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Scandale Wirecard: l’ex-PDG s’expliquera-t-il enfin devant les députés allemands?

AFP

L’ancien patron de Wirecard s’expliquera-t-il enfin sur la faillite retentissante du prestataire de paiements en ligne? Markus Braun en a l’occasion jeudi lors d’un témoignage devant les députés allemands qui espèrent des éclaircissements sur ce scandale financier. C’est la première fois que cet ancien entrepreneur vedette va prendre la parole depuis la révélation, avant l’été, de la gigantesque fraude dont les responsables de Wirecard sont accusés.

Placé en détention provisoire à la prison bavaroise d’Augsbourg en juillet, l’Autrichien de 51 ans va être entendu au Bundestag lors d’une audition publique. Le grand absent sera son associé Jan Marsalek, ancien responsable des opérations de la société. Soupçonné d’être au coeur des malversations chez Wirecard, il est en fuite depuis des mois, et introuvable. « Aux côtés de Jan Marsalek, Markus Braun est probablement le principal responsable de la fraude chez Wirecard qui peut tout éclaircir », déclare à l’AFP Frank Schäffler, député du parti libéral et membre de la Commission d’enquête qui a convoqué l’ex-PDG à Berlin.

Une ascension fulgurante

L’ascension fulgurante du spécialiste des paiements en ligne a longtemps été mise au crédit de ce patron charismatique qui l’a créé en 1999 et possédait 7% du capital. La société valait davantage en Bourse que Deutsche Bank lorsqu’elle a fait son entrée triomphale en 2018 dans l’indice Dax à Francfort. Malgré des doutes relayés par des analystes et la presse sur un modèle opaque, M. Braun convainc en louant l’avance technologique de sa société sur le créneau porteur des paiements dématérialisés.

Le ciel se couvre en 2019, quand le Financial Times (FT) publie une série d’articles accusant Wirecard de fraude massive en Asie ou dans le Golfe, où la société opère avec des tiers. La contre-offensive de M. Braun pour freiner l’hémorragie rampante du titre en Bourse recevra l’aide inespérée du superviseur financier allemand, la Bafin, qui portera plainte contre le journaliste du FT, Dan Mcrum, soupçonné d’agir de concert avec des fonds spéculatifs. Mais le fiasco se profile quand le cabinet d’audit KPMG signale l’absence de documents essentiels, non fournis par l’entreprise.

Dette en milliards 

Après plusieurs reports de la présentation des comptes 2019, le couperet tombe le 18 juin 2020: le groupe avoue qu’1,9 milliard d’euros d’actifs, soit un quart de la taille du bilan, n’existent pas en réalité. Le titre va perdre environ 98% de sa valeur au fur et à mesures des révélations publiques qui vont s’accumuler sur ce scandale rappelant la faillite frauduleuse de la société Enron en 2001-2002 aux Etats-Unis. Endetté pour 3,2 milliards d’euros, Wirecard a été mis en liquidation fin août. Le scandale a tourné au roman d’espionnage lorsque des allégations sur les liens de Jan Marsalek avec divers services de renseignement ont circulé dans les médias.

Les créanciers, banquiers et investisseurs ne peuvent compter récupérer qu’une infime partie de la somme via une vente par appartements du groupe déchu. Le total des réclamations, qui inclut celles des actionnaires, atteint la somme record de 12 milliards d’euros. Cinq personnes seront auditionnées ce jeudi en plus de Markus Braun. Parmi elles, l’ancien chef comptable Stephan Freiherr von Erffa et le directeur d’une filiale de Wirecard basée à Dubaï, Oliver Bellenhaus, également en détention. La puissante commission d’enquête du Bundestag entend aussi passer au grill de ses questions des ténors du gouvernement, selon un calendrier qui reste à préciser.

Cela pourrait aller jusqu’à la chancelière Angela Merkel, qui avait plaidé la cause de la fintech bavaroise devant les autorités chinoises en septembre 2019, et le ministre des Finances, Olaf Scholz, candidat social-démocrate à la chancellerie en 2021 et qui a déjà confirmé avoir eu connaissance de soupçons de fraude dès février 2019. Le gouvernement a lui présenté début octobre un paquet de mesures visant à renforcer ses règles de surveillance comptable des entreprises et accroître les pouvoirs de la Bafin.

La rédaction

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