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Nvidia investit dans DOCTOLIB : retour sur une success story française

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Jensen Huang a annoncé hier, mardi 13 octobre, l’entrée de Nvidia au capital de Doctolib lors d’un événement organisé à Paris. Treize ans après ses débuts, la société française revendique 520 000 professionnels de santé et 90 millions de patients dans cinq pays européens. Le financement doit accélérer ses modèles et ses assistants d’IA, nouvelle étape d’une aventure entrepreneuriale soutenue par Kernel, Kerala, Accel, Bpifrance, Eurazeo et General Atlantic.

Dans un hôtel de la place Vendôme, devant des dirigeants de la tech et des représentants du gouvernement français, Jensen Huang a présenté une nouvelle série d’investissements dans l’écosystème français : Doctolib, Genesis AI, Pigment et Entalpic. Pour Doctolib, la participation minoritaire de Nvidia vient soutenir un chantier qui dépasse désormais la prise de rendez-vous, avec le développement d’outils capables d’assister les soignants et d’accompagner les patients, notamment grâce à l’IA.

Le parcours mesure la distance depuis les premiers agendas médicaux mis en ligne en 2013. L’entreprise s’est développée cabinet après cabinet, a remporté des marchés hospitaliers et participé à l’organisation de la vaccination pendant la crise sanitaire, avant d’étendre son offre aux logiciels médicaux. Son implantation européenne lui donne aujourd’hui une base de distribution pour ses nouveaux assistants. L’entrée de Nvidia prolonge cette croissance, dont les levées successives ont financé les équipes, les produits et les acquisitions.

Une équipe d’entrepreneurs s’attaque à l’organisation des soins

Stanislas Niox-Château arrive dans la santé avec une expérience des plateformes de réservation. Diplômé de HEC Entrepreneurs en 2010, il a participé au lancement de Balinéa et travaillé chez Otium sur des entreprises comme LaFourchette.

À ses côtés, Jessy Bernal et Ivan Schneider apportent un parcours technique commun. Les deux ingénieurs, diplômés de l’EPITA en 2008, ont déjà créé plusieurs entreprises, dont Massive Music Quiz, revendue à Lov Group. Leur expérience du développement logiciel rejoint celle des plateformes de réservation. L’équipe des débuts réunit également Steve Abou-Rjeily, Thomas Landais et Franck Tetzlaff.

Le projet associe ainsi conception du logiciel et déploiement commercial auprès des praticiens. Son adoption repose sur un service concret : rendre les disponibilités visibles, permettre la réservation à toute heure et adresser des rappels aux patients. En novembre 2014, un an après son lancement, Doctolib revendique déjà 1 500 professionnels de santé et 50 salariés. Les premiers financements accompagnent une activité qui commence à trouver ses utilisateurs.

Les entrepreneurs du numérique financent les premiers cabinets

À ses débuts, Doctolib organise une relation encore largement téléphonique entre les patients et les cabinets. Les professionnels paient un abonnement pour gérer leur agenda, et les patients réservent gratuitement leurs consultations en ligne. Pour développer le service, la société doit convaincre les praticiens un à un, adapter le logiciel à leur organisation et installer ses équipes au plus près des cabinets.

Une première levée de 1 million d’euros est annoncée en février 2014. Antoine Freysz, Olivier Occelli, Bertrand Jelensperger et Maxime Forgeot figurent parmi les premiers soutiens. En novembre, Doctolib réunit 4 millions supplémentaires et accueille Kernel Investissements, la holding de Pierre Kosciusko-Morizet et Pierre Krings, les cofondateurs de PriceMinister.

Ce premier cercle connaît les plateformes et les métiers de la réservation. Bertrand Jelensperger a cofondé LaFourchette, Olivier Occelli NaturaBuy, et Antoine Freysz a travaillé chez Otium avant de développer Kerala Ventures. Les besoins de Doctolib leur sont familiers : construire un produit, recruter une force commerciale et transformer les premiers clients en revenus récurrents.

En octobre 2015, Accel mène une levée de 18 millions d’euros, avec notamment Nicolas Brusson, cofondateur de BlaBlaCar. Doctolib revendique alors 5 000 médecins et prépare son développement international. Dans les cabinets, ses commerciaux rencontrent les praticiens et leurs secrétariats pour installer de nouvelles habitudes.

Bpifrance et Eurazeo accompagnent le changement d’échelle

Bpifrance entre au capital en janvier 2017 lors d’un tour de 26 millions d’euros. En novembre, Eurazeo rejoint l’actionnariat aux côtés de la banque publique dans une opération de 35 millions. Avec 61 millions réunis sur l’année, Doctolib dispose de nouveaux moyens pour se développer en France et en Allemagne et enrichir ses services.

La conquête des cabinets se prolonge à l’hôpital. En mai 2017, l’AP-HP annonce le déploiement de Doctolib dans ses 39 hôpitaux dans le cadre d’un marché public, avec un calendrier courant jusqu’en juin 2018. Le service est adapté aux outils de l’institution. Cette étape fait entrer la jeune entreprise dans une organisation hospitalière d’une tout autre ampleur et élargit son activité au-delà des cabinets libéraux.

Le capital permet aussi de consolider le marché. En juillet 2018, Doctolib rachète MonDocteur à Lagardère. Selon CFNEWS, Eurazeo, Bpifrance, Kernel et des business angels apportent 37 millions d’euros pour financer cette acquisition. Doctolib réunit ainsi de nouvelles équipes et une base de praticiens supplémentaire.

En mars 2019, General Atlantic mène une levée de 150 millions d’euros, suivie par les investisseurs historiques. La valorisation dépasse le milliard d’euros. Doctolib travaille alors avec 75 000 professionnels de santé et 1 400 établissements en France et en Allemagne. La société devient l’une des premières grandes réussites de la santé numérique française, et les nouveaux capitaux doivent soutenir la téléconsultation, les produits et l’expansion internationale.

À l’issue de cette opération, le bloc réunissant les fondateurs, leur entourage et les salariés reste majoritaire. Autour de cette base entrepreneuriale se sont installés des investisseurs capables d’accompagner des tours plus importants et un déploiement sur plusieurs marchés européens.

La crise sanitaire installe Doctolib dans le quotidien des Français

La pandémie accélère brutalement les usages, entre mars et août 2020, Doctolib annonce 4,5 millions de téléconsultations, contre 100 000 entre janvier 2019 et février 2020. Le service lancé avant la crise permet aux praticiens de maintenir une partie des consultations à distance ; l’entreprise doit accompagner cette hausse de volume en quelques mois.

La vaccination donne une nouvelle dimension à sa présence dans le système de santé. En janvier 2022, Doctolib fait état de 84,8 millions de rendez-vous de vaccination enregistrés depuis fin 2020 dans 1 500 centres, selon Le Parisien. La plateforme intervient désormais dans une opération nationale, après plusieurs années consacrées à l’équipement des cabinets et des établissements.

Cette séquence explique une partie de la notoriété acquise par Doctolib et de sa place dans les habitudes des patients. Elle montre aussi ce que les investissements antérieurs ont permis de construire, à savoir un logiciel déjà déployé, des équipes d’accompagnement et une capacité à adapter le service à de nouveaux besoins. La levée de 2022 intervient après ce changement d’échelle.

En 2022 les 500 millions financent une offre médicale plus large

Le 15 mars 2022, Doctolib annonce un financement de 500 millions d’euros associant fonds propres et dette, auprès d’Eurazeo et de Bpifrance. La valorisation atteint 5,8 milliards d’euros. La société prévoit de créer 3 500 emplois sur cinq ans et de développer de nouveaux services médicaux et administratifs.

L’agenda devient le point d’entrée d’une offre plus étendue : logiciel de cabinet, dossiers patients, téléconsultation, messagerie et échanges de documents. Les acquisitions accompagnent cette évolution, avec Dottori.it en Italie en 2021, Siilo pour la communication entre soignants en 2023, puis Medicus Health au Royaume-Uni en 2026.

En mars 2022 les financements cumulés s’élèveraient à 900 millions d’euros depuis la création

La chronologie des financements de Doctolib

Février 2014 1 M€Premiers investisseurs entrepreneuriaux.
Novembre 2014 4 M€Entrée de Kernel Investissements, holding de Pierre Kosciusko-Morizet et Pierre Krings, aux côtés des investisseurs historiques.
Octobre 2015 18 M€Tour mené par Accel. Nicolas Brusson rejoint les investisseurs.
Janvier 2017 26 M€Entrée de Bpifrance, avec les investisseurs historiques et Ludwig Klitzsch.
Novembre 2017 35 M€Entrée d’Eurazeo aux côtés de Bpifrance.
2018 37 M€Financement lié à l’acquisition de MonDocteur, selon CFNEWS. Eurazeo, Bpifrance, Kernel et des business angels participent.
Mars 2019 150 M€Tour mené par General Atlantic avec les investisseurs historiques. Valorisation supérieure à 1 Md€.
Mars 2022 500 M€ en fonds propres et en detteEurazeo et Bpifrance. Valorisation de 5,8 Md€.
Printemps 2026 Environ 300 M€ de cessions d’actionsArrivée de Generation Investment Management, A.P. Møller Holding et Athos KG. Valorisation implicite de 3,6 Md€.
13 octobre 2026 Entrée minoritaire de NvidiaMontant et valorisation non publiés.

Les cessions de titres de 2026 rémunèrent les actionnaires vendeurs. Elles ne constituent pas une levée de 300 M€ destinée à financer Doctolib.

Les premiers actionnaires trouvent une possibilité de sortie

Au printemps 2026, environ 300 millions d’euros d’actions changent de mains. Selon TICsanté, qui a obtenu confirmation auprès de Doctolib, les vendeurs sont principalement des investisseurs de la première heure et des salariés historiques. Generation Investment Management, A.P. Møller Holding et Athos KG entrent au capital.

La valorisation implicite ressort à 3,6 milliards d’euros, soit environ 38 % sous celle de 2022. Cette correction concerne une transaction sur des actions existantes, dont les conditions diffèrent de celles du précédent tour de financement.

Elle intervient alors que Doctolib communique un revenu récurrent annualisé de 348 millions d’euros en 2024, puis de 422 millions en 2025. Cet indicateur correspond à la valeur annualisée des abonnements, distincte du chiffre d’affaires comptabilisé sur l’exercice. À l’automne 2025, Stanislas Niox-Château déclarait sur BFM TV que l’entreprise était « rentable depuis quelques semaines », après douze années de développement.

Nvidia entre au capital au moment du passage à l’IA médicale

Le nouvel actionnaire apporte une dimension industrielle à cette histoire financière. Doctolib indique travailler avec Nvidia depuis plus d’un an et veut accélérer le développement de ses modèles, de ses assistants pour les soignants et de son compagnon de santé pour les patients. Le financement doit notamment soutenir les recrutements.

Dans son annonce, la société précise que ses équipes développent et adaptent leurs modèles à partir de modèles ouverts. Elle affirme que les données de santé restent hébergées en Europe et qu’aucun investisseur ou partenaire n’y a accès. Nvidia entre donc avec une participation minoritaire, sans droit de gouvernance ni siège au conseil d’administration. Les conditions commerciales détaillées de cette relation n’ont pas été publiées.

Pour Doctolib, l’IA peut élargir les services vendus à une clientèle déjà équipée, et pour Nvidia, cette coopération peut développer les usages de ses technologies dans la santé. La maîtrise des modèles et des données s’appuie ainsi sur des moyens de calcul fournis par un partenaire américain.

Cette extension de l’offre place Doctolib face aux éditeurs de logiciels médicaux, notamment Cegedim et CompuGroup Medical. Le rendez-vous lui a donné un accès régulier aux cabinets ; les nouveaux outils doivent désormais démontrer leur utilité dans la documentation des consultations, l’administration et, à terme, l’aide à la décision clinique.

Cette croissance reste confrontée au dossier concurrentiel français très tendu. En novembre 2025, l’Autorité de la concurrence a sanctionné Doctolib à hauteur de 4,665 millions d’euros pour des pratiques d’exclusivité, des ventes liées et l’acquisition de MonDocteur. L’entreprise conteste la décision, qui fait l’objet d’un recours encore pendant.

L’entrée minoritaire, mais très symbolique de Nvidia, annoncée hier à Paris, doit accélérer les recrutements et le développement des modèles et des assistants d’IA.  Elle pose bien entendu la question de la souveraineté, Doctolib compte désormais 3 actionnaires américains dans sa table de capitalisation avec Accel, General Atlantic et désormais Nvidia.

Après avoir installé la prise de rendez-vous en ligne dans le quotidien des patients, Doctolib entend désormais occuper une place plus large dans le travail des soignants et le parcours de soins. Sa prochaine étape se jouera dans la capacité à transformer cette présence en services d’IA fiables, utiles et économiquement viables.

chiffres clés

2013

Année de création

Treize ans de développement en 2026

520 000

Professionnels de santé

Revendiqués par Doctolib en 2026

90 millions

Patients

Revendiqués par Doctolib en 2026

5 pays

Implantations européennes

Périmètre 2026

422 M€

Revenu récurrent annualisé

2025, selon les données communiquées

3,6 Md€

Valorisation implicite

Transaction secondaire du printemps 2026

France, Allemagne, Italie, Pays-Bas et Royaume-Uni.

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