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[Tribune] Quelques questions que devrait soulever l’IPO de Facebook par Frédéric Montagnon

Ce vendredi, au moment de son introduction en bourse, Facebook vaudra au moins autant que Saint Gobain (15,6 mrds €), Vinci (18,6 mrds €), Veolia (5,1 mrds €), Alstom (6,9 mrds €), Lafarge (8 mrds €), Michelin (9,2 mrds €) et Essilor (14,5 mrds €) réunis.

Ces sociétés sont toutes leader mondial dans leur secteur et font parti de l’indice CAC 40. Ensemble, ces sociétés emploient plus d’un million de personnes dans le monde. La plupart ont plus de 100 ans, et sont des symboles importants de l’innovation et de la réussite économique en France.

Facebook emploie 3400 personnes…

Dans l’étude que réalise chaque année Accenture sur la valeur des marques, Facebook occupe la 35ème position mondiale en 2011, devant Disney ou L’Oréal. Voilà précisément donc ce que Facebook, en 8 ans, a créé aux yeux du marché.

Le monde change, les modèles changent.

Sans rentrer dans le débat qui oppose ceux qui défendent la valorisation de Facebook à ceux qui pensent que nous vivons une période de bulle, il y a, au moment de cette IPO, quelques réflexions qui me viennent à l’esprit:

– La création de valeur, fondée sur l’immatériel, est peut être extrêmement rapide mais n’en reste pas moins bien réelle. Les chiffres de Facebook le démontrent parfaitement.

– La vitesse à laquelle se créent les nouveaux marchés est telle que les lois semblent inadaptées pour garantir un certain équilibre dans la création de valeur. Les états n’ont pas, pour le moment, mis en place ce qu’il faut pour encadrer l’évolution de ces nouveaux marchés.  De ce fait, des monopoles se mettent rapidement en place, et la valeur se concentre énormément autour des rares sociétés qui comprennent bien ces mouvements. Microsoft, Apple, Google, bientôt Facebook. Toutes abusent, et c’est bien normal d’un point de vue économique, de positions dominantes.

– Les informations que Facebook collecte sur chacun de ses utilisateurs est à l’origine de la valorisation de la société. Facebook a probablement la plus belle base de données au monde. Une bonne partie de la valeur qui va être créée via Internet dans les années qui viennent va l’être grâce au traitement de données. Cela devrait inspirer les entrepreneurs. On voit peu de projet s’intéresser à la manière de créer de la valeur en traitant de la donnée.

– Le marché est mondial. Seuls ceux qui visent une couverture géographique importante, voire globale, peuvent imaginer créer une activité pérenne. En effet, la nécessité d’innovations est telle qu’un petit marché ne suffit pas à financer les coûts que cela implique.

– Les modèles de développement des sociétés ont considérablement évolués ces dernières années, que ce soit sur les méthodes de financement comme sur le plan de l’organisation de la croissance. Le cadre même du travail en entreprise est totalement différent dans une entreprise comme Facebook de ce que l’on connait en France : le temps passé, la rémunération, l’intéressement, le management. Il y a là une réflexion à avoir sur la législation qui encadre le travail en France, car il n’est pas évident qu’une entreprise comme Facebook ait pu connaitre cette croissance en étant située en France.

Cette introduction en bourse est à la fois une excellente nouvelle pour tous les acteurs du digital, car elle met en lumière la valeur créée par cette industrie. C’est aussi l’occasion de repeter qu’il existe une fuite de valeur très importante pour un pays comme la France, puisque le business réalisé par des entreprises américaines en France n’est pas assorti de la création d’emplois et de compétences sur notre territoire.

Puisque le changement, c’est maintenant, qu’on se le dise: il n’y a pas de fatalité et tout est possible lorsque la volonté de changer le monde est là :)

 

Frédéric Montagnon

Directeur de la strategie d’Ebuzzing

Co-fondateur d’OverBlog, Nomao et Ebuzzing.

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5 thoughts on “[Tribune] Quelques questions que devrait soulever l’IPO de Facebook par Frédéric Montagnon”

  1. Contrairement au  commentaire de ComprendsPas qu’on ne comprends effectivement pas, je trouve que vous mettez le doigt sur de vraies problématiques.

    Je suis un entrepreneur français, ayant principalement vécu à Paris, convaincu et fier d’un projet dans l’ambition est de changer un peu le monde par un modèle économique disruptif et incitatif et j’aimerais ne pas avoir de doute quant au choix du pays pour l’implantation de la structure et de l’équipe de direction.

    Comme on vous le conseil , il est à priori plus facile de se lancer depuis un endroit familier… 
    Premier problème, dans notre cas, celui de la vente de Digital Goods, en Europe mieux vaux que la structure soit Luxembourgeoise pour ne pas perdre bêtement la différence de TVA qui s’appliquera encore jusqu’en 2015.

    Après viennent les questions de cadres de travail et de l’esprit entrepreneurial des ceux qui vont constituer votre équipe…
    Je pense que c’est principalement cette raison pour laquelle les start up de français les plus dynamiques sont aujourd’hui essentiellement basées à New York.
    Aujourd’hui le sentiment que donne le climat français, c’est qu’on y parle beaucoup de changer le monde, mais qu’on continu malheureusement de ne pas prendre de risque.

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