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Deliveroo envisage de quitter l’Espagne, où les livreurs devront bientôt être salariés

AFP

Les livreurs au sac à dos vert de Deliveroo bientôt absents des rues espagnoles? Le groupe britannique a annoncé vendredi qu’il envisageait de quitter l’Espagne, qui obligera dès le 12 août les applications de repas à domicile à salarier leurs livreurs. « Deliveroo annonce aujourd’hui son intention de réaliser une consultation parmi ses employés sur la cessation de ses opérations en Espagne », a indiqué la société dans un communiqué.

Cette annonce intervient alors que l’Espagne est devenue mi-mai le premier pays européen à légiférer sur le statut de ces livreurs aux conditions de travail souvent très précaires, dont le nombre n’a cessé d’augmenter ces dernières années dans les rues des grandes villes, sous l’impulsion de sociétés comme Deliveroo, UberEats ou Glovo. Le gouvernement de gauche a réformé le code du travail afin de donner automatiquement un statut de salariés aux livreurs, jusqu’ici considérés comme des travailleurs indépendants. Les entreprises devront désormais payer des cotisations sociales pour que leurs livreurs puissent bénéficier d’une protection sociale. Madrid a donné aux entreprises trois mois pour se mettre en conformité avec la réforme, un délai qui expire le 12 août.

Un motif «purement économique» ?

La nouvelle législation « n’est pas le motif pour lequel Deliveroo a pris cette décision », qui se base sur un motif « purement économique », a toutefois déclaré un porte-parole de l’entreprise à l’AFP, assurant que l’entreprise avait « la capacité financière pour prendre en charge l’embauche des livreurs ». Mais, « notre position depuis le début est que (la loi) n’est pas adaptée aux conditions du marché et aux conditions de travail », a-t-il précisé. Pour le syndicat Riders X Derechos, en pointe dans la lutte pour les droits des livreurs, « le message est clair: s’il faut respecter le droit du travail, cela ne les intéresse pas de continuer à opérer ici », a-t-il réagi sur Twitter.

Les livreurs d’Espagne ont à de nombreuses reprises dénoncé la précarité de leurs conditions de travail, dans la rue et devant les tribunaux. Le gouvernement de Pedro Sanchez s’est basé sur une décision de la Cour suprême espagnole reconnaissant l’existence d’une « relation de travail » entre un livreur et la société espagnole Glovo. De petits syndicats de livreurs avaient dénoncé un manque de concertation, craignant que la réforme ne pousse les plateformes à supprimer des emplois.

«Rendement très incertain sur le long terme»

Deliveroo affirme dans son communiqué que l’Espagne pèse trop peu pour la plateforme, car elle « représente moins de 2% de la valeurs brute des transactions au premier semestre 2021 ». « Pour maintenir une position de marché de premier rang en Espagne, il faudrait un niveau d’investissement très élevé avec un rendement potentiel très incertain sur le long terme qui pourrait affecter la viabilité économique du marché pour l’entreprise », poursuit la société, présente dans 12 pays. L’objectif est de « concentrer les investissements et les ressources de l’entreprise sur les autres marchés dans lesquels elle opère », ajoute Deliveroo, qui prévoit que la procédure de consultation des livreurs dure un mois à partir de début septembre.

Lors de la présentation de la réforme en mars, Deliveroo, Stuart, Glovo et UberEats avaient dénoncé la création d’un « salariat forcé (…) mettant en danger un secteur qui apporte 700 millions d’euros au PIB national », fustigeant aussi « l’obligation de révéler les algorithmes » utilisés par les applications pour répartir les heures de travail entre les livreurs. Deliveroo précise que si la décision de quitter l’Espagne se confirme, le groupe offrira des « compensations » conformes à la législation locale à ses livreurs.

En Europe, les livreurs sont généralement considérés comme des travailleurs indépendants, notamment en France. La Californie avait voté en 2019 une loi, unique aux États-Unis, intimant aux entreprises de la « gig economy » (économie à la tâche) de considérer leurs travailleurs comme des salariés et de leur accorder la protection sociale adéquate. Mais elle a finalement été rejetée par un référendum populaire en novembre dernier.

La rédaction

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