GRANEET lève 7 millions d’euros pour faire de la facture électronique le point d’entrée de l’ERP de chantier
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Graneet annonce une levée de 7 millions d’euros pour accélérer son ERP destiné aux PME du bâtiment. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent être capables de recevoir des factures électroniques ; les PME devront, à leur tour, les émettre à partir de septembre 2027. La startup veut faire de cette contrainte réglementaire le point d’entrée d’un logiciel plus vaste de pilotage : achats, facturation, rentabilité, planning et opérations de chantier.
Une facture n’est jamais simplement une facture sur un chantier. Elle peut renvoyer à un devis modifié en cours de route, à une livraison à rapprocher d’une commande, à une situation de travaux, à une retenue de garantie ou au paiement d’un sous-traitant. Elle arrive souvent trop tard pour éviter la dérive qu’elle révèle.
C’est sur cette zone, où se rencontrent administration, travaux et trésorerie, que Graneet annonce une levée de 7 millions d’euros. Fondée en 2020 et implantée à Paris, l’entreprise propose un ERP aux PME du BTP et revendique près de 1 500 clients. L’opération doit financer de nouveaux modules, ainsi que le déploiement d’agents IA connectés aux données de gestion.
L’équipe fondatrice réunit Jean-Gabriel Niel, qui dirige l’entreprise, Enzo Dozias et Raphaël Moulin. Graneet a levé 2,4 millions d’euros en 2021, puis 8 millions d’euros en série A en 2023, avec le soutien de Point Nine et Foundamental, rejoints à cette occasion par Axeleo Capital et Raise Sherpas. Parmi les investisseurs individuels figurent notamment Nicolas Dessaigne et Jean-Christophe Taunay-Bucalo. L’annonce du nouveau financement de 7 millions d’euros ne précise toutefois pas l’identité des participants à cette opération.
La généralisation de la facturation électronique ne crée pas un besoin de logiciel dans le bâtiment, il existe déjà, depuis longtemps, sous la forme d’ERP historiques, de fichiers Excel, d’outils de chiffrage, de logiciels comptables et de solutions de suivi de chantier qui se parlent plus ou moins bien. Elle oblige en revanche chaque entreprise à choisir par quel système ses factures vont désormais circuler. Pour Graneet, cette obligation est l’occasion de devenir le point où ces données cessent d’être administratives pour redevenir opérationnelles.
La facture électronique, une obligation qui remonte toute la chaîne du chantier
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques. Les PME, TPE et microentreprises devront les émettre à compter du 1er septembre 2027. Le calendrier est connu, mais ses conséquences restent très concrètes pour les entreprises du bâtiment : une facture fournisseur ne peut plus être traitée comme un document isolé, puis transmis à la comptabilité à la fin du mois. Notre décryptage des entreprises en retard sur cette bascule rappelle notamment que dématérialiser une facture ne suffit pas à satisfaire le nouveau cadre réglementaire.
Le BTP ajoute ses propres complications, les factures de situation suivent l’avancement réel des travaux ; les travaux supplémentaires modifient le périmètre initial ; la retenue de garantie et l’auto-liquidation de TVA font partie du quotidien de nombreuses entreprises ; les sous-traitants introduisent d’autres flux et d’autres contrôles. Dans ce contexte, la conformité réglementaire ne se résume pas à choisir un portail de dématérialisation.
Graneet veut précisément relier la facture reçue au bon de commande, à la livraison, au budget du chantier et, à terme, à la marge réellement dégagée. C’est cette promesse qui distingue un outil de conformité d’un logiciel métier. La première répond à une obligation, quand le second doit aider le dirigeant à comprendre, avant la clôture du chantier, pourquoi son résultat s’éloigne du devis initial.
Pennylane pour la conformité, Graneet pour le flux métier
La société ne se présente pas comme une plateforme agréée à part entière, elle s’appuie sur Pennylane pour cette couche réglementaire et se positionne comme solution compatible : les factures sont reçues et transmises dans le cadre prévu par la réforme, puis intégrées aux processus de l’ERP. L’éditeur comptable entend lui-même tirer parti de la réforme pour élargir son contrôle sur les flux de gestion, une stratégie analysée lorsque Pennylane a levé 75 millions d’euros.
Ce partage des rôles est stratégique, la plateforme agréée porte l’infrastructure, les exigences de transmission et l’interconnexion avec le dispositif public. Graneet cherche, lui, à conserver la relation quotidienne avec l’entreprise : chiffrer, acheter, facturer, relancer, contrôler les dépenses et suivre les marges.
Dans la pratique, la facture électronique peut jouer dans les deux sens. Elle peut renforcer les éditeurs comptables et les plateformes qui possèdent déjà la relation de conformité. Elle peut aussi donner un avantage aux logiciels verticaux capables d’intégrer cette conformité dans une expérience métier plus lisible.
Du suivi de marge à l’ERP de chantier
Graneet couvre déjà le chiffrage, les devis, les achats, la facturation, la main-d’œuvre, les stocks, le CRM et le suivi de rentabilité par chantier. Les modules annoncés (planning, SAV, dashboard et API) dessinent une ambition plus large : devenir le système d’exploitation de la PME du BTP, du premier chiffrage jusqu’à l’après-vente.
Le SAV prolonge le logiciel au-delà de la livraison du chantier, et les interfaces de programmation doivent permettre de le connecter aux logiciels de comptabilité, aux banques et aux outils de paie qui sont déjà installés chez les clients.
Le marché français reste très fragmenté, Sage Batigest, EBP Bâtiment et Codial occupent depuis longtemps le terrain des logiciels de gestion sectoriels, avec des bases installées, des intégrateurs et des connexions comptables éprouvées ; à l’autre extrémité, des outils comme Obat ou ProGBat s’adressent plus directement aux artisans et petites structures avec des offres plus simples de devis, facturation et suivi de chantier. Entre les deux, Graneet vise les PME déjà confrontées à la multiplication des achats, des sous-traitants et des situations de travaux. Sa concurrence ne se limite donc pas aux ERP du bâtiment : elle vient aussi des logiciels comptables, des plateformes de facturation électronique et de l’assemblage, très courant, de plusieurs outils spécialisés. Cette recomposition est déjà visible dans la comptabilité des indépendants, où la plateforme agréée devient progressivement un point autour duquel se redessine le logiciel de gestion, comme le montre notre comparatif d’Indy, Tiime et Abby.
L’IA ne vaut que par les données qu’elle peut vérifier
Graneet indique également avoir lancé un MCP, une interface destinée à rendre les données de l’ERP accessibles à des assistants IA, ainsi que des agents spécialisés par métier : directeur financier, conducteur de travaux, assistant administratif ou comptable.
Les cas d’usage sont faciles à identifier, un dirigeant peut demander quels chantiers présentent une dérive de marge ; un conducteur de travaux peut repérer des dépenses non rapprochées ou des écarts entre commandes et factures ; une équipe administrative peut préparer les relances ou rechercher une information sans naviguer dans plusieurs écrans.
Mais la valeur d’un agent ne se mesurera pas à la qualité de sa formulation, mais dépendra de la qualité des données disponibles, des droits accordés à chaque utilisateur et de la possibilité de remonter à une pièce, une commande ou une écriture comptable. Un agent qui rend une information plus accessible peut faire gagner du temps. Un agent qui agit sur des données mal renseignées ne fait qu’accélérer l’erreur. À plus grande échelle, ce déplacement de l’ERP vers une infrastructure de données et d’agents se retrouve aussi dans la stratégie de SAP, qui cherche à préserver son rôle central à l’heure des assistants autonomes.
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