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Nicolas Siegler (Maif VS Morning): «Nous avons découvert qu’il avait consommé la trésorerie beaucoup plus vite que prévu»

Un an après la levée de fonds des Toulousains de Morning (ex Payname), il y a de l'eau dans le gaz entre la start-up et son investisseur principal. L'assureur généraliste, qui avait investit 4 millions d'euros en octobre 2015 pour devenir actionnaire à hauteur de 38% via son fonds «Maif Avenir», ne compte pas poursuivre cette aventure Fintech.

Au vue d'une trésorerie négative, l'ACPR, l'autorité de régulation, a suspendu début décembre les activités de Payname. Pour rappel, la start-up aurait aussi prélevé 500 000 euros bloqués sur le compte de cantonnement. Or, cette somme provient des dépôts des clients de la société. Ce montant a ensuite été versé comme caution à Mastercard, avec lequel Morning doit émettre des cartes bancaires en partenariat. Ce versement à une entreprise tiers, qui doit servir des intérêts ou lancer une nouvelle activité, est strictement interdite par l'autorité de régulation. 

A l'origine, Morning se positionnait sur le paiement de services entre particuliers, directement déclarés à l'Urssaf. «Un mix entre eBay et PayPal, mais pour les services entre particuliers», résumait à FrenchWeb le fondateur, Eric Charpentier. Mais à l'été dernier, elle opérait un pivot pour devenir une banque en ligne capable d'offrir diverses services financiers, à l'image de l'Allemand N26.

Pour mettre fin au bras de fer entre l'actionnaire et le fondateur, une assemblée générale extraordinaire est prévue ce vendredi. Le Conseil régional est également mobilisé. Dans l'intervalle, la Maif réplique au fondateur. Nicolas Siegler, administrateur et directeur général adjoint Maif, donne ses raisons sur l'échec de la collaboration. 

 

FrenchWeb: Quelles étaient les raisons intitales qui ont conduit La Maif a investir dans Payname, devenue Morning?

Nicolas Siegler, directeur général adjoint Maif: Nous avons à l'époque investi un montant significatif dans Morning. Ce qui nous avait intéressé, c’était le service de cagnotte et de paiement en peer-to-peer que la société appelait cobanking. Maif voulait alors investir dans l’économie collaborative et nous étions très enthousiastes.

Un peu plus tard, fin 2015, la société a pivoté parce que ce modèle du cobanking n’était pas rémunérateur. L'objectif était alors qu'elle trouve rapidement un modèle qui lui permette de gagner de l'argent. Le pivot n'excluait pas la possibilité de poursuivre les activités qui nous intéressaient à l'origine. En effet, le peer-to-peer et la cagnotte pouvaient tout à fait cohabiter avec le service de carte bancaire proposé. Nous étions d'accord avec le fait que d'autres services parallèles étaient possibles.

Mais à partir du mois d'avril 2016, nous avons commencé à avoir des discussions stratégiques. Contrairement à Eric Charpentier, qui voulait se focaliser sur la cible B2C et la carte bancaire, nous voulions constituer un équilibre entre B2B et B2C dans son portefeuille. 

L'accord de Mastercard pour distribuer des cartes bancaires n'était donc pas pour Maif une bonne nouvelle?

N.S: Obtenir l'agrément de Mastercard est un process long. Or, le projet en B2B n'était pas mal exécuté, mais il fallait se rendre à l'évidence; il n'avait pas bougé depuis son lancement. A côté de cela, l'environnement du B2C n'a pas été suffisamment été pris en compte. Réaliser un tel projet bancaire vers le B2C est très consommateur en cash. Nous lui avons alors rappelé ce que nous avions déjà exprimé au moment de la levée de fonds: «attention, nous investissons beaucoup au départ, mais nous poursuivrons l'aventure seulement si nous sommes accompagnés par un autre investisseur».

Chaque carte bancaire coûte de l'argent, entre 10 et 20 euros, et cela ne rapporte qu'une fraction très faible sur les frais de services. Sur le B2C, l'équilibre économique est très précaire.  

Etiez-vous au courant des problèmes de trésorerie rencontrés par Morning?

N.S : Nous avons découvert progressivement, avec les autres actionnaires, les problèmes qui arrivaient au fil de l'eau. Avant l'été 2016, nous avons compris que la rentrée allait être difficile. Nous nous préparions alors à être sollicités pour une rallonge d'1 million, peut-être finalement 3… ou 4 millions supplémentaires. C'est à ce moment là que nous avons découvert qu'il (le fondateur ndlr) avait consommé la trésorerie beaucoup plus vite que prévu.

Cela s'explique selon moi par les dépenses de recrutement (la société compte 48 salariés ndlr), un fort décalage dans la gestion, et des projets en marge qui ont certainement distrait de l'objectif premier. Je pense notamment au projet immobilier qui n'a pas lieu d'être avec un projet bancaire. 

Quel est l'avenir pour Morning?

N.S: Nous sommes extrêmement mobilisés pour trouver des solutions. Evidemment, le sort des 50 salariés et celui des clients nous préoccupe. Nous restons aussi mobilisés pour trouver des investisseurs. Quelques banquiers se sont montrés intéressés, mais les propos très critiques d'Eric Charpentier à leur égard dans la presse ne nous ont pas aidé. Alors qu'il revendique son droit à l'indépendance et son droit à grandir sans une banque, certaines de nos pistes ont décidé de ne pas donner suite. Nous espérons que nous trouverons d'autres investisseurs, mais le discours actuel d'Eric Charpentier ne nous aide pas. Notre marge de manoeuvre est étroite. 

A-t-il tort de vouloir grandir seul, sans s'associer avec une banque traditionnelle, à l'image de l'Allemand N26 qui séduit le marché français?

N.S: Bien sûr, tout le monde serait content d'avoir un champion français, la Maif la première. Mais pour cela, il faut déjà avoir un business model qui fonctionne et un équilibre entre les coûts et les revenus. Je crois aussi beaucoup aux synergies avec le modèle de la néobanque. Il n'est pas interdit de l'adosser à un acteur industriel. A la Maif, nous ne faisons pas de bancaire. Si c'est un «N26 européen» qu'il faut bâtir, nous serons donc quoi qu'il arrive minoritaires.

Quels sont désormais les scénarios probables pour Morning?

N.S: Il n'y en a que deux: soit Morning dispose d'une solution à présenter à l'ACPR qui laisse penser à l'Autorité que l'activité peut continuer. En d'autres termes que Morning a trouvé un investisseur pour la renflouer. Dans le cas contraire, sans projet ni investisseur, l'activité cessera. 

 

Lire aussi: 

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Jeanne Dussueil

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4 commentaires

  1. Si la MAIF savait faire des projets innovants et monter des start-ups, ils n’investiraient pas car ils les créeraient directement !

    @ La MAIF laissez les fondateurs gérer leur boîte ça vous évitera de faire couler des boîtes inutilement …

  2. « Si c’est un «N26 européen» qu’il faut bâtir, nous serons donc quoi qu’il arrive minoritaires ». N26 est déjà un N26 européen.

  3. Un dirigeant de PME qui crache sur un investisseur qui en 2015 lui a mis 5 millions d’euros déja dépensés,faut revenir sur terre.Et utiliser l’argent des clients pour financer son développement ,c’est frauduleux car cet argent est légalement intouchable.

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