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Comment Airbnb veut détecter les utilisateurs dangereux

Après avoir accueilli un demi-milliard de personnes à travers le monde en onze ans d’existence, Airbnb estime qu’il est temps de détecter en amont les utilisateurs, qu’ils soient hôtes ou voyageurs, susceptibles de lui poser des problèmes. Il faut dire que la licorne américaine a été victime d’une mauvaise publicité ces derniers mois à cause d’utilisateurs malveillants organisant des fêtes qui dégénèrent dans des logements loués via la plateforme, avec parfois des conséquences dramatiques. En effet, une fusillade a éclaté l’an passé lors d’une soirée d’Halloween organisée dans une maison louée sur Airbnb près de San Francisco, provoquant la mort de cinq personnes.

Dans ce contexte, la plateforme américaine a décidé de réagir dans un premier temps en interdisant dès cette année les fêtes non-autorisées par les hôtes. Mais il ne s’agit apparemment que de la première brique d’une offensive plus vaste si l’on en croit les révélations du quotidien britannique Evening Standard. Selon ce dernier, Airbnb a développé une intelligence artificielle qui permet d’analyser l’activité en ligne des utilisateurs pour identifier ceux qui pourraient nuire aux autres hôtes ou voyageurs de la plateforme.

Les psychopathes dans le viseur 

Concrètement, l’algorithme développé par Airbnb s’intéresse à l’ensemble des traces laissées par l’utilisateur sur le Web, comme ses publications sur différents sites et son activité sur les réseaux sociaux, pour déterminer si sa personnalité constitue une menace ou non pour les autres. Une fois toutes les données combinées, l’algorithme établit un score de confiance et de compatibilité, aussi bien pour l’hôte que pour le voyageur, de manière à éviter les mauvaises rencontres. 

Si le logiciel détecte des traits de caractère comme le neuroticisme, le narcissisme, le machiavélisme ou la psychopathie, il estime que l’utilisateur en question n’est pas digne de confiance. Il en est de même si ce dernier est rattaché à de faux profils sur les réseaux sociaux, s’il donne de fausses informations en ligne ou s’il est associé à des images et des vidéos liées à l’alcool, la drogue et la prostitution. Si ce dispositif peut être bénéfique pour la sécurité des utilisateurs, il soulève cependant des questions quant au respect de leurs données personnelles, alors que Google et Facebook font régulièrement l’objet de critiques à ce sujet.

Une technologie rendue possible par l’acquisition de Trooly 

Cette technologie de vérification des antécédents a été révélée dans un brevet délivré par l’Office européen des brevets et publié aux États-Unis l’an passé. Sans commenter son utilisation, Airbnb a déclaré que ce brevet s’inscrivait dans la continuité de son travail après l’acquisition de la start-up californienne Trooly, spécialisée dans l’analyse de l’activité en ligne pour vérifier les antécédents des internautes. Cette société américaine, qui a levé 10 millions d’euros au total, a été rachetée par Airbnb en juin 2017. 

A défaut d’expliquer clairement les méthodes de filtrage qu’elle utilise dans le cadre de l’obtention de ce brevet, la plateforme de location entre particuliers assure sur son site qu’elle procède à l’évaluation des risques et à la vérification des antécédents pour chaque utilisateur. «Chaque réservation Airbnb non-confirmée se voit attribuer une note de risque. Nous utilisons cette note dans le cadre d’une analyse prédictive en apprentissage automatique. Des centaines de facteurs sont ainsi évalués, et nous permettent de détecter et d’étudier toute activité suspecte avant qu’elle n’ait lieu», explique Airbnb. 

La plateforme ajoute : «Aucun système de contrôle n’est parfait, mais nous vérifions si les hôtes et voyageurs du monde entier figurent sur les listes de surveillance pour des affaires réglementaires, pénales ou liées à des actes terroristes. Pour les hôtes et voyageurs qui résident aux États-Unis, nous effectuons également des vérifications de casier judiciaire.»

Rassurer les utilisateurs et les actionnaires avant l’entrée en Bourse 

En musclant son dispositif de vérification, Airbnb entend rassurer ses utilisateurs et redorer en partie son blason face aux multiples scandales auxquels la plateforme doit faire face dans le monde, tant au niveau de la réglementation qui n’est pas assez sévère pour nombre d’hôteliers et de municipalités, comme à Paris, que de la fiscalité, les revenus de la société en France étant par exemple perçus par sa filiale irlandaise pour payer moins d’impôts. 

Il est aussi question d’améliorer l’image de l’entreprise, évaluée à près de 35 milliards de dollars, auprès de ses actionnaires, alors qu’elle doit faire son entrée en Bourse à Wall Street cette année. A ce jour, Airbnb revendique plus de 7 millions de logements dans 100 000 villes à travers le monde. La plateforme ambitionne d’accueillir un milliard de voyageurs par an d’ici 2028.

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Maxence Fabrion

Journaliste chez FrenchWeb - DECODE.MEDIAPour communiquer sur FrenchWeb ou le Journal des RH, devenez partenaire, cliquez ici.

Un commentaire

  1. Non mais Au secours !
    Une société privée va utiliser mes traces internet pour décider si je suis un psychopathe ?
    Et ce sera une machine soi-disant intelligente qui va décider seule ?
    Et si j’ai un homonyme qui est mal noté, sa note déteindra sur moi ?
    Citoyens du monde, réveillons-nous et refusons ces pratiques de nature totalitaires et liberticides.
    Heureusement, le RGPD au niveau européen et la CNIL au niveau Français sont capables de s’opposer à cela.

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