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Les tablettes et la création par Olivier Ezratty

En février et mars 2011, j’ai eu l’occasion de par­ti­ci­per à deux sémi­naires orga­ni­sés par la DGESCO, la Direc­tion de l’Enseignement Sco­laire du Minis­tère de l’Education Natio­nale qui pilote entre autre la stra­té­gie des usages numé­riques dans les col­lèges et lycées, en s’appuyant sur les rec­to­rats et divers cor­res­pon­dants numé­riques locaux.

J’y déli­vrais une pré­sen­ta­tion sur l’état du mar­ché des tablettes, les tech­no­lo­gies et acteurs en jeu, et en com­men­çant par un posi­tion­ne­ment sur les usages des dif­fé­rents objets numé­riques qui rentrent dans la péda­go­gie scolaire.

Ce post me per­met de par­ta­ger avec vous quelques une des réflexions issues de ces inter­ven­tions et des dis­cus­sions avec les par­ti­ci­pants. Et un point de vue tout per­son­nel sur le portrait-robot d’une tablette idéale.

Com­mu­ni­quer, consom­mer et créer

On peut seg­men­ter les usages du numé­rique en trois gros blocs : com­mu­ni­quer, consom­mer et créer (“les 3 C” pour la suite). Ce sont des moda­li­tés d’usages mais pas for­cé­ment des pro­duits car de nom­breux logi­ciels et sites Inter­net se situent à che­val sur deux ou trois de ces catégories :

  • Consom­mer : com­prend l’accès à toutes sortes de conte­nus, la presse, les livres élec­tro­niques dans les­quels on peut inté­grer les manuels sco­laires, les vidéo, la télé­vi­sion, la musique, les pho­tos, et aussi les jeux vidéos. C’est un usage domi­nant à la fois dans le grand public et dans le contexte de l’enseignement. Ces conte­nus sont de moins en moins le réplica numé­rique de leurs équi­va­lents ou ancêtres ana­lo­giques dès lors qu’on les enri­chit par des conte­nus audio-visuels, des hyper­liens, et des capa­ci­tés de com­mu­ni­ca­tion et de créa­tion. Le terme “consom­mer” est uti­lisé ici de manière large, aussi bien pour ce qui relève des conte­nus mar­chands que dans le domaine non marchand.
  • Com­mu­ni­quer : avec la télé­pho­nique clas­sique ou en VOIP, la mes­sa­ge­rie élec­tro­nique et ins­tan­ta­née, la visio­con­fé­rence, et tous les échanges au tra­vers des réseaux sociaux. Cette com­mu­ni­ca­tion est soit inter­per­son­nelle (point à point) soit multi per­son­nelle (mes­sages sur Twit­ter et Face­book, visio­con­fé­rence à plu­sieurs, mes­sages élec­tro­niques envoyés à plu­sieurs personnes).
  • Créer : pour toutes les acti­vi­tés de créa­tion de conte­nus par les consom­ma­teurs, pro­fes­sion­nels et aussi ensei­gnants, élèves et étudiants. Cela com­prend la créa­tion de textes et docu­ments, le des­sin artis­tique ou tech­nique (via des outils de CAO), le tri et la retouche de pho­tos tout comme l’édition de vidéos et enfin la créa­tion musi­cale. Cer­taines créa­tions artis­tiques intègrent même plu­sieurs de ces médias.

Tablettes et 3C

De nom­breuses solu­tions logi­cielles et Inter­net com­posent sou­vent avec les trois, comme Face­book où l’on consomme (les conte­nus publiés par ses amis), com­mu­nique (par mes­sages) et crée (cer­tains conte­nus texte ou image/vidéo que l’on y publie). Dans les jeux vidéo, on est aussi à la fois consom­ma­teur de contenu (le scé­na­rio du jeu), com­mu­ni­quant (via les jeux en réseau) et par­fois créa­tif (en créant des per­son­nages ou éléments de décors).

Des usages qui évoluent vers la consommation

L’histoire de l’informatique per­son­nelle a suivi un par­cours inté­res­sant sur ces trois dimen­sions. De nom­breux pro­duits mono-fonction sont deve­nus des outils mul­ti­fonc­tions très géné­ra­listes. Les machines à écrire élec­tro­niques de la fin des années 1970 ont été rem­pla­cées par les pre­miers Apple II et PC. Les mobiles ont en quelque sorte aussi fusionné avec les bala­deurs numé­riques et les assis­tants per­son­nels (PIM, incar­nés par le Palm­Pi­lot) pour deve­nir des smartphones.

De tous les outils numé­riques, les ordi­na­teurs per­son­nels (PC/Mac) ont été et sont encore les outils les plus géné­ra­listes adap­tés aux “3 C”. Il a d’ailleurs plu­tôt démarré dans la créa­tion et en envi­ron­ne­ment pro­fes­sion­nel. L’aspect consom­ma­tion s’est déve­loppé à par­tir de 1995 avec deux événe­ments clés : le réel démar­rage de l’usage des PC dans les foyers et évidem­ment, l’arrivée d’Internet qui a connu son plus fort déve­lop­pe­ment avec l’ADSL au début des années 2000.

Cha­cun selon son métier et ses affi­ni­tés va accen­tuer un ou deux des trois pôles du “3 C”. Un jeune qui consomme beau­coup de vidéo est dans la consom­ma­tion. Un autre qui passe son temps à dis­cu­ter avec amis et amies dans les réseaux sociaux est dans la com­mu­ni­ca­tion. Un pro­fes­sion­nel pro­lixe comme moi (textes, pho­tos) se posi­tionne déli­bé­ré­ment dans la case de la créa­tion, sans pour autant négli­ger la consom­ma­tion et la com­mu­ni­ca­tion qui l’alimentent.

Les mobiles sont plu­tôt liés aux deux pre­miers C, en par­tant de la com­mu­ni­ca­tion. On peut certes y faire un peu de créa­tion mais elle est assez très limi­tée, notam­ment d’un point de vue édito­rial, avec prise de pho­tos et effets spé­ciaux type Ins­ta­gram, qui sont très for­ma­tés et standardisés.

Les ebooks font curieu­se­ment moins par­ler d’eux dans le domaine éduca­tif. Ils sont posi­tion­nés qua­si­ment exclu­si­ve­ment dans la consom­ma­tion de livres et un peu de presse. On en parle beau­coup moins depuis que l’iPad a inondé le mar­ché et per­mis aux tablettes de dépas­ser en valeur comme en volume le mar­ché des ebooks. Mais ils ont quelques carac­té­ris­tiques inté­res­santes que l’on appré­cie­rait de voir appa­raitre dans les tablettes : une très grande auto­no­mie liée à leur écran à base d’encre élec­tro­nique, une légè­reté et un prix en géné­ral infé­rieur à celui des tablettes.

Der­nier objet numé­rique notable, la TV connec­tée est dédiée à la consom­ma­tion de conte­nus et intro­duit timi­de­ment les usages dans la com­mu­ni­ca­tion. Mais pour l’instant, ce n’est pas du tout un outil de créa­tion pour le consommateur.

Quid donc des tablettes ? Cette solu­tion un peu hybride à che­val entre le mobile et le net­book est tout de même proche du pre­mier et favo­rise net­te­ment la consom­ma­tion. La com­mu­ni­ca­tion y est pos­sible, mais est moins valo­ri­sée que sur les mobiles. Elle est plu­tôt tex­tuelle et passe le plus sou­vent par la mes­sa­ge­rie et les réseaux sociaux. On n’utilise pas une tablette comme télé­phone. Côté visio­pho­nie, l’arrivée des web­cams et d’une liai­son 3G en plus du Wifi change un peu la donne.

On peut obser­ver une baisse des capa­ci­tés de créa­tion dans une tablette par rap­port à un PC/Mac bien équipé. A la fois du fait de son inter­face tac­tile et aussi de par la nature des appli­ca­tions qui y sont dis­po­nibles. On trouve bien dans l’iPad 2 un éditeur de pho­tos et de vidéos mais ils font pâle figure par rap­port aux logi­ciels tels que Ligh­tRoom ou Pho­to­shop, ou encore GIMP. Les fonc­tions d’édition pro­po­sées sont rudi­men­taires si ce n’est sim­plistes. Pour le texte, mieux vaut avoir un cla­vier externe, ce qui est tou­jours pos­sible. Le CES 2011 regor­geait ainsi de cla­viers Blue­tooth des­ti­nés aux mobiles, tablettes et média centers.

Mais les tablettes ne font pas (encore) tour­ner les logi­ciels de pro­duc­ti­vité per­son­nelle les plus cou­rants. On peut certes y exé­cu­ter Google Docs. Mais ni Micro­soft Office ni Ope­nOf­fice. Pour le des­sin, c’est pareil. Le doigt c’est bien, mais cela reste peu pré­cis pour des­si­ner. Il vaut mieux aussi dis­po­ser d’un sty­let sous une forme ou une autre. Il en existe en acces­soire pour l’iPad mais sans la pré­ci­sion des stylets.

La créa­tion de conte­nus requiert un mix d’applications adap­tées, d’interfaces uti­li­sa­teurs maté­rielles cor­res­pon­dantes, de puis­sance machine et aussi évidem­ment de savoir-faire et de talent. Quelques acti­vi­tés de créa­tion sub­sistent ou émergent cepen­dant dans les tablettes et donnent lieu à la créa­tion de solu­tions inno­vantes : pour le des­sin “à main levée” et pour l’édition de musique. Mais cela reste assez orienté “loisirs”.

La crois­sance du mar­ché grand public génère en fait ce que nous pour­rions appe­ler “la société de consom­ma­tion numé­rique”. Les logiques d’acteurs comme Apple nous y poussent, tout comme des migra­tions de valeur et de temps passé chez les uti­li­sa­teurs. Est-ce vrai­ment une évolu­tion dans le temps réel­le­ment consa­cré par les uti­li­sa­teurs à ces dif­fé­rentes acti­vi­tés ? Si la tablette ne fai­sait que rem­pla­cer la télé­vi­sion, la consul­ta­tion de sites web sur PC/Mac ou bien la lec­ture sur papier, il n’y aurait pas de quoi s’inquiéter.

Mais une cer­taine décrue a tout de même com­mencé il y a quelques années dans les acti­vi­tés de créa­tion chez les Inter­nautes. En 2004/2005, les blogs étaient à la mode autant chez les jeunes que chez les pro­fes­sion­nels. Rappelez-vous aussi bien l’éclosion des Sky­blogs chez les ados, que celle de Word­Press ou Type­pad chez les adultes. Cette vague a été ensuite rem­pla­cée par celle des réseaux sociaux type Face­book et plus récem­ment Twit­ter, où la créa­tion s’exprime dans la por­tion congrue. On y dif­fuse des bribes d’informations qui relèvent plus du par­tage de liens et de sen­ti­ments fugaces que de créa­tion. Nous y trou­vons un mish-mash entre créa­tion et com­mu­ni­ca­tion ins­tan­ta­née. Nombre d’anciens blog­geurs très actifs se sont mis à twee­ter et à ne plus blo­guer ou à blo­guer beau­coup moins. Et à poin­ter des articles écrits par d’autres. Cela a conduit à un écré­mage cer­tain de blogs aussi bien de qua­lité, que des autres (ce dont nous ne nous plain­drons pas). Et aussi à un ren­for­ce­ment des médias par­ti­ci­pa­tifs type Rue89 qui asso­cient un contenu rédac­tion­nel de jour­na­liste à celui de contri­bu­teurs externes.

L’autre décrue s’est mani­fes­tée fin 2010 lorsque l’on a vu le mar­ché des tablettes atteindre qua­si­ment la taille de celui des net­books, une ten­dance qui pour­rait bien se confir­mer en 2011 (ci-dessous, les don­nées GFK).

Ventes tablettes fin 2010

Le modèle de dis­tri­bu­tion des appli­ca­tions sur mobiles et tablettes, incarné par l’AppStore d’Apple est lui aussi réso­lu­ment tourné vers la consom­ma­tion de conte­nus. Avec des petits prix et des achats régu­liers, notam­ment dans les jeux. Et une part d’applications payantes signi­fi­ca­tive, d’ailleurs supé­rieure à celle que l’on trouve dans la mar­ket place d’Android. Dans les cen­taines de mil­liers d’applications de l’AppStore, l’essentiel sont des conte­nus repa­cka­gés pour mobiles ou tablettes. C’est d’autant plus le cas que la méta­phore bureau des smart­phones et tablettes (en tout cas chez Apple) est l’application, tan­dis que celle du PC reste le docu­ment. Sur un PC/Mac, on se balade dans la struc­ture de fichiers et on les ouvre, avec l’application de son choix. En mobi­lité, on ouvre une appli­ca­tion. En fait, on ouvre le plus sou­vent… un contenu dans son pré-carré (“wal­led garden”).

La stra­té­gie d’Apple a eu comme autre consé­quence de mettre le web et son ouver­ture en sour­dine. Les sites web sont certes par­fois déve­lop­pés pour bien s’afficher sur les mobiles et tablettes. Les marques n’échappent géné­ra­le­ment pas au déve­lop­pe­ment d’applications natives qui occupent tout l’espace de l’écran. Et il reste plus facile de sélec­tion­ner une appli­ca­tion dans l’AppStore et de l’installer sur “le bureau” (de l’iPhone ou de l’iPad) que de book­mar­ker un site web.

L’approche Apple per­met certes de moné­ti­ser des conte­nus qui l’étaient de manière plus dif­fi­cile dans le web tra­di­tion­nel. Mais le péage exclu­sif est contes­table, même si le mar­ché l’a accepté du fait des qua­li­tés des pro­duits d’Apple et de leurs parts de marché.

Les tablettes dans l’éducation

Dans le contexte de l’éducation, on a clai­re­ment besoin des 3 C : on “consomme” des livres de classes et autres docu­ments inter­ac­tifs créés ou pas spé­ci­fi­que­ment pour la péda­go­gie, on com­mu­nique entre élèves et entre élèves et ensei­gnants, et il y a tou­jours de la créa­tion au pro­gramme : rédac­tion, des­sins, sché­mas et pré­sen­ta­tions. Et ces der­niers sont de plus en plus réa­li­sés avec des outils numé­riques. Cela concerne évidem­ment l’enseignement supé­rieur mais de plus en plus aussi le secondaire.

Attiré par la moder­nité qu’elles incarnent, des col­lec­ti­vi­tés locales ont financé leur déploie­ment dans cer­tains col­lèges. C’est ainsi le cas depuis mi 2010 en Cor­rèze (le fief de Fran­çois Hol­lande) avec 2000 tablettes déployées auprès des élèves et envi­ron 700 pour les ensei­gnants. Des déploie­ments où l’outil semble pré­do­mi­ner le sens et la valeur d’usage, tout comme la réflexion sur la péda­go­gie à inven­ter avec.

Au niveau cen­tral de l’Education Natio­nale (côté “Mam­mouth”), j’ai trouvé des équipes plus mesu­rées ani­mées à la fois par une volonté d’innover mais avec une atti­tude rai­son­née et rai­son­nable. L’administration cen­trale se charge notam­ment d’évaluer les expé­riences qui ont lieu dans les rec­to­rats. Et pour l’instant, on manque beau­coup de recul. D’où l’intérêt des expé­riences lan­cées dans cer­tains rec­to­rats, même si elles ne sont pas for­cé­ment très probantes.

Ces expé­riences ont sou­levé tout un tas de ques­tions, et notamment :

  • La péda­go­gie : dans quelle péda­go­gie s’inscrit l’usage des tablettes ? Est-ce juste un livre élec­tro­nique connecté à Inter­net doté de quelques fonc­tions de com­mu­ni­ca­tion voire d’apprentissage col­la­bo­ra­tif ? Ou bien veut-on l’utiliser aussi pour des tâches créa­tives ? Et comme elles sont pour l’instant limi­tées, com­ment les assurer ?
  • La ges­tion de parc : quid de la confi­gu­ra­tion auto­ma­tique des tablettes, de leur admi­nis­tra­tion, de l’envoi de logi­ciels, de la ges­tion de la sécu­rité et de la vie pri­vée ? Des ques­tions qui n’ont pas tou­jours de réponse tech­nique de la part des fabri­cants. Les entre­prises ont des contraintes voi­sines qui les empêchent aussi de déployer des tablettes à grande échelle.
  • Quels four­nis­seurs : Apple est évidem­ment un pre­mier choix, ce d’autant plus que leur tari­fi­ca­tion est pour une fois com­pé­ti­tive. A part notre Archos natio­nal et quelques autres acteurs locaux, la plu­part des grands fabri­cants de tablettes ont du mal à concur­ren­cer l’iPad côté prix, sans comp­ter le reste au niveau des fonc­tion­na­li­tés où la dif­fé­ren­tia­tion est assez faible ! Mais il y a l’attrait de sys­tèmes d’exploitation comme Android, plus ouverts.
  • Le finan­ce­ment : les tablettes coutent encore cher et il faut les finan­cer. Il est dif­fi­cile de deman­der à toutes les familles de les finan­cer et les bud­gets des col­lec­ti­vi­tés locales ne sont pas exten­sibles à l’infini. Et faut-il finan­cer des tablettes à 500€ ou des net­books à 300€ ? Com­ment gérer les priorités ?

Les pro­ta­go­nistes ont en tout cas constaté que les tablettes n’étaient pas encore la pana­cée et pou­vaient dif­fi­ci­le­ment deve­nir le seul outil numé­rique à mettre dans les mains des élèves. Il en va de même des ebooks dont on parle curieu­se­ment assez peu dans l’éducation.

Du côté de l’offre, cer­tains construc­teurs ciblent le mar­ché de l’éducation avec des variantes par­fois inté­res­santes mais encore insuf­fi­santes pour ce qui est des 3 C.

On peut citer le cas d’Archos qui a une offre très com­pé­ti­tive de tablettes Android en termes de prix grâce à une sim­pli­fi­ca­tion du maté­riel (pas de GPS, d’accéléromètre – même si cela ne coute pas très cher).

Il y a aussi tout un tas de petits construc­teurs qui pro­posent des tablettes à double écran, comme chez Kno avec sa double 13 pouces vue au CES 2011 (ci-dessous). La solu­tion est sédui­sante, mais cou­teuse. Elle recréé une méta­phore plus com­plète du livre de classe mais ne résout pas entiè­re­ment la ques­tion de la création.

Tablette double Kno

Il y aussi myS­park avec sa tablette dotée d’un sty­let en plus du tac­tile, et aussi d’une web­cam, of course 1080p, com­plé­tée d’applications logi­cielles dédiées aux usages dans l’éducation. Mais avec quelle capa­cité de créer un écosys­tème riche de conte­nus adap­tés ? Enfin on peut citer le pro­jet d’OLPC XO-2 qui est doté d’un double écran tac­tile, l’un des deux pou­vant ser­vir de cla­vier. Mais il n’est pas encore en production.

Le nomade aux trois écrans

Comme cha­cun des écrans mobiles ne pré­sente pas le même équi­libre des “3 C”, on croise régu­liè­re­ment des uti­li­sa­teurs “bran­chés” qui sont équi­pés d’un smart­phone, d’une tablette et d’un lap­top ou net­book. Et notam­ment dans les avions et autres TGV. Les plus bran­chés ayant un logo de pomme sur le dos de cha­cun de ses écrans.

Ca fait beau­coup ! Et c’est tout de même embar­ras­sant dans un contexte de mobi­lité. Sur­tout dans la mesure où il n’est pas rare que la tablette et le lap­top (qui est par­fois un net­book) aient un écran de taille voi­sine. C’est un peu absurde. Les uti­li­sa­teurs font avec.

Le confort d’utilisation de la tablette pour consom­mer des conte­nus est tel que de nom­breux uti­li­sa­teurs ne peuvent plus s’en pas­ser. Cela touche poten­tiel­le­ment une grande variété d’utilisateurs. A la mai­son, notam­ment, là où la ques­tion du noma­disme ne se pose pas. Cer­tains uti­li­sa­teurs regardent ainsi de plus en plus la télé­vi­sion et la vidéo sur tablettes en lieu et place de l’écran de télé­vi­sion habi­tuel. Cela touche aussi les séniors qui com­mencent à appré­cier la pra­ti­cité des tablettes.

Vers la tablette idéale pour les “3C”

Les tablettes, ebooks et net­books ont cha­cun leurs avan­tages et inconvénients.

N’est-il pas pos­sible d’envisager l’avènement de tablettes conve­nables per­met­tant de gérer les “3 C” et d’associer les avan­tages des ebooks, des net­books et des tablettes actuelles et sans les incon­vé­nients ou lacunes ?

Comparaison tablettes ebooks et netbooks

En pre­mière approche, une telle tablette serait proche du concept de Tablet PC ori­gi­nel (dont le concept avait été intro­duit par Micro­soft et ses par­te­naires construc­teurs en 2002), mais avec les béné­fices des tablettes actuelles, notam­ment un plus faible encom­bre­ment et le sup­port du multitouch.

Voici donc quelques pistes de spé­ci­fi­ca­tions et de leur fai­sa­bi­lité compte-tenu d’un peu de pros­pec­tive sur les com­po­sants clés :

  • Ecran : le for­mat 10 pouces semble le bon équi­libre. C’est celui de l’iPad (9,7 exac­te­ment). Il doit être en cou­leur et sup­por­ter la vidéo. Il pour­rait exploi­ter une tech­no­lo­gie d’encre élec­tro­nique cou­leur type Liqua­Vista ou Qual­comm Mira­sol qui sont très économes en éner­gie et moins fati­gants que le LCD pour la lec­ture. Ces écrans vont appa­raitre si tout va bien entre 2011 et 2012. Sam­sung a fait l’acquisition en début d’année de Liqua­Vista, une spin-off de Phi­lips. Et Qual­comm a lancé la créa­tion de deux usines de pro­duc­tion en Asie pour ses écrans Mira­sol. La grande ques­tion qui se pose avec ses écrans est de savoir s’ils peuvent conve­nir à la fois à la lec­ture et à un usage plus géné­ra­liste (navi­ga­tion Inter­net, créa­tion de conte­nus). L’autre solu­tion “du futur” pour­rait être la tech­no­lo­gie OLED et son dérivé AMOLED pro­duit par Sam­sung. Elle consomme peu d’énergie et génère un excellent rendu des cou­leurs et des contrastes. Aujourd’hui réser­vée aux écrans de petit for­mat (4 pouces dans les gros smart­phones du coréen), elle pour­rait se retrou­ver dans des for­mats plus grands grâce à la mai­trise de ses tech­niques de pro­duc­tion. Enfin, le for­mat de l’écran se dis­cute : 4/3 comme l’iPad ou 16/9 comme le Galaxy Tab ? Le bon com­pro­mis est peut-être le 16/10. Il est adapté à la fois la lec­ture d’ebooks en mode por­trait, de vidéos en 16/9 mode pay­sage et du tra­vail cou­rant dans le même mode, comme avec les lap­tops et netbooks.
  • Mul­ti­touch et sty­let : le sup­port des deux offres la plus grande flexi­bi­lité d’interface uti­li­sa­teur. Il existe une tech­no­lo­gie de matrice capa­ci­tive chez N-Trig qui gère les deux à la fois. Elle est encore chère ($50) mais le prix est lié au volume de fabri­ca­tion comme d’habitude.
  • Web­cam et com­mande ges­tuelle : avec une web­cam, on peut ima­gi­ner inté­grer une com­mande ges­tuelle pour cer­taines fonc­tions (pas­ser au slide sui­vant, à la page sui­vante, à la photo sui­vante, etc).
  • Cla­vier : il reste indis­pen­sable pour sai­sir rapi­de­ment du texte et aussi pour le sélec­tion­ner dans les phases d’édition. Il devrait être rétrac­table comme dans les net­books Sam­sung et Asus pré­sen­tés au CES 2011. Il est doté d’un touch­pad. Reste à créer des cla­vier à la fois en relief mais aussi fins que pos­sible. Le “relief” reste encore très utile pour se repé­rer et taper à une grande vitesse.
  • Epais­seur et poids : l’idéal serait d’avoir une épais­seur proche de celle des ebooks. C’est dif­fi­cile pour l’instant. Il fau­drait idéa­le­ment être aux alen­tours de 1,2 cm à 1,5cm d’épaisseur, soit juste un peu plus que celle de l’iPad 1. Et pour moins de 1 kg ! Ce qui est pos­sible lorsqu’il n’y a pas de disque dur dans l’engin.
  • Pro­ces­seur : un dual core basse consom­ma­tion ultra-intégré avec GPU et base­band 3G/4G, GPS. Quand on voit que Qual­comm a annoncé à Bar­ce­lonne un quad­core pour mobiles et tablettes de ce type, tour­nant à 2,5 Ghz (avec cœurs ARM), on se dit que tout est envi­sa­geable dans les années à venir.
  • Sys­tème d’exploitation : il devrait être doté d’une double inter­face uti­li­sa­teur. Un envi­ron­ne­ment appli­ca­tif style tablette pour choi­sir conte­nus et appli­ca­tions avec le doigt qui s’active auto­ma­ti­que­ment lorsque l’on confi­gure la tablette… en tablette. Il devrait y être très facile de book­mar­quer des sites web dans cette inter­face. Et un bureau tra­di­tion­nel avec ges­tion de fichiers lorsque le cla­vier est dis­po­nible. Mais l’ensemble devrait tou­te­fois res­ter cohé­rent ce qui n’est pas for­cé­ment pas facile à conce­voir. Le sys­tème devrait être capable de faire tour­ner les appli­ca­tions de pro­duc­ti­vité indi­vi­duelles habi­tuelles. Il y a trois prin­ci­paux can­di­dats côté OS : les évolu­tions d’Android 3.0 (Honey­comb), une com­bi­nai­son MacOS/iOS et enfin Win­dows 8 qui est censé inté­grer une inter­face tablettes et sup­por­ter les pro­ces­seurs embar­qués à base d’architecture ARM. Pour 2012.
  • Connec­ti­vité : Ether­net, Wifi, Blue­tooth et 3G/4G de rigueur. Pas de révo­lu­tion par­ti­cu­lière atten­due de ce côté là. Si ce n’est peut-être une géné­ra­li­sa­tion du tethe­ring avec son smart­phone dont la rai­son d’être chez le nomade n’est pas remise en cause dans mon propos.
  • Sto­ckage : aller, un SSD d’au moins 256 Go devrait conve­nir ! Ca coute encore bien cher mais c’est l’avenir ! Fai­sons confiance dans la loi de Moore ! C’est une tech­no­lo­gie clé pour amé­lio­rer la réac­ti­vité de la machine et aussi pour per­mettre des design de très faible épaisseur.
  • Connec­tique : ports USB et HDMI. Le VGA devrait sub­sis­ter mais via un mini-connecteur et un adap­ta­teur externe pour pré­ser­ver la finesse de l’engin.
  • Auto­no­mie : au moins 12 heures d’autonomie en usage nor­mal. Mes repères : une jour­née de tra­vail très char­gée de 8h à 20h. Ou bien un vol Paris-San Fran­cisco en classe éco ! Et au pas­sage avec une faible dis­si­pa­tion thermique.
  • Water­proof : oui, quand même ! Cela doit résis­ter à plein d’usages différents.
  • Prix : moins de 700€, idéa­le­ment entre 400€ et 500€. C’est peut-être le plus dif­fi­cile ! Mais cela dépend du volume du mar­ché. Je me pro­jette ici à 2/3 ans.

Samsung netbook convertible en tablette

Deux autres solu­tions inter­mé­diaires sont envisageables :

  • Un net­book avec écran tac­tile et gyro/accéléro pour orien­ter auto­ma­ti­que­ment le contenu de l’écran en fonc­tion de son orien­ta­tion. Un dérivé du Mac­book Air 11 pouces avec cette amé­lio­ra­tion ferait aussi l’affaire tant il répond bien à une grande par­tie du reste cahier des charges (poids, épais­seur). Modulo l’autonomie qui est pour l’instant de 5 à 7 heures selon les usages. Mais on voit mal Apple se cou­per l’herbe sous le pieds par rap­port à l’iPad.
  • La solu­tion Atrix de Moto­rola qui com­bine un smart­phone sous Android et une sta­tion d’accueil en forme de net­book avec écran et cla­vier. Il fau­drait la rendre peut-être un peu moins encom­brante en usage nomade et y ajou­ter le sup­port du tac­tile à l’écran.

Motorola Atrix

 

Avec des tablettes répon­dant aux spé­ci­fi­ca­tions com­plètes avant ces solu­tions inter­mé­diaires, on pour­rait dis­po­ser d’un outil par­fait pour les 3-C. Elles seraient par­fai­te­ment adap­tées au monde de l’éducation, aux envi­ron­ne­ments pro­fes­sion­nels, et pour­quoi pas aussi au grand public. Et puis, c’est le sens de l’histoire que des appa­reils de taille, for­mat, connec­ti­vité et prix voi­sins se conso­lident pour deve­nir des outils généralistes.

On y gagne­rait dans le noma­disme et les uti­li­sa­teurs bran­chés n’auraient plus à trans­por­ter trois écrans pour cou­vrir leurs dif­fé­rents besoins. Et la créa­tion repren­drait des cou­leurs dans les usages !

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