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[Bitcoin Day] Le bitcoin peut-il percer en France ?

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[tab title= »A propos »]

Philippe Herlin est économiste, chercheur en finance et chargé de cours au CNAM. Il a publié plusieurs livres chez Eyrolles dont « La Révolution du bitcoin et des monnaies complémentaires » (Eyrolles, mai 2013).

Site Internet : philippeherlin.com

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Frenchweb : Alors que la plate-forme MtGox a fait faillite en février dernier, une « Maison du Bitcoin » – qui est à la fois un incubateur et un espace de co-working – a récemment ouvert à Paris. Pourtant, en décembre dernier, la Banque de France publiait une note sur « Les dangers liés au développement des monnaies virtuelles : l’exemple du Bitcoin ». Quel est le statut du bitcoin en France, et dans quelle mesure cette monnaie est légale ou illégale ?

philippe-herlinPhilippe Herlin : Le cadre légal du bitcoin en France est, disons, en construction. Cette monnaie est légale, mais dès que l’on aborde des usages sortant des simples transactions, l’incertitude juridique apparaît. La communauté des bitcoiners doit s’organiser (cela a commencé avec l’association Bitcoin France) et les pouvoirs publics doivent prendre conscience des enjeux en termes de création de richesses et d’emplois que cela représente.

La note de la Banque de France insiste sur les risques, elle est dans son rôle, mais elle distille aussi nombre de contre-vérités et réduit le bitcoin à un simple argument marketing. On hésite entre mauvaise foi et incompétence, sans doute les deux. Les banques centrales ont toujours tendance à pointer les dangers, on peut les comprendre, car elles sont là pour protéger les épargnants. Mais la Banque de France va beaucoup plus loin en disant qu’il n’y a pas vraiment d’avantages. Certes, le bitcoin est volatil, mais il présente aussi des avantages.

Monoprix a annoncé sa volonté d’accepter les bitcoins dès la fin de l’année pour régler ses achats. Est-ce un effet de communication ou y a-t-il une véritable probabilité que le bitcoin devienne une monnaie d’échange courante en France?

Les deux. Il s’agit de se donner une image moderne, de toucher un public de « geeks ». Mais il existe aussi des raisons de fond, spécialement la faiblesse des coûts de transaction. Pour un petit commerçant, les frais de carte bancaire s’élèvent à 3 à 5% du chiffre d’affaires, un montant prohibitif. Le paiement en bitcoins permet de diminuer ces coûts, de s’affranchir du système bancaire, et si les bénéfices sont partagés entre le vendeur et ses clients, le développement de cette nouvelle monnaie peut aller très vite.

Aux Etats-Unis, certains commerçants ont commencé à l’accepter. Bitpay, qui propose une solution de paiement en bitcoins, se développe fortement et signe avec des dizaines de milliers de sociétés (en septembre 2013, la société qui commercialise sa solution en B2B a affirmé avoir dépassé les 10 000 marchands ayant souscrit à sa solution, dans plus d’une centaine de pays, ndlr). En France, quelques dizaines seulement…

La France est-elle bien positionnée sur le marché du bitcoin ? Quels sont ses atouts et quels peuvent en être les bénéfices ?

La France est en incontestablement en retard, mais nous sommes au début d’une grande aventure, rien n’est donc encore perdu. La France a des atouts, par la qualité de ses informaticiens et de ses créateurs d’entreprises. Les bénéfices sont difficiles à estimer aujourd’hui mais ils sont potentiellement énormes. Il faut foncer et nous verrons bien.

Il faut juste éviter une fiscalité confiscatoire qui ferait partir toutes les start-ups à l’étranger, car l’activité est évidemment facilement délocalisable. Espérons que Bercy comprendra cela…  Au-delà de l’aspect technique, nous sommes en retard sur le point réglementaire. Aux Etats-Unis, le cadre est déjà plus avancé avec des auditions devant le sénat qui ont débouché sur de véritables avancées. En France, il y en a eu, mais elles n’ont débouché sur rien de probant. Résultat, peu de start-ups se lancent sur ce marché.

Une situation qui change de l’Allemagne où le bitcoin est largement plus développé grâce à la culture alternative qui, traditionnellement, est bien plus répandue outre-Rhin. Les réunions, les conférences et les débats se tenant à Berlin sont beaucoup plus grands. Le risque que je pointe est que, si le ministère français de l’Economie et des Finances a une vision restrictive et souhaite mettre des taxes plus élevées, nous risquons de voir nos entrepreneurs créer leurs start-ups de bitcoins directement à l’étranger.

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Microsoft Experiences les 3 et 4 octobre 2017

La rédaction

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