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Pourquoi, à 25 ans, j’ai quitté un CDI chez Google pour monter mon entreprise: datashake

Par Rémy Bendayan, CEO et co-fondateur de datashake

Il est 17:00 à Paris, l’air est frais, et je me remémore alors mes années chez Google. Je me souviendrai toujours de mon premier jour durant lequel tout le monde portait la fameuse casquette multicolore avec hélice. Embauché au siège européen à Dublin, j’accompagnais les entreprises françaises dans leur stratégie digitale. Dès mon entrée dans les locaux, le ton était donné : bureaux colorés, tables de ping pong et de billard, consoles de jeux, salle de gym, nourriture en libre service, coiffeur et même dentiste sur place.

Il vous faut imaginer des bureaux immenses où les chiens sont autorisés et où les employés (dont la moyenne d’âge est inférieure à 30 ans) sont tous en tenue décontractée. Avant même d’y entrer, je m’imaginais des lieux extravagants, et je n’ai pas été déçu. Le “well-being” (le fait de se sentir bien au bureau) est un élément au coeur du management : tout est fait pour que l’employé soit heureux au travail… et ça marche !

En plus des conditions de travail parmi les meilleures au monde, Google n’est pas seulement synonyme de salaires confortables et de nourriture gratuite. L’entreprise aide aussi ses employés sur des problématiques plus profondes telles que l’amélioration des compétences personnelles ou le plan de carrière. Par exemple, “l’école Google” et ses formations m’ont appris en marketing digital, en organisation, en travail d’équipe et en management. Indéniablement, cela m’a permis d’être mieux armé pour la suite.

Autre exemple : le “20% project”. Il s’agit du fait que l’employé peut allouer 20% de son temps de travail à un projet annexe à son job principal, s’il le souhaite. Cela lui permet d’avoir la liberté d’explorer d’autres équipes et d’autres missions en interne. C’est comme cela que j’ai eu la possibilité de conseiller des start-up irlandaises sur leur stratégie de croissance. Il y a également un suivi structuré de l’employé pour s’assurer qu’il soit épanoui dans son travail et qu’il obtienne des feed-backs réguliers de ses managers. Enfin, la mobilité interne est aussi un atout de Google : après 2 ans et demi, j’ai eu l’opportunité de changer de poste pour travailler au bureau de Paris.

“Aurais-je la même chose en tant qu’entrepreneur?”

Au bout de 4 ans dans l’entreprise, je n’avais aucune raison de partir. Mais depuis plusieurs années, l’idée de monter ma boîte me trottait dans la tête… Puis vint le jour où, lors d’un déjeuner avec mon ami et collègue Anthony, je lui partageais mes rêves d’entrepreneuriat. On était convaincus que les entreprises d’aujourd’hui n’exploitent pas assez les données et canaux marketing à leur disposition, et notre expérience pouvait leur être utile. On a d’abord envisagé de créer une entreprise ensemble mais quitter Google semblait déraisonné.

La phase de réflexion a alors démarré, nourrie par des conversations avec des entrepreneurs, des collègues et des amis. Notre cœur balançait entre la liberté de l’entrepreneuriat ou le confort d’un grand groupe; les nuits blanches et l’excitation ou les croissants chauds des petits-déjeuners chez Google et la hiérarchie. Ensuite, chaque petit détail plaisant de tous les jours devenait sujet à un questionnement du type “aurais-je la même chose en tant qu’entrepreneur?”.

On semblait y perdre au change et la réflexion se transformait progressivement en sport cérébral. Le salariat présente une certaine stabilité et une sécurité financière. Sans la structure d’une entreprise, il est plus difficile de se motiver chaque matin, de mettre en place une stratégie de croissance, de prioriser ses journées… Aussi, en quittant Google, il fallait aussi dire au revoir aux outils et process qui rendaient la vie plus simple. Il était compliqué de se projeter dans un autre environnement de travail quand le nôtre pouvait être caricaturé par une cage dorée.

Malgré tout, nous savions que créer une start-up pouvait nous apporter un accomplissement personnel différent de l’épanouissement en entreprise. Ce que je recherchais, c’était plus de créativité et un sentiment de complétude. En entreprise, la créativité est souvent limitée du fait de la structure établie; les règles du jeu sont écrites à l’avance. Lors d’un déjeuner avec un entrepreneur qui voulait me convaincre de me lancer, j’entendis cette phrase : “et après ?”. En effet, je lui racontais mon parcours chez Google et mes projets de carrière en interne pour les prochaines années. Puis, après 4-5 minutes de récit bien ficelé, il me répondit “et après ?”. Je ne savais pas quoi répondre, et ce fut un véritable tournant pour moi. C’est ainsi que j’ai pris conscience du manque de finalité dans mon plan de carrière en entreprise. J’ai eu besoin qu’on me fasse me poser les bonnes questions pour me demander “à quoi bon ?”.

Le seul fait de pouvoir créer une entité et d’en être responsable me faisait pencher vers l’entrepreneuriat. Progressivement, on se rendait compte que la création d’entreprise était une aventure unique en soi, et qu’il ne fallait pas passer à côté de l’opportunité qui se présentait à nous. Après plusieurs semaines de réflexion, nous avons finalement décidé de sauter le pas, de quitter Google et de miser sur la liberté et l’autonomie de l’entrepreneuriat. Voilà notre entreprise d’accompagnement sur le marketing digital & data créée : datashake.

L’effort fourni en start-up, beaucoup plus important que chez Google

Avec du recul, il faut dire que la vie entrepreneuriale n’est pas aussi rose qu’elle puisse paraître : il faut gérer les lourdeurs administratives, bancaires, la complexité du recrutement ou encore des contrats. Toutes ces tâches autrefois gérées par d’autres employés nous rajoutent du temps de travail aujourd’hui. Cette épreuve de vie est aussi difficile à cause des prises de décisions quotidiennes. Par exemple, nous avons eu beaucoup de doutes lors de la définition de l’offre et la proposition de services complémentaires à ce que l’on faisait. Fallait-il proposer à nos futurs clients de la publicité en programmatique ou devions-nous nous concentrer sur le domaine où nous sommes spécialistes (la publicité achetée en direct)? Nous avons choisi la deuxième option mais c’est le genre de décision compliquée qui impacte toute la stratégie de l’entreprise à court-moyen terme.

Je me suis aussi rendu compte que l’effort fourni en start-up est beaucoup plus important que chez Google. Monter sa start-up est un combat quotidien, et c’est parfois éprouvant. L’exemple le plus frappant est celui des ouvertures d’e-mails. Chez Google, mon adresse @google.com ouvrait très facilement les portes de mes interlocuteurs, même pour des réponses négatives. Aujourd’hui, notre nom de marque n’étant pas encore enraciné sur le marché, le taux d’ouverture de mes e-mails a chuté, ce qui, par ricochets, fait également chuter mon moral. En général, cette combativité n’est pas stimulée dans une entreprise de plusieurs milliers d’employés où tout est cadré, et c’est une valeur essentielle d’une start-up qui réussit.

Mais s’il est courant de dire que le taux d’échec d’une start-up avoisine les 70% à 5 ans, ce chiffre ne parle pas de l’apprentissage que l’expérience de l’entrepreneuriat permet. En effet, la difficulté de la création d’entreprise et ses incertitudes quotidiennes forgent une grande capacité d’adaptation. Aussi, les responsabilités, la liberté et l’autonomie que permet l’entrepreneuriat sont parfois compliquées à obtenir en entreprise. Chez datashake, nous nous sentons libres de mener la stratégie qui nous semble la plus judicieuse, et organisons notre travail comme nous le voulons. Personne ne nous impose des normes sur notre manière de collaborer, tant que le service que nous proposons est le meilleur.

Grâce à cet épisode, j’ai compris que la volonté de créer sa start-up ne doit pas être freinée par d’excellentes conditions de travail ou de belles perspectives de carrière en entreprise. Si vous avez toujours eu en tête de créer votre structure à un moment donné, les avantages que votre entreprise propose ne seront pas un obstacle. De plus, l’expérience en entreprise est aussi un bon préambule à l’entrepreneuriat : vous ré-utiliserez les méthodes et compétences que vous avez acquises.

Aujourd’hui, datashake compte déjà plus de 15 clients et l’équipe cherche à s’étoffer avec des Consultants en stratégie digitale en stage et CDI. Nous ne sommes qu’aux prémices d’une longue aventure et espérons que d’autres salariés en seront inspirés pour s’engager sur la même voie.

Le contributeur:

À 25 ans, Rémy Bendayan a quitté son CDI chez Google pour se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Avec un ami et collègue, ils ont créé une structure de conseil en marketing digital & data : datashake.

 

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Les contributeurs sont des auteurs indépendants de la Rédaction de FrenchWeb. Leurs propos et positions leurs sont personnels.

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2 commentaires

  1. Pour moi votre témoignage illustre deux choses : la première c’est que, finalement, les super conditions de travail que vous décrivez ne le sont pas tant que ca. On reste dans les codes des grandes structures, avec des règles (certes sans doute un peu plus souples), des contraintes et, plus important, un manque de sens important. En vérité, passé l’effet de première impression, bosser dans un canapé à coté d’un flipper n’est pas une garantie pour se sentir heureux au travail.

    La seconde, c’est le manque évident de vision réaliste des « conditions de travail » du fondateur (ou des fondateurs) d’une entreprise. Oui, créer une entreprise c’est du travail, de la paperasse, des contraintes, des normes, de l’humain à gérer, de l’énergie à déployer, des négociations, des nuits blanches, du stress, … le tout saupoudré d’une dose de liberté :) Et ce n’est pas parce que dans sa start-up on aura mis un canapé et un billard que toutes ces choses là vont disparaitre.

    Merci la sincérité de votre récit !

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