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[Decode] Alibaba, Xiaomi, Bytedance, Grab veulent redessiner l’écosystème bancaire en Asie

En juin 2020, la banque centrale de Singapour, la Monetary Authority of Singapore (MAS), annoncera les entreprises qui se verront attribuer des licences bancaires numériques afin de pouvoir opérer dans le pays à partir de mi-2021. En novembre 2019, l’autorité monétaire avait dévoilé son intention d’attribuer jusqu’à cinq licences de ce type dans l’optique de doper la compétitivité et l’innovation au sein des entreprises actives dans le secteur de la banque numérique dans le pays et en Asie du Sud-Est. Dans la région, le marché des prêts digitaux devrait quadrupler d’ici à 2025, pour atteindre 110 milliards de dollars, d’après un rapport de Bain & Co, Google et Temasek Holdings. La décision du côté la MAS suit une ouverture similaire à Hong Kong qui a vu des géants technologiques tels qu’Ant Financial ou Tencent Holdings obtenir des licences.

La MAS a d’ores et déjà annoncé avoir reçu dans ce cadre 21 candidatures au 31 décembre 2019, la date limite de dépôt des dossiers, dont sept candidatures pour une licence bancaire numérique complète (digital full bank) et 14 pour une licence bancaire numérique de gros (digital wholesale bank).

« Les nouvelle licences bancaires numériques ont attiré un fort intérêt d’un groupe diversifié de candidats. Parmi eux figurent des entreprises d’e-commerce, des entreprises technologiques et des opérateurs de télécommunication, des FinTech (telles que des plateformes de crowdfunding et des fournisseurs de services de paiement) et des institutions financières. La majorité des candidats sont des consortiums, avec des entités cherchent à combine leurs forces individuelles pour accroître la proposition de valeur de la banque numérique », a souligné la MAS.

Parmi ces 21 candidatures, certaines sont déjà connues. D’autres, comme le consortium formé de la banque OCBC, le conglomérat Keppel, le spécialiste du capital-risque Vertex et la plate-forme de financement Validus, ont été d’abandonnées. Et d’autres candidats potentiels, à l’image de la néobanque Revolut ou le spécialiste du transfert d’argent InstaReM, ont simplement choisi de ne pas participer, citant des besoins en capitaux trop importants. Les entreprises retenues composeront en tout cas l’écosystème bancaire numérique d’Asie de demain. Qui sont elles?

Les ambitions internationales d’Alibaba s’étendent via Ant Financial

Début janvier, Ant Financial, la filiale financière d’Alibaba, a fait savoir qu’il était candidat à une licence digital wholesale banking à Singapour, « en concordance avec notre engagement à promouvoir l’inclusion financière au niveau global », a indiqué l’entreprise. Si Ant Financial venait à obtenir une licence, la banque digitale chinoise pourra se retrouver à Singapour et dans le reste de l’Asie du Sud-Est face à des acteurs bancaires traditionnels tels que DBS Group Holdings ou OCBC.

En Chine, l’application Alipay d’Ant Financial comptait, avec ses partenaires e-wallet, près de 900 millions d’utilisateurs actifs annuels en Chine et 1,2 milliard dans le monde mi-2019. Le bras financier d’Alibaba, qui cherche également à placer ses pions en Europe, a également racheté l’année dernière le Britannique WorldFirst, spécialisée dans le transfert d’argent à l’international, pour environ de 700 millions de dollars. Ce rachat devait servir les ambitions internationales d’Ant Financial, dont Alibaba détient encore un tiers du capital, et, par ricochet, freiner l’expansion d’Amazon. Ant Financial signait alors sa première grande percée en Europe après plusieurs tentatives laborieuses pour se développer à l’international. Le bras financier d’Alibaba avait notamment essayé d’acquérir MoneyGram, spécialiste américain des transferts d’argent, mais l’opération n’est jamais aller à son terme en raison de l’opposition des autorités américaines qui craignaient un risque pour la sécurité de données pouvant permettre d’identifier des citoyens américains.

Grab et Singtel visent les PME, mais aussi les consommateurs

Le géant des VTC en Asie du Sud-Est Grab et le groupe de communication de Singapour Singtel ont eux aussi formé un consortium dans l’optique d’obtenir une licence digital full bank à Singapour. Le premier prendrait 60% de l’entité et le second 40%. La banque numérique formée par Grab et Singtel se spécialiserait non seulement dans les PME et leur besoin d’accès à des crédits, mais aussi aux besoins financiers des consommateurs.

Grab a multiplié ses efforts de diversification financière depuis trois ans. L’entreprise a notamment accéléré le développement de sa plateforme de paiement GrabPay, lancée en 2016. Grab, qui est également le principal rival d’Uber en Asie du Sud-Est, s’est aussi allié à l’application de paiement indonésienne Paytren fin 2017. Au début de cette même année, l’entreprise avait également mis la main sur Kudo, qui développe une plateforme O2O (online-to-offline) faisant office de passerelle entre les personnes n’ayant pas accès au numérique et le commerce en ligne. Toujours en 2017, Grab s’apprêtait en outre à investir 700 millions de dollars en Indonésie au cours des quatre années suivantes dans le cadre du plan «Grab 4 Indonesia». Celui-ci comprend notamment une enveloppe de 100 millions de dollars pour les FinTech. L’année dernière, la société a lancé une joint-ventrue financière, Gran Financial Services Asia, en partenariat avec le Japonais Credit Saison.

Singapour, futur siège social mondial hors de Chine de Bytedance?

Selon le journal de Singapour The Business Times, Bytedance a aussi soumis sa candidature pour obtenir une licence de banque digitale dans la cité-Etat. La maison-mère de TikTok tenterait d’approcher le marché chinois des paiements digitaux depuis 2018, mais n’aurait jusqu’ici fait que peu de progrès. Singapour pourrait faire figure de lieu attrayant pour installer son siège social mondial hors de Chine.

AMTD, Xiaomi Finance, SP Group et Funding Societies mise sur une banque numérique dédiée aux PME

Cette semaine, un consortium mené par le groupe bancaire basé à Hong Kong AMTD Group et qui inclut aussi le spécialiste chinois de l’électronique Xiaomi via sa filiale Xiaomi Finance, l’entreprise gouvernementale de Singapour SP Group et la startup de Singapour spécialisée dans le crowdfunding Funding Societies, a confirmé avoir candidats pour une licence digital wholesale bank. Le groupement a opté pour la fourniture de services bancaires numériques pour les PME en Asie du Sud-Est et en Chine. La banque numérique créée se spécialiserait ainsi dans la mise en relation de ces PME avec les marchés de capitaux de Singapore, mais aussi dans le reste de l’Asie.

Razer FinTech met en place une offre dédiée aux millennials

Le spécialiste du gaming Razer, via sa filiale Razer FinTech, s’est allié à Sheng Siong Holdings, LinkSure Global, Carro, FWD et Insignia Ventures Partners pour former un consortium candidat à une licence digital full bank. L’offre, qui prendrait le nom de Razer Youth Bank, se focaliserait, comme son nom le suggère, sur un public principalement constitué de millennials en Asie du Sud-Est. La banque numérique favoriserait ainsi une offre bancaire axée sur la transparence et des tarifs avantageux. Elle pourrait aussi cibler les entrepreneurs et les PME. Razer FinTech prendrait 60% des parts de la banque.

Le consortium Beyond entend proposer aux PME des offres spécifiques à chaque industrie

V3 Group, entreprise spécialisée dans le lifestyle et la FinTech, et EZ-Link, spécialiste des cartes et des paiements, ont créé un consortium baptisé Beyond qui vise à obtenir une licence digital full bank. Le groupement comprend également le spécialiste de l’immobilier Far East Organization, la Singapore Business Federation, l’assureur Mitsui Sumitomo Insurance et Heliconia, filiale de Temasek. Beyond se focaliserait sur le PME, avec une approche spécifique pour chaque industrie (immobiliers construction, transport, assurance, retail…).

iFast Corporation veut devenir « un hub mondial de gestion de patrimoine pour une clientèle aisée »

Le groupe iFast Corporation, spécialisé en FinTech, a formé un groupement avec les Chinois Yillion Group et Hande Group pour une licence digital wholesale bank. Comme les autres candidats aux licences, la banque issue du consortium serait principalement dédiée aux PME. Elle ambitionne même de devenir « un hub mondial de gestion de patrimoine pour une clientèle aisée », a indiqué le chairman et CEO d’iFirst Lim Chung Chun.

Sea Limited et sa « connaissance inégalée » des millennials

L’entreprise numérique Sea Limited, présent en Asie du Sud-Est, a lui aussi soumis sa candidature pour une licence digital full bank avec un focus sur les millennials et les PME de Singapour. Sea Limited affirme détenir une « connaissance inégalée » des besoins des millennials et des PME dans la région. L’entreprise opère notamment la plate-forme d’e-commerce Shopee, la plate-forme de gaming Garena et le fournisseur de services financiers numériques SeaMoney. Son offre, qui inclut des services d’e-wallet, de paiement et de prêts sont déjà disponibles dans différents parties d’Asie du Sud-Est.

Advance.ai vise aussi le « segment négligé » des PME

Advance.ai, en alliance avec Sheng Ye Capital et PhillipCapital, est également candidat à une licence wholesale digital banking licence, avec une offre, elle aussi, axée sur les PME, un « segment négligé » par les acteurs bancaires à Singapour, selon le CMO d’Advance.ai Mi Li.

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La rédaction

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