité accrue réduiront le travail humain à néant. L'autre point de vue est de se dire qu'une capacité accrue se traduit par une plus forte demande. Nous pouvons faire aujourd’hui, des choses irréalisables il y a 50 ans, mais on exige aussi de nous des choses que l'on ne nous demandait pas à cette époque. Une intervention humaine sera toujours nécessaire. Simplement, nous parviendrons probablement à faire des choses différentes car les processus évoluent.

Pour revenir à l’exemple de la réalité virtuelle ou de la réalité augmentée, ces technologies pourraient permettre de maintenir ou de faire revivre certaines compétences en les remettant à nouveau en lumière, d’une façon innovante. 

Comment les entreprises vont-elles s'adapter?

Au lieu d'automatiser le travail et de remplacer les hommes par des robots, nous pouvons favoriser leur collaboration. L'humain excelle dans la perception de son environnement et la prise de décisions rapides. Le robot excelle, quant à lui, dans la répétition de tâches de précision. Combinez les deux et vous obtenez d'emblée tout un éventail de possibilités.

La «démocratisation» de certaines avancées technologiques liées à l’Industrie du Futur, comme la robotique ou l’intelligence artificielle, concerne les entreprises de toutes tailles, à mesure que les systèmes se simplifient et deviennent plus abordables. Par exemple, l’utilisation de certaines technologies permet aux salariés de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée, en automatisant certaines activités répétitives. Les entreprises optimisent mieux l’utilisation de leurs ressources. D’autre part, les entreprises ont désormais besoin de repenser certains processus d’organisation interne sur des périodes de temps qui soient plus réduites qu’aujourd’hui. Les entreprises doivent repenser rapidement leurs modèles de conception et de fabrication. Et cela implique qu’elles repensent leur organisation dans des délais similaires. Les technologies leur apportent la capacité d’évoluer rapidement, de devenir plus agile. Elles repensent ainsi sans cesse leur organisation. Enfin, il leur faut aussi mettre en place des programmes de formations pour les salariés en poste, afin de leur permettre de s’adapter et de suivre ces évolutions technologiques.

Il est primordial qu’au niveau local, nous mettions tout en œuvre pour soutenir et nourrir cette appétence en développant une main-d’œuvre qualifiée dont la société aura besoin pour réussir dans l’avenir. Supprimer les barrières d’accès aux logiciels en offrant la gratuité au secteur éducatif est déjà un premier pas. Créer des ressources d'apprentissage pouvant également être utilisées tout au long du cycle éducatif comme support pour les professeurs, en est un second. En développant les compétences de la future génération, nous les préparons à réussir leur future carrière professionnelle.

Lire aussi: 

Pourquoi l’intelligence artificielle ne signe pas la fin de l’humanité

 

Myriam Roche

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