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Clubhouse, nouvel eldorado de la Tech française

Si vous gravitez autour de l’écosystème numérique français, vous en avez forcément entendu parler ces derniers jours… Clubhouse, le réseau social du moment, est de plus en plus utilisé par des acteurs de la Tech tricolore. Entrepreneurs, investisseurs, marketeurs… Toute la fine fleur de l’écosystème s’est passée le mot pour intégrer cette «bulle VIP». Car oui, on ne débarque pas sur Clubhouse comme ça.

Avant tout, il faut être le possesseur d’un iPhone, ce qui n’est pas une rareté dans le petit milieu de la Tech. Mais Graal suprême, il faut recevoir une invitation d’un utilisateur pour intégrer ce cercle encore très fermé. En optant pour un système de cooptation, les fondateurs de Clubhouse sont passés maîtres dans l’art de cultiver le côté exclusif de leur application. Avec cette approche élitiste, le réseau social audio a séduit des stars de la Silicon Valley comme Elon Musk et Mark Zuckerberg, mais aussi des célébrités, à l’image de Naomi Campbell qui vient d’y faire ses débuts. Bref, vous l’aurez compris, Clubhouse est «the place to be» en ce moment. Pour le meilleur et pour le pire…

A l’heure où les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête, sont dans le viseur des régulateurs dans de nombreux pays à travers le monde, notamment pour le rôle qu’ils jouent dans la désinformation, l’arrivée de Clubhouse constitue un sacré coup de fraîcheur. Sur cette application lancée par Paul Davison et Rohan Seth en mars 2020, en pleine pandémie de Covid-19, pas de texte, de photo ou de vidéo mais exclusivement de l’audio. Et c’est là toute la force du réseau social.

Sur la plateforme, on navigue de «room» en «room» pour écouter une flopée d’utilisateurs converser entre eux sur un sujet donné, et si vous voulez prendre part à la discussion, il vous suffit de «lever la main» et les modérateurs vous donneront la parole ou non. Et en y navigant depuis plusieurs jours, on s’aperçoit que les conversations sont assez bienveillantes, et surtout, personne ne se coupe la parole. On laisse à chaque intervenant la possibilité de développer sa pensée sans une limite de temps, comme il est d’usage dans les stories d’Instagram ou Snapchat par exemple.

Une application devenue une extension de LinkedIn 

Ce nouveau format n’a pas manqué de taper dans l’œil des acteurs de la Tech française, qui multiplient les «rooms» sur des sujets chers à l’écosystème, comme le financement des start-up, les stratégies marketing, la gestion de l’hypercroissance, le recrutement, les cryptomonnaies ou encore le fonctionnement d’un start-up studio. Bref, chacun peut y trouver son bonheur. Et à toute heure du jour ou de la nuit, en semaine ou le week-end. Il n’est ainsi pas rare d’atterrir dans une «room» où on entend parler de Product/Market Fit et Growth Hacking, y compris un samedi soir après minuit… En l’espace de quelques semaines, Clubhouse est ainsi devenu la nouvelle «drogue» de l’écosystème.

De nombreuses discussions sont intéressantes, avec parfois l’intervention d’acteurs connus dans l’écosystème français, comme Jean de La Rochebrochard (Kima Ventures), Patrick Amiel (321founded), Xavier Lazarus (Elaia), Géraldine Le Meur (FrenchFounders), Carlos Diaz (Uncut), Fabrice Grinda (FJ Labs) ou encore Thibaud Elzière (eFounders). Mais malheureusement, les idées reçues qui caricaturent la Tech française ont la dent dure, et ce n’est pas Clubhouse qui va changer la donne. Bien au contraire. L’accès au réseau social étant encore assez restreint, certains en profitent pour faire du «personal branding» et donc accroître leur notoriété. Là où Instagram est devenu le réseau social par excellence pour devenir influenceur grand public, Clubhouse est aujourd’hui la plateforme où certains veulent devenir des influenceurs B2B. Par moment, on a l’étrange impression que l’application est devenue une extension de LinkedIn.

A l’heure où les conférences et les salons Tech du monde entier sont annulés à cause de la pandémie de Covid-19, Clubhouse devient une plateforme pour faire des webinars et des tables rondes en temps réel 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. On bascule dans une sorte de boulimie d’ateliers en ligne sur toutes les verticales possibles et imaginables de la Tech. L’euphorie autour du réseau social est telle que l’on peut parfois entendre des utilisateurs expliquer qu’ils ont réussi à convaincre leur patron de les laisser utiliser Clubhouse sur leur temps de travail. Avec le télétravail qui devient la norme en pleine crise sanitaire, ça n’en est que plus facile. Il faut dire que les interventions régulières de Marc Andreessen et Ben Horowitz, références américaines en matière d’investissement dans la sphère technologique, ont donné des idées à certains.

Clubhouse survivra-t-il à la crise du coronavirus ?

Un tel engouement, avec les dérives qu’il engendre, n’est cependant pas étonnant. Clubhouse est aujourd’hui au sommet de la courbe de la «hype» et le phénomène devrait se poursuivre durant quelques semaines, voire quelques mois de plus. Mais l’effet de mode pourrait s’estomper d’ici la fin de l’année pour deux raisons.

La première tient au fait que si aujourd’hui Clubhouse est autant tendance, c’est parce qu’une bonne partie de l’humanité est bloquée à son domicile. Et dans ces conditions, l’arrivée d’un nouveau réseau social pour s’occuper est forcément bien accueillie par des millions de personnes à travers le monde. Ajoutez à cela une approche novatrice, centrée uniquement sur la voix, et une stratégie de marketing passif basée sur le bouche-à-oreille, et cela crée une application qui jouit à fond du FOMO (Fear of missing out), soit «la peur de manquer quelque chose». Mais qu’en sera-t-il à l’issue de la crise du coronavirus quand nous ne serons plus bloqués chez nous le soir ? C’est l’une des équations à résoudre pour Clubhouse afin de perdurer dans le temps.

L’autre raison, c’est le passage à l’échelle de Clubhouse. Aujourd’hui, l’application réunit 2 millions d’utilisateurs par semaine, et ce chiffre devrait rapidement grimper dans les prochaines semaines, étant donné que la solution iOS commence à se démocratiser dans le monde entier, et notamment en Europe. Les utilisateurs ont en effet la possibilité d’envoyer de plus en plus d’invitations à des personnes de leur entourage. Et sous l’effet de masse, les problèmes ont malheureusement tendance à se multiplier. Facebook ou Twitter peuvent en témoigner. D’ailleurs, comme ces deux géants américains, Clubhouse a rapidement vu son horizon s’obscurcir en Chine. Dans l’Empire du Milieu, l’aventure n’aura duré qu’une semaine, avant que Pékin ne bloque l’application.

Mais les autres difficultés à surmonter sont surtout la modération des contenus et la monétisation du réseau social. Le modèle économique de la plateforme n’est pas encore défini et les voix commencent déjà à s’élever pour critiquer l’application sur son traitement des données personnelles. Clubhouse enregistre notamment toutes les conversations pour les modérer. Même si l’application assure qu’il s’agit d’un stockage temporaire, ce n’est pas vraiment en adéquation avec le RGPD… Et il s’agit là d’un des nombreux problèmes de la plateforme en matière de respect des données personnelles de ses utilisateurs.

Une application valorisée à 1 milliard de dollars moins d’un an après son lancement 

Malgré ces nuages menaçants au loin, la confiance des investisseurs n’est pas entamée. Loin de là. La start-up a ainsi levé près de 100 millions de dollars il y a quelques semaines. Menée par la société de capital-risque Andreessen Horowitz, cette opération valorise Clubhouse à 1 milliard de dollars, soit 10 fois plus que son premier tour de table en mai 2020.

Alors qu’elle s’apprête à souffler sa première bougie, l’application est surveillée de près par Facebook et Twitter. Les deux réseaux sociaux sont d’ailleurs en train de développer des produits similaires pour contrer l’essor de ce nouveau concurrent. Mais Facebook, qui n’hésite pas à mettre la main au portefeuille pour tuer la concurrence dans l’œuf, pourrait bien être tenté de s’emparer de cette étoile montante des réseaux sociaux. Alors Clubhouse pourra-il continuer à se développer sans se faire racheter ? On compte sur nos entrepreneurs français préférés pour débattre des capacités de l’application phénomène à «scaler»…

Maxence Fabrion

Journaliste chez FrenchWeb - DECODE MEDIA

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