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Stupeur et regrets des start-up et investisseurs après la faillite de SVB

Par Julie JAMMOT avec Alex PIGMAN / AFP

L’effondrement en moins de 48 heures de la Silicon Valley Bank suscite la stupeur chez les acteurs de la tech qui se demandent comment cette institution essentielle à leur écosystème a pu basculer aussi rapidement, et quelle est la part de responsabilité des investisseurs.

« Je suis tellement en colère. Et triste. Et j’ai peur. N’oubliez pas, c’est de notre faute. Collectivement », a tweeté Nicole Glaros, entrepreneuse et investisseuse.

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Elle a décrit ainsi le choix cornélien qui s’est présenté aux start-up jeudi et vendredi, entre « l’option morale, laisser son argent chez SVB, et se faire avoir » et « l’option immorale, retirer son argent » qui met en danger « des milliers de start-up et de gens que vous n’avez jamais rencontrés ».

L’ex-banque californienne se targuait d’avoir pour clients « près de la moitié » des entreprises spécialisées dans les technologies et biotechnologies financées par des sociétés de capital-risque américaines, qui contrôlent de près ce marché de niche.

Quand une poignée de ces investisseurs a tiré la sonnette d’alarme, les start-up ont aussitôt répondu à l’appel.

« Jeudi (…) j’ai vu arriver tout à coup des mails très explicites, en majuscules, venant de mon conseil de direction: RETIRE TON ARGENT TOUT DE SUITE! », a raconté à l’AFP Clément Cazalot, patron de la start-up Machinery Partner.

Les avertissements sont venus de sociétés de capital-risque puissantes, basées à San Francisco et dans la Silicon Valley voisine, dont Founders Fund (la société de Peter Thiel), Union Square Ventures et Coatue Management.

– « Poisons » –

A l’origine de la panique, une présentation mal ficelée de SVB, initialement conçue pour rassurer les investisseurs et clients sur la bonne santé de la banque, malgré sa tentative de lever des fonds.

« Je pense qu’on va se rendre compte a posteriori qu’une vingtaine de personnes ont déterré la hache de guerre entre mercredi et jeudi », a déclaré Scott Gallaway, un professeur de la New York University qui travaille avec des start-up.

« Et quand votre investisseur vous appelle et vous dit de retirer votre argent, vous retirez votre argent », a-t-il ajouté lors d’une interview sur Pivot, un podcast du New York Magazine.

Le mouvement de panique qui s’en est suivi rappelle des scènes de la crise de 1929, quand des clients prenaient d’assaut les guichets des banques pour récupérer leurs économies – mais avec des entrepreneurs tentant frénétiquement de transférer leur argent en ligne.

Pour de nombreux experts, les investisseurs ne sont néanmoins pas responsables de la faillite.

« Ils ont été obligés de choisir entre deux poisons », commente l’analyste Dan Ives de Wedbush pour l’AFP. « La banque n’a pas géré les risques comme elle aurait dû. Elle a causé l’accident » qui a ensuite entraîné une vague de retraits.

Deux autres banques ont fait faillite la semaine dernière: Signature Bank et Silvergate Bank, plus petites mais connues pour leurs liens privilégiés avec le milieu des cryptomonnaies.

– « Loyauté » –

Tout comme SVB, elles ont pâti du resserrement monétaire de la Fed à marche forcée, qui a mis leurs marges sous pression et a bousculé le secteur des nouvelles technologies, gourmand en cash.

SVB et Silvergate ne sont pas comparables, estime Dan Ives, mais elles avaient tout de même en commun « une haute concentration en actifs à risque ».

« Le risque majeur qui ressort clairement de tout ça, c’est celui des réseaux sociaux », analyse « ProfessorStam », cofondateur de la start-up Magnetiq.

Jeudi, « en quelques minutes, mon fil Twitter s’est couvert de messages de comptes éminents, tweetés et retweetés, qui annonçaient tout simplement la fin tragique de SVB », a-t-il raconté samedi sur la plateforme.

Selon cet entrepreneur, « SVB n’était pas en super forme, mais ce sont la viralité et la panique qui l’ont achevée ».

Il estime que ce risque doit désormais être pris au sérieux par les banques, qui ont intérêt à faire preuve de plus de transparence sur leurs activités, directement sur les réseaux sociaux, là où se trouvent leurs clients.

Fondée dans les années 1980, la SVB était devenue une institution clé de la Silicon Valley.

Avant sa création, les start-up californiennes « étaient ignorées » par les grandes banques, a écrit Michael Moritz, un investisseur de Sequoia Capital, dans le Financial Times. « Ironie du sort, SVB a payé le prix fort pour sa loyauté ».

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