FRANCEIN THE LOOPLES LEVEES DE FONDSQUANTUM PULSE

QUOBLY lève 115 millions d’euros et confirme sa stratégie d’indépendance industrielle

📩 Pour nous contacter: redaction@fw.media

Quelques mois après avoir ouvert des négociations exclusives avec SEALSQ en vue d’une prise de participation majoritaire, la startup grenobloise Quobly annonce finalement une levée de fonds de 115 millions d’euros menée par Bpifrance, SEALSQ et STMicroelectronics. Un tour de table qui permet à l’entreprise de conserver son indépendance tout en accélérant l’industrialisation de ses ordinateurs quantiques sur silicium.

L’opération marque une étape importante pour l’écosystème quantique français. En janvier dernier, SEALSQ avait annoncé la signature d’un Memorandum of Understanding ouvrant la voie à un investissement pouvant atteindre 200 millions de dollars et potentiellement conduire à une prise de contrôle majoritaire de Quobly. À l’époque, l’annonce avait suscité de nombreuses interrogations sur l’avenir de l’une des principales startups européennes du calcul quantique.

Six mois plus tard, le scénario retenu est sensiblement différent.

Selon nos informations, l’une des raisons ayant conduit à cette évolution tient à la volonté de Quobly de poursuivre le développement de son propre écosystème industriel et technologique. Plutôt que de s’inscrire dans une logique d’intégration au sein d’un acteur unique, l’entreprise a privilégié une trajectoire lui permettant de fédérer autour de sa technologie un ensemble de partenaires industriels, technologiques et financiers.

Cette orientation apparaît aujourd’hui dans la composition même du tour de table. Aux côtés de SEALSQ figurent désormais Bpifrance, via le fonds Deep Tech 2030, STMicroelectronics, le Fonds EIC, ALIAD, le véhicule d’investissement d’Air Liquide, Blast ainsi qu’Innovacom. Les actionnaires historiques, parmi lesquels le CEA, le CNRS, Quantonation et Supernova Invest, demeurent également présents.

Cette levée ne constitue pas un changement de cap stratégique. Elle s’inscrit au contraire dans la trajectoire évoquée depuis plusieurs mois par Maud Vinet, cofondatrice et directrice générale de Quobly. Dès novembre 2025, la dirigeante indiquait sur le plateau de FW.MEDIA préparer une opération de financement de l’ordre de 100 millions d’euros destinée à soutenir l’industrialisation de la technologie et son déploiement commercial. Le montant finalement obtenu est même supérieur aux objectifs initialement évoqués.

L’enjeu pour Quobly n’est plus aujourd’hui de démontrer la faisabilité scientifique de son approche. Depuis sa création en 2022, l’entreprise a concentré ses efforts sur le développement de qubits sur silicium compatibles avec les procédés industriels utilisés par l’industrie des semi-conducteurs. Après une phase d’amorçage totalisant près de 40 millions d’euros entre 2023 et 2025, la société estime avoir validé les principaux verrous technologiques nécessaires à la fabrication de ses processeurs quantiques.

La nouvelle étape consiste désormais à transformer cette avancée scientifique en capacité industrielle.

En France, Quobly évolue aux côtés d’Alice & Bob (qui vient également de lever 100 millions d’euros) et de Pasqal (qui bénéficie d’un financement de 340 millions d’euros), trois entreprises qui incarnent des approches technologiques distinctes du calcul quantique. Là où Alice & Bob mise sur des qubits supraconducteurs et Pasqal sur les atomes neutres, Quobly développe des qubits silicium conçus pour être produits à partir des procédés industriels déjà utilisés par l’industrie des semi-conducteurs. À l’échelle internationale, cette stratégie rapproche davantage l’entreprise grenobloise d’acteurs comme Quantum Motion, Diraq ou Silicon Quantum Computing, qui cherchent eux aussi à tirer parti des infrastructures de fabrication existantes pour résoudre l’un des principaux défis du secteur : le passage à l’échelle industrielle.

Cette stratégie explique la présence croissante d’acteurs industriels au capital de l’entreprise. Au-delà de leur rôle financier, STMicroelectronics, Air Liquide, Soitec ou encore Orano participent à la construction d’une chaîne de valeur destinée à résoudre les défis de fabrication, de contrôle des procédés, de cryogénie et de montée en échelle qui conditionneront l’avenir du calcul quantique.

L’objectif affiché est désormais de commercialiser un premier ordinateur quantique accessible en cloud d’ici la fin de l’année 2026 sous la marque Alloy. Baptisé Alloy Pioneer, ce système vise les utilisateurs du calcul haute performance et de la recherche scientifique avant un déploiement plus large dans les infrastructures HPC à partir de 2027.

Au-delà du financement, cette opération traduit également l’évolution du calcul quantique européen. Pendant plusieurs années, les investissements ont principalement porté sur la recherche fondamentale et la validation des architectures technologiques. Le sujet devient désormais industriel. Les questions de rendement de fabrication, de standardisation, d’intégration dans les centres de calcul et de capacité à produire à grande échelle prennent progressivement le pas sur les seules performances scientifiques.

Dans cette perspective, la levée de Quobly apparaît comme un signal important. L’entreprise ne se positionne plus seulement comme un développeur de technologies quantiques, mais comme un acteur cherchant à fédérer autour de lui un écosystème industriel complet et de conserver un rôle central dans la construction d’une filière européenne du calcul quantique.

Pour les pouvoirs publics notamment BPIfrance comme pour les industriels impliqués dans l’opération, l’enjeu dépasse désormais le cadre d’une startup. Il s’agit de faire émerger une capacité européenne de conception et de production dans un domaine considéré comme stratégique pour les futures infrastructures de calcul, de cybersécurité et d’intelligence artificielle.

Avec plus de 100 collaborateurs, des implantations à Grenoble, Singapour et au Canada, ainsi que des partenariats industriels de premier plan, Quobly dispose désormais des moyens financiers nécessaires pour tenter de franchir l’étape la plus difficile pour toute entreprise deeptech : transformer une promesse technologique en produit industriel commercialisable à grande échelle.

Suivez nous:
Bouton retour en haut de la page