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Comment rémunérer ceux qui participent à «l’économie contributive»?

Dans son rapport remis au gouvernement cette semaine, Le Conseil national du numérique recommande de mobiliser le numérique pour valoriser les activités porteuses de sens individuel et collectif. Combien vaut un article sur Wikipedia ? Une photo sur Instagram ? Un commentaire sur Amazon ? Un tweet ? Un like ? C’est le propre de l’économie contributive, par laquelle la création de valeur est basée sur la participation aux biens communs ou à des activités créatrices de valeur sociale.

Pour Jaron Lanier, auteur de « Who owns the future ? » et reconnu parmi les 100 personnes les plus influentes par Time, toutes nos actions et même nos traces sur Internet sont monétisées par les GAFA à notre insu, mais surtout à nos dépens. Selon lui, cette richesse devrait être équitablement partagée par des micro-paiements.

Bernard Stiegler, philosophe, veut créer un revenu contributif, basé sur l’indemnisation des intermittents du spectacle. Cela permet aux individus de recevoir un revenu conditionné à la valorisation de leurs compétences dans des projets contributifs, d’association.

Une rémunération par pairs?

Pour Tiberius Brastaviceanu, fondateur de l’entreprise Sensorica (spécialisée dans la valorisation des réseaux ndlr), la valeur des contributions devrait être établie grâce à la notation que chaque contributeur reçoit de ses pairs. Ce score serait converti en rémunération pécuniaire, les communs faisant l’objet de redevances payées par les sociétés commerciales.

Michel Bauwens, auteur de Sauver le Monde, préconise, lui, le développement d’une véritable alternative au salariat. L’accumulation de ressources communes permettrait une production où l’on peut assurer sa subsistance à travers la contribution, sous condition de mécanismes de rétribution basés sur la réciprocité.

Le Conseil national du Numérique veut quant à lui encourager la participation aux biens communs immatériels, le «travail» sur ou pour les plateformes et toute l’économie contributive en ligne, mais aussi les participations aux projets de création et de développement d’entreprises, aux fab labs, aux coopératives, aux projets d’intérêt général, aux activités de recherche librement accessibles, au care, à la vie dans les quartiers, à l’entretien des espaces naturels, aux jardins partagés, recycleries, activités associatives d’aide aux devoirs scolaires, etc.

Le Conseil estime essentiel que les pouvoirs publics s’emparent des sujets liés à la valorisation d’activités qui se situent en dehors du cadre marchand ou monétarisé. Il recommande à cette fin de:

1 – Construire des indicateurs et métriques permettant de mesurer les externalités sociales, environnementales et économiques des activités non marchandes:

  • en ligne, comme le nombre de partages, clics émotionnels, notes, apports de connaissances, de savoirs partagés, mise à disposition de contenus

 

  • hors ligne, comme la mise à disposition de salles, les actions de formations de médiation, l’accompagnement, les activités pair-à-pair

 

2 – Expérimenter le revenu contributif, conditionné à l’exercice d’activités contributives, en mettant en œuvre en particulier la licence #FairlyShare. Cette licence, amélioration des licences ouvertes, est la transcription juridique de l’intention suivante d’un contributeur : « je suis prêt à contribuer gratuitement à des biens communs, mais si une entité commerciale en retire un profit, même indirectement, je veux en recevoir une rétribution équitable ».

La valorisation et la rétribution des contributeurs à l’économie non marchande permettrait ainsi d’élargir le périmètre de l’économie, comme le recommande le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi, afin d’incorporer les progrès sociaux et environnementaux aux traditionnels indicateurs de richesse.

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vincent-lorphelinVincent Lorphelin a fondé VenturePatents.com. Cette société aide les startups et PME innovantes à protéger leurs innovations d’usage et même leur business model grâce aux brevets. Co-Président de l’Institut de l’Iconomie, think tank de l’économie numérique, Conférencier, Vincent Lorphelin est l’Auteur de cinq livres dont « le Rebond économique de la France » (Editions Pearson) co-écrit par 85 entrepreneurs. @VLorphelin

 

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