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QONTO veut racheter ACASI à la barre : la nouvelle vague de distressed M&A arrive dans la French Tech

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Le marché français de la fintech entre dans une nouvelle phase. Après plusieurs années marquées par l’abondance du capital, les valorisations record et les stratégies de croissance accélérée, les premières opérations de consolidation opportuniste émergent désormais dans l’écosystème startup. La tentative de reprise d’ACASI par Qonto en fournit une illustration particulièrement nette.

Dans une offre déposée devant le Tribunal des activités économiques de Paris, Qonto propose de reprendre les actifs du cabinet d’expertise comptable digital ACASI, placé en redressement judiciaire le 31 mars 2026. Le groupe dirigé par Alexandre Prot et Steve Anavi prévoit de reprendre l’intégralité des salariés, les actifs technologiques, les contrats en cours ainsi que les titres d’ACASI Accounting pour un montant total de 750 000 euros. La startup avait levé 2 millions d’euros auprès de Truffle Capital en 2021.

Qonto ne découvre pas ACASI à l’occasion du redressement judiciaire. Les deux sociétés avaient déjà engagé des discussions avancées autour d’une acquisition classique avant l’ouverture de la procédure, mais les audits menés par Qonto ont finalement mis en évidence une « situation financière préoccupante incompatible avec la réalisation d’une acquisition ». Les négociations avaient alors échoué.

Le redressement judiciaire a changé la nature de l’opération. Dans le cadre d’un plan de cession, l’acheteur peut reprendre les actifs stratégiques tout en laissant une partie importante du passif dans la procédure collective. C’est précisément ce que cherche ici Qonto. L’offre exclut explicitement la reprise des créances, des litiges antérieurs et de la plupart des engagements historiques de la société.

L’opération révèle l’émergence progressive d’un marché encore peu structuré dans la tech française : le distressed M&A, ces acquisitions réalisées sur des entreprises fragilisées financièrement ou placées sous procédure collective.

Pour Qonto, le dossier présente plusieurs avantages immédiats. ACASI dispose d’une plateforme comptable déjà opérationnelle, d’une clientèle de plus de 1 400 freelances et indépendants, ainsi que d’une trentaine de collaborateurs mêlant profils comptables, produit et technologiques. Surtout, les deux sociétés entretenaient déjà un partenariat technologique depuis 2023 permettant la synchronisation automatique des transactions bancaires Qonto dans l’environnement ACASI.

Le document éclaire également la violence du retournement en cours dans certaines verticales de la fintech. ACASI identifie plusieurs facteurs ayant conduit à ses difficultés : intensification de la concurrence face à des acteurs comme Pennylane ou Indy, hausse des coûts d’acquisition client, dépendance au financement externe et surtout baisse des barrières technologiques liée à l’intelligence artificielle.

Pendant plusieurs années, les plateformes de comptabilité automatisée ont bénéficié d’un avantage technologique important grâce à l’automatisation des flux financiers, de la TVA ou des opérations comptables. L’arrivée des modèles génératifs et des agents logiciels réduit désormais une partie de cette différenciation.

La valeur se déplace vers la maîtrise de l’ensemble de la chaîne financière : compte bancaire, facturation électronique, pré-comptabilité, paiement, crédit, conformité et données transactionnelles. En quelques mots la stratégie poursuivie par Qonto.

Fondée en 2017, la société revendique désormais plus de 600 000 clients actifs dans huit marchés européens, plus de 448 millions d’euros de produit net bancaire et 144 millions d’euros de résultat net à fin 2024. Qonto emploie plus de 1 600 collaborateurs représentant plus de 80 nationalités et affirme avoir atteint la rentabilité depuis 2023. La fintech a également levé 622 millions d’euros depuis sa création auprès d’investisseurs comme Tencent, DST Global, TCV, KKR, Eurazeo ou Insight Partners.

Cette solidité financière permet désormais au groupe de mener une stratégie d’expansion beaucoup plus agressive. Après l’acquisition de Penta en Allemagne en 2022 puis celle de Regate en 2024, spécialisée dans la pré-comptabilité pour PME et cabinets d’expertise comptable, la reprise d’ACASI constituerait une nouvelle étape vers un modèle de plateforme financière intégrée.

Qonto  rappelle que l’entreprise a déposé une demande d’agrément bancaire auprès de l’ACPR afin de devenir une banque à part entière. L’enjeu dépasse donc désormais le simple compte professionnel. La société cherche progressivement à contrôler l’ensemble des couches financières et administratives utilisées par les indépendants et les PME.

Une opération, qui si elle devait être validée par le Tribunal de Commerce, est symbolique d’une époque. De nombreuses sociétés financées pendant la période 2020-2021 se retrouvent aujourd’hui confrontées à une équation devenue beaucoup plus difficile : croissance moins rapide, coûts élevés, marchés saturés et investisseurs redevenus sélectifs.

Cette évolution ouvre un nouveau terrain de jeu pour les scale-up rentables ou fortement capitalisées. Là où la décennie précédente reposait principalement sur des levées de fonds successives, une partie de l’écosystème entre désormais dans une phase de consolidation industrielle plus classique. Les entreprises disposant de trésorerie peuvent récupérer des technologies, des clients et des équipes à des valorisations radicalement inférieures à celles observées durant le cycle précédent.

Le montant proposé par Qonto illustre cette rupture, reprendre une plateforme technologique, une société d’expertise comptable réglementée, plus de 1 400 clients actifs et une trentaine de salariés pour 750 000 euros aurait semblé improbable au plus fort du marché venture européen.

Le distressed M&A, longtemps marginal dans la French Tech, pourrait ainsi devenir l’un des marqueurs de la prochaine phase du secteur. Non plus une économie dominée par l’hypercroissance financée par le capital-risque, mais un marché où la rentabilité, la maîtrise des coûts et la capacité à absorber des actifs en difficulté redeviennent des avantages stratégiques déterminants.

D’autres acteurs ont également fait une offre de reprise, notamment Jump, spécialiste du  portage salarial en France, par Nicolas SAYO et Monsieur Jocelyn ZIEGLER, fondateurs d’ATHENITY, une société qui développe une plateforme digitale dédiée à la gestion du poste client et au recouvrement des créances impayées, le groupe Shadwell Partners / FEOC, cabinet d’audit et d’expertise comptable, et Mohammed Boughaleb dirigeant de BA Nearshore.

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