Pourquoi l’américain RadNet met la main sur GLEAMER pour 230 millions d’euros
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Le groupe américain basé à Los Angeles, RadNet acquiert la société française Gleamer pour l’intégrer à DeepHealth, sa filiale dédiée aux solutions d’IA en radiologie. L’opération, réalisée en numéraire pour un montant pouvant atteindre 230 millions d’euros, milestones inclus, s’inscrit dans une stratégie d’intégration verticale visant à transformer un réseau de centres d’imagerie en plateforme industrielle d’IA clinique.
Une réponse à la contrainte structurelle du secteur
RadNet opère plus de 400 centres d’imagerie aux États-Unis. Le groupe évolue dans un contexte marqué par deux tendances lourdes : l’augmentation continue des volumes d’examens et la pénurie mondiale de radiologues.
Howard Berger, président-directeur général de RadNet, résume ainsi l’équation :
« À mesure que les volumes d’imagerie continuent d’augmenter dans un contexte de pénurie accélérée de radiologues à l’échelle mondiale, la réingénierie des flux de travail à fort volume, en particulier pour l’imagerie de routine comme la radiographie, l’échographie et la mammographie, devient essentielle pour préserver l’accès, l’efficacité et la qualité des soins. »
Dans ce cadre, l’IA n’est pas présentée comme un substitut au radiologue mais comme un levier de productivité. Howard Berger précise :
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« Je ne pense pas que la disruption soit le bon terme. (…) Ce sont des outils qui amélioreront la productivité, nous permettront de continuer à croître et de répondre à la demande. »
Gleamer apporte précisément ces briques : priorisation automatisée des examens, aide à l’interprétation, génération de comptes rendus préremplis et, dans certains cas, capacités de reporting automatisé déjà déployées en Europe.
Verrouiller l’imagerie de routine
Lors de son Investor Day, l’an dernier, RadNet a affiché l’ambition de devenir leader sur l’imagerie dite « de routine » ( mammographie, radiographie standard, échographie) qui concentre l’essentiel des volumes. Or, la radiographie représente environ 25 % des volumes du réseau RadNet. En intégrant Gleamer, le groupe se dote d’outils capables d’automatiser le triage des cas urgents, d’accélérer la rédaction des comptes rendus et de standardiser l’interprétation.
Shyam Soka, directeur opérationnel et technique de Digital Health, indique à ce propos:
« RadNet a l’intention de mettre en œuvre un flux de travail entièrement activé par l’IA, en commençant par le tri des résultats critiques afin d’accélérer l’interprétation des cas urgents. L’acquisition permettra également d’accélérer l’introduction de capacités de rédaction assistée, permettant aux radiologues d’augmenter leurs volumes de lecture avec une plus grande précision et standardisation. »
Transformer un réseau physique en plateforme logicielle
RadNet dispose d’un atout que peu d’éditeurs d’IA possèdent, à savoir un terrain d’expérimentation à grande échelle. En combinant son réseau de centres avec les solutions de Gleamer, DeepHealth revendique désormais une base installée de plus de 2 700 clients dans 44 pays et un portefeuille comprenant 26 dispositifs autorisés par la FDA et 22 marqués CE.
Kaes Westorpe, président-directeur général de Digital Health, souligne :
« Avec cette acquisition, DeepHealth devient le plus grand fournisseur mondial de solutions cliniques d’IA en radiologie, tant en termes d’étendue de l’offre que d’ARR. »
L’argument financier est également structurant. Gleamer, qui a levé 50 millions d’euros avant son rachat et devrait atteindre environ 30 millions de dollars d’ARR en 2026.
Accélérer vers le reporting automatisé
L’un des éléments différenciants de Gleamer réside dans ses capacités de génération automatique de comptes rendus, déjà en déploiement précoce en Europe.
Shyam Soka l’explique :
« Gleamer a développé des capacités de reporting automatisé où l’IA est capable de créer le compte rendu clinique au nom du radiologue sans intervention humaine. Cette fonctionnalité est déjà en déploiement précoce auprès de clients en Europe. »
L’ambition est d’intégrer ces capacités à l’ensemble de la chaîne de valeur radiologique, de l’acquisition d’image à la production du rapport final. DeepHealth évoque une plateforme combinant « IA clinique, IA générative et IA agentique » au sein d’un environnement unifié.
Un mouvement défensif et offensif
Avant son rachat, Gleamer était elle-même dans une logique de consolidation, avec les acquisitions de Pixyl et Caerus Medical afin d’élargir son périmètre à l’IRM cérébrale et lombaire. RadNet met ainsi la main sur une plateforme déjà structurée.
Dans un marché fragmenté de l’IA radiologique, l’opération permet au groupe américain de prendre une longueur d’avance face aux industriels de l’équipement médical et aux acteurs du logiciel hospitalier.
Howard Berger conclut :
« Cet événement est, je crois, un moment déterminant non seulement dans l’histoire de RadNet, mais dans ce qu’il représente à l’aube de cette nouvelle ère de l’intelligence artificielle qui sera transformative pour l’industrie et pour la santé en général. »
L’acquisition de Gleamer ne marque donc pas une diversification, mais un repositionnement : RadNet entend dépasser son statut d’opérateur de centres d’imagerie pour devenir un acteur d’infrastructure technologique de la radiologie.
Les acteurs français et européens face à la consolidation américaine
En Europe, le paysage est fragmenté entre réseaux de centres d’imagerie et acteurs technologiques spécialisés. Côté opérateurs, des groupes comme Affidea, Alliance Medical ou Evidia structurent des réseaux transnationaux, tandis qu’en France des organisations comme Vidi ou IMDEV reposent davantage sur des regroupements de radiologues et des logiques territoriales. Sur le plan technologique, l’écosystème français est actif, avec des acteurs comme Intrasense, Raidium ou Gleamer lui-même avant son rachat, mais la plupart opèrent encore à une échelle inférieure à celle des grands groupes américains. L’acquisition de Gleamer par RadNet illustre ainsi un décalage de puissance : en Europe, la consolidation reste majoritairement nationale ou régionale, alors que les acteurs américains articulent désormais réseaux physiques, plateformes logicielles et capacité d’investissement à l’échelle mondiale.
Ce que cette acquisition dit du marché français
Pour le marché français, l’opération envoie plusieurs signaux. Elle confirme l’attractivité technologique des sociétés hexagonales d’IA médicale, capables de développer des solutions validées cliniquement et déployées à l’international. Ensuite, elle souligne une limite structurelle : la difficulté pour ces acteurs de franchir seuls un cap industriel mondial, notamment en matière de distribution et d’intégration à grande échelle. Enfin, elle suggère que la prochaine phase du marché ne se jouera plus uniquement sur la performance algorithmique, mais sur la capacité à intégrer l’IA dans des réseaux opératoires massifs, capables d’en démontrer l’impact économique et organisationnel. Pour les acteurs français, la question devient stratégique : rester indépendants dans un marché qui s’industrialise rapidement, ou s’adosser à des plateformes internationales pour changer d’échelle.
Des investisseurs récompensés par une sortie industrielle internationale
Pour les investisseurs de Gleamer, l’opération constitue une sortie significative dans un segment encore peu mature en France. La société avait levé environ 50 millions d’euros au total : un tour d’amorçage en 2018 (1,5 million d’euros) auprès notamment de Elaia et XAnge, une série A de 7,5 millions d’euros en 2020 menée par XAnge, puis une série B de 27 millions d’euros en 2023 auprès de Heal Capital et Supernova Invest.
Avec un rachat pouvant atteindre 230 millions d’euros, milestones inclus, la trajectoire offre une fenêtre de liquidité rare dans l’IA médicale française. Le marché national reste marqué par des levées importantes mais encore peu d’exits industriels d’envergure internationale. Dans ce contexte, l’opération Gleamer s’inscrit parmi les transactions les plus visibles du secteur, illustrant la capacité d’un acteur tricolore à créer un actif stratégique suffisamment mature pour intéresser un groupe coté américain.
Plus largement, elle confirme un point souvent souligné, en France, la création technologique en santé est solide, mais le passage à l’échelle industrielle s’opère fréquemment via une intégration dans un groupe international plutôt que par un développement autonome.







