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En Finlande, GOOGLE sécurise le nucléaire qui alimentera son développement dans l’IA

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Si Google prévoit d’investir au moins 13 milliards d’euros dans ses infrastructures finlandaises en 2027 et 2028, le groupe américain a surtout conclu avec Fortum un contrat portant sur jusqu’à la moitié de la capacité de la centrale nucléaire de Loviisa jusqu’en 2049. Microsoft, Amazon et Meta avaient déjà commencé à déplacer leurs data centers vers les territoires disposant d’une électricité abondante et décarbonée. Google franchit une étape supplémentaire.

À partir de 2030, Google pourra acheter jusqu’à la moitié de la capacité de la centrale nucléaire de Loviisa, à une centaine de kilomètres à l’est d’Helsinki. Une centrale équipée de deux réacteurs à eau pressurisée produisent depuis la fin des années 1970, dont chacun développe une puissance de 507 MW. Ensemble, ils produisent environ 8 TWh par an, soit près de 10 % de l’électricité consommée en Finlande. À pleine montée en charge, le contrat signé par Google pourrait donc représenter environ 4 TWh annuels, l’équivalent d’une puissance moyenne proche de 450 MW.

Ce chiffre permet de comprendre ce qui se joue derrière l’annonce de trois nouveaux data centers à Kajaani, Muhos et Vaala, auxquels s’ajoutera l’extension du site historique de Hamina. Google ne se contente plus de chercher des terrains, des processeurs et un raccordement, mais assemble le système industriel dont dépendront ses capacités de calcul : nucléaire, éolien, stockage, réseau et la possibilité de déplacer certaines charges si l’électricité vient à manquer.

L’entreprise prévoit d’investir au moins 13 milliards d’euros en Finlande au cours des seules années 2027 et 2028. Il s’agit de son plus important investissement jamais annoncé en Europe, dans un contexte où Alphabet anticipe entre 195 et 205 milliards de dollars de dépenses d’investissement pour 2026.

Un contrat de vingt-deux ans pour prolonger Loviisa

Le contrat d’achat d’électricité, ou PPA, conclu avec Fortum débutera en 2028 avec un volume limité. Il atteindra jusqu’à 50 % de la capacité de Loviisa entre 2030 et 2049, couvrant ainsi presque toute la période durant laquelle l’énergéticien devra exploiter la centrale au-delà de sa durée de vie initiale.

Fortum prévoit environ un milliard d’euros d’investissements entre 2023 et 2050 pour moderniser les deux réacteurs. Près de 700 millions d’euros concernent encore des projets qui n’ont pas reçu leur décision définitive d’investissement. Selon l’entreprise, l’engagement de Google lui donnera la visibilité financière nécessaire pour poursuivre le programme. Il doit également accompagner une hausse de puissance de 38 MW déjà programmée et permettre 10 MW supplémentaires. Fortum estime enfin que l’accord améliorera progressivement de 1,4 point le rendement comparable de ses actifs lorsque la moitié de la capacité sera contractualisée.

Google ne devient pas pour autant propriétaire de la centrale et ne règle pas directement les factures du chantier, mais garantit une demande pendant plus de vingt ans selon des conditions financières qui restent confidentielles. Un futur chiffre d’affaires rendu prévisible, qui permet à l’énergéticien de justifier aujourd’hui des dépenses qui seront amorties sur plusieurs décennies. Un mécanisme qui pourrait inspirer d’autres fournisseurs d’énergie pour financer le développement de leurs installations. Sans le programme de prolongation, les réacteurs n’auraient pas pu continuer à fonctionner au-delà de 2027 et 2030 dans leur configuration initiale.

L’accord ouvre aussi une nouvelle perspective, Google et Fortum ont signé un protocole pour examiner de nouvelles capacités renouvelables, des moyens de flexibilité et d’éventuels nouveaux réacteurs sur le site de Loviisa.

Le data center arrive désormais avec son propre portefeuille énergétique

La taille du contrat nucléaire ne doit pas masquer l’architecture complète déployée autour des futurs campus. Google indique avoir porté à 629 MW la puissance des nouveaux projets éoliens terrestres qu’il soutient en Finlande. Ce total comprend notamment des accords avec Valorem et Suomen Hyötytuuli .

À Kajaani, une batterie de 94 MW doit être mise en service à la fin de 2027. Fortum en assurera l’optimisation et pourra la faire participer aux marchés de services système de Fingrid, le gestionnaire du réseau de transport. Elle devra absorber une partie des variations de court terme, restituer de l’énergie lorsque la production éolienne baisse et contribuer à stabiliser la fréquence du réseau.

Ainsi Google développe un mix énergétique qui associe une production nucléaire continue, des renouvelables variables et un moyen de stockage.

La quatrième composante se trouve à l’intérieur même des data centers. Google étudie avec les opérateurs du réseau la possibilité de réduire temporairement leur consommation ou de déplacer certains calculs vers d’autres sites lors des périodes de tension. L’entreprise avait déjà expérimenté cette flexibilité à Hamina pendant la crise énergétique de 2022-2023.

Toutes les charges informatiques ne s’y prêtent pas, une recherche effectuée par un utilisateur européen ou un service cloud critique ne peut pas toujours attendre que le vent se lève, quand l’entraînement de certains modèles, des simulations et des traitements par lots disposent en revanche d’une marge temporelle ou géographique. À mesure que les campus se multiplient, l’orchestration du calcul peut donc devenir un instrument d’équilibrage.

Microsoft avait placé l’électricité avant les utilisateurs

Google n’est pas le premier à comprendre que la géographie du cloud est devenue une géographie de l’énergie. Microsoft résumait dès 2025 l’évolution de sa stratégie par l’expression « power first ». Les premiers data centers étaient installés à proximité des utilisateurs. Les suivants l’ont été là où l’entreprise anticipait leur demande. Avec l’IA, une partie des charges peut être envoyée vers les régions où une électricité abondante et décarbonée est disponible.

La Finlande sert également de laboratoire à Microsoft. Le groupe y développe une douzaine de data centers répartis sur trois sites. À Espoo et Kirkkonummi, deux campus ont été conçus avec Fortum pour injecter leur chaleur dans le réseau urbain. Environ 75 % de la chaleur fatale produite sur une année devrait pouvoir être récupérée ; à terme, elle pourrait couvrir près de 40 % des besoins d’Espoo, Kauniainen et Kirkkonummi. Des pompes à chaleur doivent relever sa température avant de la distribuer aux logements et aux entreprises d’un bassin d’environ 250 000 habitants. Fortum présente d’ailleurs ce dispositif comme le plus important projet de récupération de chaleur de data centers de cette nature.

Les deux groupes agissent à des extrémités différentes de la chaîne, Microsoft valorise ce qui sort de ses salles de serveurs quand Google sécurise ce qui doit y entrer. Microsoft travaille également sur l’utilisation des batteries de secours de ses installations pour contribuer à la régulation du réseau, quand Google associe désormais cette flexibilité à un contrat capable de prolonger une centrale entière.

Microsoft développe parallèlement une autre méthode en louant les capacités d’opérateurs spécialisés. À Narvik, dans le nord de la Norvège, le groupe a étendu son accord avec Nscale pour déployer plus de 30 000 GPU NVIDIA Rubin supplémentaires en 2027. Le campus de 230 MW, alimenté par l’hydroélectricité, avait initialement été présenté comme le premier site européen du programme Stargate d’OpenAI. Nscale et Microsoft y organisent désormais l’une des principales concentrations de calcul du continent sans que Microsoft ait à posséder seul le bâtiment, le raccordement et l’ensemble des machines.

Cette coexistence de deux modèles est très instructive, Microsoft construit ses propres installations en Finlande lorsqu’elles s’intègrent au chauffage urbain, il réserve du compute en Norvège lorsqu’un développeur local peut convertir plus rapidement un surplus hydroélectrique en capacité GPU. Dans les deux cas, l’électricité vient avant le client final.

Amazon accumule les gigawatts, puis rencontre le réseau

Amazon mène une offensive plus large encore par sa géographie. AWS dispose d’infrastructures dans plus de vingt pays européens et concentre de nouveaux investissements en Espagne, en Allemagne, en France, en Irlande et en Suède. Sa principale annonce récente concerne l’Aragon : 33,7 milliards d’euros doivent y être engagés d’ici à 2035 pour développer les capacités cloud et IA de la région espagnole.

Le programme ne s’arrête pas aux data centers de Huesca, Saragosse et Teruel. Amazon prévoit également une usine chargée d’assembler et de tester des serveurs, un centre de réparation des équipements d’intelligence artificielle et une plateforme logistique consacrée à ses infrastructures européennes. En ajoutant cette chaîne d’approvisionnement, le groupe répond à l’une des critiques adressées aux grands campus numériques : les milliards dépensés localement servent souvent à acheter des machines fabriquées ailleurs. Amazon estime que le programme soutiendra près de 29 900 équivalents temps plein par an et contribuera à hauteur de 31,7 milliards d’euros au PIB espagnol jusqu’en 2035. Ces projections, produites pour l’entreprise, incluent les emplois directs, indirects et induits.

En France, Amazon prévoit par ailleurs plus de 15 milliards d’euros entre 2026 et 2028. Le chiffre agrège toutefois les infrastructures cloud, l’IA, la logistique et les dépenses d’exploitation. Il ne peut donc pas être comparé directement aux 13 milliards annoncés par Google pour ses infrastructures numériques finlandaises.

Sur le terrain énergétique, Amazon a industrialisé les contrats renouvelables. Début 2025, ses projets européens représentaient environ 9 GW de capacités éoliennes et solaires. Le groupe revendique à l’échelle mondiale plus de 700 projets décarbonés totalisant plus de 40 GW. Ses investissements nucléaires, notamment dans X-energy et dans des projets de petits réacteurs modulaires, restent en revanche concentrés aux États-Unis.

La limite apparaît au point de raccordement. Les délais nécessaires pour renforcer les réseaux ralentissent plusieurs programmes européens d’AWS. Amazon, Google et Meta ont rejoint GIGA, une association qui demande aux responsables européens d’accélérer les investissements dans le transport et la distribution d’électricité. Le problème n’est plus seulement de signer un PPA garantissant qu’une quantité équivalente d’électricité renouvelable sera produite quelque part sur le réseau, il faut pouvoir recevoir cette énergie à l’endroit et au moment où les serveurs la consomment.

Meta avait trouvé le nord avant la ruée actuelle

Meta avait choisi l’Europe septentrionale bien avant que chaque nouveau campus ne soit présenté comme une infrastructure nationale d’intelligence artificielle. Luleå, dans le nord de la Suède, lui offrait de l’hydroélectricité et un climat favorable au refroidissement. Odense, au Danemark, associait plusieurs centaines de mégawatts de contrats renouvelables à un réseau capable de récupérer la chaleur. Clonee, en Irlande, complétait cette empreinte pour desservir les utilisateurs européens.

Le groupe indique avoir investi plus de 10 milliards de couronnes danoises à Odense, 1,4 milliard d’euros à Clonee et plus de 8,7 milliards de couronnes suédoises à Luleå. Chacun de ces campus soutient environ 300 emplois opérationnels, selon Meta. Le rapport entre les sommes immobilisées et les emplois permanents rappelle la nature de cette industrie, beaucoup de béton, de câbles et de processeurs pendant la construction, puis des installations très automatisées.

Meta a ainsi préfiguré la première génération nordique du cloud, fondée sur une énergie renouvelable, un refroidissement moins coûteux et la récupération de chaleur. Mais ses nouveaux investissements les plus massifs et ses engagements nucléaires se concentrent désormais en Amérique du Nord. En Europe, son empreinte apparaît plus ancienne et moins offensive que celles actuellement développées par Google, Microsoft ou Amazon.

La différence tient aussi à l’échelle, les premiers campus nordiques cherchaient une électricité décarbonée et compétitive. La nouvelle génération doit réserver plusieurs centaines de mégawatts pour des grappes de GPU, absorber leurs variations de charge et garantir leur fonctionnement avant même que les réseaux aient été renforcés.

Le nucléaire devient une assurance contre l’intermittence et les délais

Aux États-Unis, les quatre grands hyperscalers ont déjà emprunté des chemins différents vers le nucléaire. Microsoft soutient la remise en service d’un réacteur sur le site de Three Mile Island. Meta a conclu un contrat destiné à prolonger l’exploitation de la centrale de Clinton, dans l’Illinois. Amazon finance des projets de SMR et Google a réservé auprès de Kairos Power la production de futurs réacteurs avancés.

L’accord finlandais déplace ce mouvement vers l’Europe, avec une différence importante : Google ne parie pas uniquement sur une technologie qui doit encore franchir plusieurs étapes industrielles et réglementaires. Loviisa fonctionne déjà. Le risque porte sur le coût de sa modernisation, la durée du contrat et l’évolution du marché, non sur la capacité à faire fonctionner un premier modèle de réacteur.

Google n’est toutefois pas le premier opérateur de data centers à contractualiser de l’électricité nucléaire sur le continent. En France, Data4 a signé avec EDF un contrat d’allocation nucléaire de douze ans portant sur 40 MW. L’accord de Loviisa est le premier contrat nucléaire de Google hors des États-Unis et l’un des premiers engagements directs d’un grand hyperscaler dans la prolongation d’une centrale européenne.

Le retour vers le nucléaire ne signifie pas que les renouvelables sont abandonnées. Il traduit plutôt la difficulté à faire coïncider, heure après heure, une consommation continue et une production variable. Les PPA éoliens permettent d’ajouter de l’énergie décarbonée au réseau, les batteries corrigent les déséquilibres de courte durée, la modulation des calculs réduit certaines pointes, quand le nucléaire fournit la continuité autour de laquelle ces éléments peuvent être organisés.

Le compute suit les barrages, les centrales et les lignes à haute tension

La carte du programme finlandais reflète cette nouvelle logique. Hamina se situe dans le sud-est, à environ 55 kilomètres de Loviisa. Kajaani, Muhos et Vaala se trouvent plus au nord, près de points solides du réseau et de régions dans lesquelles de nouvelles capacités décarbonées peuvent être installées.

Google affirme avoir travaillé avec Fingrid, Business Finland et les collectivités pour ne pas concentrer toute sa demande dans le sud, utiliser l’électricité plus près des zones où elle est produite doit réduire les renforcements nécessaires pour la transporter à travers le pays.

Une étude commandée par l’entreprise a comparé l’installation hypothétique de 1 GW de demande supplémentaire dans la région d’Oulu-Kajaani avec une implantation équivalente dans le sud. Selon cette modélisation, le choix du nord permettrait d’économiser 520 millions d’euros aux consommateurs finlandais sur vingt ans. Le gigawatt reste un scénario d’étude, pas la puissance déclarée des futurs sites de Google. L’estimation doit également être lue pour ce qu’elle est, à savoir un résultat produit à la demande de l’entreprise qui défend ces implantations.

Le principe dépasse néanmoins la Finlande. Microsoft et Nscale transforment l’hydroélectricité de Narvik en capacité GPU. Amazon déploie l’AWS Region espagnole dans un Aragon offrant foncier et renouvelables. Meta avait choisi Luleå et Odense. En France, SoftBank prévoit 45 milliards d’euros d’investissements sur cinq ans dans trois campus représentant 3,1 GW, avec EDF et Schneider Electric parmi les partenaires. Un ancien site de production doit accueillir une partie des installations. SoftBank présente explicitement la capacité nucléaire et le statut d’exportateur d’électricité de la France comme des avantages décisifs.

Le projet français annoncé est financièrement plus important que le programme de Google. Les 13 milliards constituent le plus grand investissement de Google en Europe, et non le plus grand projet européen d’infrastructure d’IA. Leur état d’avancement diffère également, Google dispose déjà du site de Hamina, des terrains, d’un PPA nucléaire signé et de contrats énergétiques identifiés ; les campus de SoftBank doivent entrer progressivement en service d’ici à 2031 et leurs modalités précises d’approvisionnement restent moins détaillées.

La géographie européenne du compute ne recouvre donc plus seulement celle des capitales financières et des grands carrefours de télécommunications. Les charges les moins sensibles à la latence remontent vers les barrages scandinaves, se rapprochent des centrales finlandaises ou cherchent les capacités du parc nucléaire français.

La Finlande recycle son ancienne géographie industrielle

Google avait acquis en 2009 une ancienne papeterie à Hamina avant de la transformer en data center. Le site utilise l’eau froide de la mer pour son refroidissement. Un projet de récupération de chaleur doit lui permettre de couvrir jusqu’à 80 % des besoins annuels du réseau urbain local.

Le passage du papier au calcul n’est pas qu’une image commode. Le recul des industries forestières et d’autres activités électro-intensives a laissé de grands terrains, des raccordements électriques et des collectivités à la recherche de nouveaux investissements. La Finlande y ajoute un parc nucléaire, une production éolienne importante, un climat froid, des compétences d’ingénierie et les réseaux de Nokia et Elisa.

Cette combinaison explique pourquoi la proximité de la Russie, longtemps perçue comme un risque, ne suffit plus à décourager les opérateurs. L’entrée de la Finlande dans l’OTAN en 2023 a réduit une partie des inquiétudes sécuritaires. Surtout, les régions capables d’accueillir rapidement plusieurs centaines de mégawatts sont devenues suffisamment rares pour modifier les arbitrages.

L’investissement intervient aussi dans une économie en difficulté, marquée par la faiblesse de la demande, la disparition d’une partie des échanges avec la Russie, le resserrement budgétaire et un chômage supérieur à 10 %. Selon les estimations publiées par Google, le programme contribuerait en moyenne à hauteur de 3,6 milliards d’euros par an au PIB pendant les travaux de 2027 et 2028. Il soutiendrait plus de 37 000 emplois sur cette période, dont environ 16 000 dans la construction, puis 7 000 emplois directs, indirects et induits chaque année lorsque les installations fonctionneront. Google précise que le programme comprend également 31 millions d’euros pour les collectivités, dont 10 millions consacrés à la recherche et à l’innovation.

Ces chiffres ne signifient pas que Google recrutera 7 000 personnes dans ses data centers. Ils additionnent les emplois sur site, les fournisseurs, les services et les effets de la consommation locale. L’exemple des campus européens de Meta, qui soutiennent chacun quelques centaines de postes opérationnels malgré des investissements dépassant souvent le milliard, donne un ordre de grandeur plus réaliste de l’emploi direct.

La différence entre les 13 milliards dépensés et les 3,6 milliards de contribution annuelle estimée au PIB pendant deux ans rappelle également qu’une partie des équipements sera importée. Les accélérateurs, serveurs et composants réseau représentent une fraction importante de la facture.

Le véritable bilan dépendra de ce qui restera après le départ des entreprises de construction, à savoir les équipes d’ingénierie, les fournisseurs spécialisés, laboratoires, formations, recettes fiscales et accès des entreprises locales aux capacités installées.

Accueillir les serveurs sans devenir leur simple fournisseur d’électricité

La Finlande ne mise pas sans conditions sur les data centers. Le pays prépare un registre obligatoire afin de suivre les projets, leur consommation et leurs implications sécuritaires. Il a également prévu un régime d’aide temporaire conditionné à l’enregistrement des sites, à la récupération de leur chaleur ou à une efficacité énergétique supérieure aux exigences existantes. Le gouvernement finlandais cherche ainsi à distinguer les installations apportant une valeur économique mesurable de celles qui se contenteraient de consommer une électricité subventionnée.

Google rejoint Microsoft, Nscale, Nebius, atNorth, Pure Data Centres, DayOne et Polarnode dans un pays dont le pipeline de projets représente déjà plusieurs gigawatts. Toutes les capacités annoncées ne seront probablement pas construites. Les permis, les clients et surtout les raccordements effectueront la sélection.

Google tente de répondre par avance aux critiques, plutôt que de prélever uniquement l’électricité disponible, le groupe associe sa croissance au maintien de Loviisa, à de nouveaux projets éoliens, à une batterie et à des mécanismes de flexibilité. L’équilibre devra pourtant être vérifié à partir de données que l’entreprise ne publie pas encore : puissance cumulée des quatre sites, consommation annuelle, durée de stockage de la batterie, conditions tarifaires du PPA et investissements supplémentaires nécessaires sur le réseau.

Une autre question dépasse le système électrique, car si les installations seront situées en Europe, alimentées par des producteurs européens et reliées par Nokia et Elisa, elles augmenteront la capacité de Google Cloud disponible sur le continent. Les processeurs, les logiciels d’orchestration, les modèles, l’allocation des ressources et la relation commerciale resteront néanmoins contrôlés par Google.

Davantage de compute en Europe ne signifie pas mécaniquement davantage de souveraineté européenne.

La Finlande captera les chantiers, les contrats énergétiques, une partie des emplois et l’activité de fournisseurs locaux. Google conservera la plateforme sur laquelle se concentrent les marges et le pouvoir de décision. Ce déséquilibre traverse aussi les projets de Microsoft, Amazon, Meta et OpenAI : le territoire fournit l’électricité et accueille les machines et l’entreprise américaine choisit les usages et facture les services.

La réussite finlandaise dépendra donc moins du nombre de bâtiments sortis de terre que de leur capacité à faire émerger autour d’eux des entreprises d’IA, des laboratoires, des compétences et de la propriété intellectuelle. À défaut, le pays aura remplacé une partie de son industrie électro-intensive par une autre, plus propre et mieux connectée, mais dont le centre de gravité économique sera aux Etats Unis.

 

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