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Le Suédois Spotify débarque à Wall Street à une valorisation de près de 30 milliards de dollars

C’est un jour important dans l’histoire de Spotify, et plus largement dans celle du streaming musical, mais pas «le plus important» pour Daniel Ek, le patron de la plateforme suédoise. Ce mardi, le service de musique en streaming effectuera ses premiers pas en Bourse à New York. Si l’entrée en Bourse constitue une forme de consécration pour la plupart des entreprises technologiques, Daniel Ek préfère ne voir dans cette opération qu’une étape supplémentaire dans le développement de sa société. «Spotify ne lève pas de capitaux et nos actionnaires, comme nos salariés, peuvent acheter ou vendre nos actions depuis des années. Donc même si la journée de mardi nous offre plus de visibilité, cela ne change pas ce que nous sommes, ce que nous faisons et la manière dont nous fonctionnons», a-t-il écrit dans un message publié sur le site de l’entreprise.

Si l’entrée en Bourse d’une nouvelle entreprise technologique n’a rien d’étonnant, le processus choisi par Spotify est en revanche plus surprenant. En effet, la plateforme suédoise a opté pour une cotation directe, une forme d’IPO qui ne prévoit pas l’émission de nouvelles actions. En agissant de la sorte, Spotify veut économiser des frais liés à une introduction en Bourse classique. Ainsi, la société a ouvertement décidé de se passer des services d’une banque d’affaires et de ne pas lever de nouveaux capitaux. Selon le cabinet SharesPost, cela permettrait à Spotify d’économiser jusqu’à 300 millions de dollars. Autre surprise, alors que la tradition veut que les dirigeants de l’entreprise soient présents à Wall Street le premier jour de la cotation pour sonner la cloche qui ouvre la séance boursière, Daniel Ek ne sera pas de la partie à Manhattan. «Spotify n’a jamais été une entreprise d’un genre normal», affirme-t-il.

Spotify jamais rentable depuis sa création 

A l’occasion de son entrée en Bourse, Spotify a livré début mars des indicateurs sur sa forme actuelle. La plateforme suédoise a ainsi réalisé un chiffre d’affaires de 4,09 milliards d’euros en 2017, contre 2,95 milliards d’euros un an plus tôt. Cependant, la société a concédé une perte de 1,24 milliard d’euros l’an passé, contre 539 millions d’euros en 2016. Pour rappel, le groupe n’a jamais atteint la rentabilité depuis sa création en 2006. Spotify indique également avoir versé plus de 8 milliards d’euros de droits d’auteur aux artistes, aux maisons de disques et aux éditeurs au 31 décembre 2017.

Début 2018, le label Wixen Music Publishing a toutefois réclamé 1,6 milliard de dollars à la plateforme suédoise pour atteinte aux droits d’auteurs. Spotify aurait ainsi proposé près de 10 000 morceaux sur sa plateforme sans en avoir les droits. Pour rester compétitif, Spotify doit absolument éviter de se froisser avec les majors de l’industrie musicale, à savoir Universal Music, Sony Music et Warner Music, ainsi qu’avec Merlin, un consortium de labels indépendants, qui détiennent les droits de morceaux ayant représenté 87% des écoutes sur la plateforme en 2017.

Pour 2018, Spotify vise un chiffre d’affaires en hausse de 20% à 30%, compris entre 4,9 milliards et 5,3 milliards d’euros. La société suédoise entend également réduire sa perte opérationnelle, en la ramenant à hauteur de 230 à 330 millions d’euros d’ici la fin de l’année, contre 378 millions d’euros l’an passé.

La plateforme suédoise face à la remontée fracassante d’Apple Music

Dans son dossier déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), l’entreprise affirme posséder 159 millions d’utilisateurs actifs mensuels dans 61 pays sur sa plateforme et 71 millions d’abonnés payants. Sur ses trois principaux marchés, que sont les États-Unis, le Royaume-Uni et le Brésil, Spotify revendique respectivement une part de marché de 41%, 59% et 42%. A l’échelle mondiale, la plateforme suédoise doit faire face à Apple Music, service de musique en streaming lancé en juillet 2015 par la marque à la pomme, qui compte à ce jour 36 millions d’abonnés payants. En pleine expansion, la plateforme américaine est en bonne voie pour détrôner Spotify aux États-Unis. Apple Music affiche en effet un taux de croissance mensuel de 5% pour son compteur d’abonnés payants, contre à peine 2% pour le service en streaming de l’entreprise suédoise. A ce rythme, Apple Music dépassera officiellement Spotify cet été outre-Atlantique, selon le Wall Street Journal.

Spotify doit également se méfier d’Amazon Music Unlimited, plateforme lancée en octobre 2016 par la firme de Jeff Bezos, qui compte désormais 16 millions d’abonnés payants. Pour étendre sa base d’utilisateurs et ainsi se parer face à la concurrence, Spotify s’est allié au géant chinois Tencent en décembre dernier pour procéder à un échange de participations croisées minoritaires. Avec ses trois plateformes, KuGou, QQ Music et KuWo, qui rassemblent 700 millions d’utilisateurs mensuels, le réservoir de Tencent Music, la filiale musicale du groupe chinois, représente une belle opportunité pour Spotify afin de s’étendre en Asie. D’ici la fin de l’année, la plateforme suédoise prévoit d’avoir entre 92 et 96 millions d’abonnés payants à travers le monde.

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Maxence Fabrion

Journaliste chez FW - DECODE MEDIA

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