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La télésurveillance : « the next big thing »​ de la télémédecine

Par Isabelle Cambreleng, directrice Expérience Client Digitale et Communication chez BewellConnect

Vous avez entendu parler de téléconsultation. Rentrée dans le droit commun, elle est remboursée par l’Assurance Maladie depuis le 15 septembre 2018 si elle se déroule dans le respect du parcours de soins coordonnés (retenez : « si vous téléconsultez avec votre médecin traitant» – c’est plus simple même si la réalité est un peu plus compliqué que cela). Elle va permettre de répondre en partie aux problèmes majeurs de démographie médicale auxquels nous devons faire face et aux attentes de souplesse et de simplification du parcours de santé du grand public.

Mais avez-vous entendu parler de la télésurveillance? Et pourtant c’est pour moi à n’en pas douter le prochain Big Bang qui fera faire un vrai bond qualitatif à notre système de santé tout en bénéficiant très directement aux patients pour leur qualité de vie et leur suivi médical.

Commençons par le commencement. Vous n’avez pas pu échapper au bracelet d’activité connecté il y a quelques années pour suivre vos pas, calculer votre distance de jogging et c’est maintenant votre montre qui fait le job. On parle de Quantified Self, d’automesure pour le grand public sur des problématiques de bien-être (activité, sports, sommeil …) qui ont un effet positif en terme de prévention primaire et d’automesure santé pour les personnes à facteurs de risque ou patients suivant leur maladie. Dans ce cas, il s’agit de dispositifs médicaux connectés (tensiomètre, oxymètre, glucomètre…) certifiés par les hautes autorités répondant à des normes strictes indispensables à la prévention secondaire et tertiaire.

Télésurveillance : de quoi parle-t-on exactement ?

La télésurveillance est un des 5 actes de télémédecine définis dans son décret de 2010 par la loi de 2009 Hôpitaux Patients Santé et Territoires, dite loi Bachelot. La télésurveillance permet à un professionnel de santé d’interpréter à distance des données recueillies sur le lieu de vie du patient. Les constantes vitales sont captées par des dispositifs médicaux connectés et remontent de façon sécurisée vers le médecin qui les réceptionne sur une plateforme de suivi partagé avec toute l’équipe de soin. Les dispositifs de télésurveillance peuvent être plus ou moins sophistiqués (système de tri grâce à l’intelligence artificiellle, alerting et visualisation dynamique des résultats, programmes personnalisés par patient, interopérabilité avec d’autres bases de données sur le patient …). Pour encore plus d’efficacité, on peut y coupler de la téléconsultation pour des consultations à distance de contrôle qui évitent les déplacements inutiles des malades vers l’hôpital.

La télésurveillance est déployée depuis 2014 à titre expérimental dans le cadre d’un programme national baptisé ETAPES (Expérimentations de Télémédecine pour l’Amélioration des Parcours en Santé). Reconduit l’année dernière pour une durée de 4 ans sur tout le territoire, ce programme vise à  » définir un cadre juridique dans lequel elles peuvent évoluer et de fixer une tarification préfiguratrice des actes permettant aux professionnels de santé de développer des projets cohérents et pertinents, en réponse aux besoins de santé et à l’offre de soins régionale » (fermé le chapître). Un chantier d’évaluation des dispositifs médicaux connectés (hard et soft) a été lancé par la Haute Autorité de Santé laquelle a d’ailleurs publié un guide à l’intention des industriels qui sollicitent leur remboursement. C’est une forme de régulation indispensable pour y voir clair sur le marché de ces dispositifs qui sont la brique de base de la télésurveillance. Sans qualité de la donnée captée, pas de monitoring à distance efficient !

Le home care au cœur du sujet

De nombreux cas d’usage sont possibles :

  • Retour à domicile après une hospitalisation pour suivre le patient. Pour exemple ci-dessous, le cas des patients greffés rénaux au CHU de Nantes. Elle permet également de favoriser le virage ambulatoire dont l’objectif est fixé pour la chirurgie à 70% à horizon 2022. Elle permet le retour rapide du patient à domicile privilégiant son confort de vie.

  • Suivi des malades chroniques (ALD) pour détecter les facteurs prédictifs précoces et les incidents annonciateurs de l’aggravation de la maladie, mieux prendre en charge rapidement les situations à risque et éviter ainsi les ré-hospitalisations mais aussi pour ajuster les traitements au fil du temps…
  • Suivi à domicile des seniors souvent polypathologiques. La télésurveillance favorise le maintien à domicile le plus longtemps possible leur permettant de continuer à vivre dans leur environnement en étant accompagné de façon personnalisée.

Des expérimentations aux preuves scientifiques

Ces dernières années, les nombreuses expérimentations ont permis de bâtir un terrain de preuves scientifiques solides démontrant toute la valeur ajoutée de la télésurveillance.

  •  Sur le suivi de l’insuffisance cardiaque avec le projet Cardiauvergne – projet coordonné par l’ARS de Clermont-Ferrand pour renforcer la coordination des soins, la surveillance et l’éducation de 2000 patients insuffisants cardiaques. Les patients sont équipés d’un pèse-personne connecté pour mesurer leur poids tous les jours. La prise de poids permet de renseigner sur la décompensation (une prise de poids importante en 48h est signe que l’eau entre dans les poumons) et d’anticiper les éventuelles complications. Les résultats sont automatiquement consignés dans le dossier patient et transmis vers une plateforme médicale qui réagit en fonction de la gravité de l’alerte et adapte le traitement à distance. Une expérimentation qui a permis de réduire le taux de réhospitalisation annuel de 13,8% à 21%, le passage aux urgences 3/10 à 6/10 et de diminuer de moitié la mortalité à 6 mois de 5,8% à 16,9% et les coûts par patient de 4500€/an. Une étude apportant le même type de résultat a été conduit en 2017/2018 par des chercheurs allemands du centre Charité de Berlin.
  • Une étude clinique récente de suivi de patients en rémission d’un cancer démontre à deux ans une survie significativement meilleure. Une équipe française vient de démontrer l’impact déterminant du patient dans la surveillance de la rechute du cancer du poumon. Etudes récemment mises en valeur dans un article publié par Pierre Simon.

Des économies impressionnantes à la clé

Regardons du côté des coûts. La télésurveillance permet de réduire massivement les coûts de santé. C’est la forme de télémédecine la plus prometteuse. Ce n’est pas moi qui le dit (même si j’en suis convaincue), c’est la Cour des Comptes dans son rapport annuel de la Sécurité Sociale en septembre 2017.

De son côté, la société IQVIA a publié en décembre dernier les résultats d’une étude inédite pour l’association des Laboratoires japonais présents en France (LaJaPF) avec le soutien du LEEM (organisation professionnelle des entreprises du médicament). Au coeur du sujet : la prise en charge par la télémédecine de trois pathologies chroniques: l’hypertension artérielle (HTA), le cancer de la prostate et le diabète de type 2 qui permettrait de réaliser pas moins de 356 M€ d’économies par an.

La médecine du XXIème siècle sera prédictive, préventive, participative et personnalisée. Vous l’avez lu à de nombreuses reprises. La télésurveillance y contribuera très largement!

Cette forme de médecine à distance ne remplace pas le médecin. Au contraire, elle rapproche le patient du médecin. Elle fournit au professionnel de santé des données riches et fiables l’aidant dans sa prise de décision et améliorant la prise en charge et le suivi des patients. Si elle ne se substitue pas aux consultations présentielles, elle permet d’en réduire le nombre pour se concentrer sur celles qui sont indispensables en évitant les déplacements longs et couteux mais aussi privilégiant le confort de vie des patients tout en faisant des économies substantielles.

Près de 10 ans pour ouvrir au plus grand nombre la téléconsultation … 8 ans pour tester la télésurveillance (RV en 2022) …

Le temps est infiniment long en e-santé. Trop long. Je ne sous-estime pas l’importance des sujets sur lesquels s’opère cette transformation. On parle de la santé et de la vie de chacun et d’expertise médicale. J’en ai parfaitement conscience. Mais quand on mesure les progrès apportés et les enjeux économiques, on ne peut pas éluder la question de l’agilité et la nécessité de mieux travailler la coopération industriels, professionnels de santé et autorités médicales en faisant bouger les cadres de référence pour accélérer sur ces sujets.

C’est le nouvel élan que je perçois dans la feuille de route numérique santé portée par Dominique Pon qui vient d’être nommé délégué ministériel du numérique en santé.

Just wait and see !

PS : Petit clin d’oeil appuyé de remerciement à François Teboul qui m’a accompagnée dans mon immersion télémédecine il y a près de 3 ans …

La contributrice:

isabelle-cambreleng

Après avoir été directrice Expérience Client Digitale et Communication au Groupe La Poste, Isabelle Cambreleng est depuis 2017 Directrice Marketing Communication Digital / accompagnement de la transformation clients et collaborateurs / e-santé chez BewellConnect / Visiomed Group.

contributeur

Les contributeurs sont des auteurs indépendants de la Rédaction de FrenchWeb. Leurs propos et positions leurs sont personnels.

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