“Le e-commerce passe du mot-clé au contexte” : Roxane Laigle, CEO de LEMROCK décrypte la bascule vers les IA
Retrouvez PERSPECTIVES avec notre partenaire CANALCHAT GRANDIALOGUE
L’e-commerce est en train de changer de grammaire, pendant deux décennies, la visibilité des marques s’est construite autour du mot-clé, du référencement et des pages produits, aujourd’hui, avec la montée en puissance des interfaces conversationnelles, une autre logique s’impose progressivement : celle du contexte.
Pour en parler nous recevons aujourd’hui la très médiatique Roxanne Laigle
Selon Roxane Laigle, CEO de LEMROCK. « Demain, on n’achètera plus sur des sites, mais dans des conversations. » Derrière cette formule, l’émergence de modèles comme OpenAI ou Google avec Gemini ne redéfinit pas seulement la recherche d’information, mais reconfigure déjà les premiers points de contact entre les marques et leurs clients.
Du mot-clé au contexte, une mutation structurelle
Dans l’ancien modèle, l’intention d’achat était explicite. L’utilisateur formulait une requête comme “lunettes de soleil”, “aspirateur sans fil”, et le marché s’organisait autour de cette demande. Toute l’économie du SEO et du retail media reposait sur cette capacité à capter une intention formulée.
Dans les interfaces conversationnelles, cette logique s’efface progressivement. L’utilisateur décrit une situation, un projet, une contrainte. Il parle de vacances, d’un besoin spécifique, d’un usage. L’intention d’achat devient implicite, parfois même diffuse.
« On ne se bat plus pour remonter sur un mot-clé, mais pour être recommandé dans un contexte », explique Roxane Laigle.
Ce changement oriente profondément la manière dont les produits sont découverts, et impose de nouveaux modèles de traitement de l’information, capables d’interpréter des signaux faibles et de produire des recommandations pertinentes en temps réel.
LEMROCK, une infrastructure entre marques et IA
C’est sur ce terrain que LEMROCK se positionne, fondée en 2025, la startup développe une plateforme permettant aux e-commerçants de connecter leurs catalogues aux modèles de langage et d’optimiser leur présence dans ces nouveaux environnements.
« Aujourd’hui, il manque une couche pour connecter les marques aux IA conversationnelles de façon simple, sécurisée et à l’échelle. C’est précisément ce que nous construisons. »
Cette “couche” répond à plusieurs contraintes. D’une part, les modèles reposent sur des protocoles techniques spécifiques, encore en cours de standardisation. D’autre part, les marques ne souhaitent pas exposer directement leurs données stratégiques (catalogues enrichis, marges, prix) à des acteurs tiers.
Dans ce contexte, LEMROCK se positionne comme un intermédiaire capable d’orchestrer la présence des marques sur plusieurs modèles, tout en conservant un niveau de contrôle et de confidentialité.
Un marché fragmenté, loin du modèle Google
Contrairement au search, dominé par un acteur unique, le marché des IA conversationnelles apparaît plus éclaté. Plusieurs modèles coexistent, avec des usages différenciés, des audiences spécifiques et des niveaux d’engagement variables. « À la différence de Google, le marché des LLM sera fragmenté. Pour une marque, il sera essentiel d’être présente dans plusieurs interfaces, généralistes ou spécialisées. »
Cette fragmentation justifie son approche agnostique, capable de distribuer les catalogues sur différents modèles et agents, sans dépendre d’un seul acteur.
SEO, GEO, commerce agentique : une nouvelle chaîne de valeur
L’émergence des LLM ne supprime pas les logiques existantes, mais les superpose. Roxane Laigle distingue ainsi plusieurs niveaux d’intervention.
Le GEO, d’abord, vise à influencer la manière dont une marque apparaît dans les réponses naturelles des modèles. Il prolonge, sous une autre forme, les logiques du SEO.
Le commerce agentique, ensuite, s’inscrit dans une logique différente. Il ne cherche pas à modifier la réponse, mais à l’enrichir par une couche transactionnelle, en connectant une intention à un produit.
« Nous ne changeons pas la réponse des modèles. Nous partons de cette réponse pour y ajouter une couche de commerce. » Cette distinction esquisse une nouvelle chaîne de valeur, où la visibilité, la recommandation et la transaction se répartissent entre plusieurs acteurs.
Une adoption déjà amorcée
Si le marché est balbutiant, LEMROCK revendique une traction déjà tangible et affirme être déployée sur des volumes significatifs de conversations et travailler avec plus d’une centaine de marques, dont certaines grandes enseignes.
« Nous ne sommes plus dans des tests. Nous avons des clients payants, engagés sur plusieurs mois, avec des budgets significatifs. »
Les chiffres avancés traduisent une différence notable avec les canaux traditionnels. Les taux d’interaction observés seraient significativement supérieurs, portés par la personnalisation et la granularité des échanges conversationnels.
Un modèle économique aligné sur la performance
Sur le plan économique, LEMROCK adopte un modèle basé sur la performance. La rémunération est corrélée aux résultats générés pour les clients, qu’il s’agisse d’interactions ou de ventes. « Notre modèle est simple : plus nos clients gagnent d’argent, plus nous en gagnons. »
Ce positionnement vise à faciliter l’adoption, en limitant le risque initial pour les marques. Il rapproche également LEMROCK des modèles historiques de l’adtech, tout en les adaptant à un environnement conversationnel.
Une course de vitesse face aux grandes plateformes
La question de la concurrence reste ouverte. Si LEMROCK revendique une avance sur ce segment, l’entreprise reconnaît que de nouveaux acteurs (startups, plateformes e-commerce, spécialistes de la publicité) vont rapidement se positionner.
En arrière-plan, les grandes plateformes technologiques constituent une variable déterminante. Mais pour Roxane Laigle, leur rôle ne remet pas en cause l’existence d’intermédiaires. « Il y a un besoin structurel d’une couche intermédiaire, pour des raisons de contrôle, d’interopérabilité et de gestion des données. » Un pari stratégique, alors que des acteurs comme Meta Platforms renforcent leurs ambitions sur le commerce intégré à l’IA.
Vers un nouveau standard du commerce ?
Avec une levée de 6 millions d’euros et une ambition internationale, LEMROCK entend accélérer, notamment sur le marché américain. L’objectif affiché dépasse la seule croissance commerciale : il s’agit de définir un standard. « Notre ambition est de construire l’infrastructure de référence du commerce agentique. »
Reste à savoir si ce standard émergera autour d’acteurs indépendants ou sera absorbé par les plateformes elles-mêmes. Une chose, en revanche, semble acquise : à mesure que les interfaces conversationnelles s’imposent, la bataille de la visibilité commerciale change de nature.
Et dans ce nouveau paysage, ce ne sont plus les mots-clés qui feront la différence, mais la capacité à exister dans une conversation.
- “Le e-commerce passe du mot-clé au contexte” : Roxane Laigle, CEO de LEMROCK décrypte la bascule vers les IA - 13/04/2026
- Logistique, paiement : VINTED redessine sa chaîne de valeur au détriment de ses marges - 10/04/2026
- MWM fait l’acquisition de PICNIC: un premier pas vers un modèle de build-up à la Bending Spoons ? - 09/04/2026







