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Uber est-il enfin rentable?

Malgré son succès planétaire, le géant des VTC et de la livraison de repas n’a jamais été rentable. Lancé en 2009 par Garrett Camp et Travis Kalanick, Uber a levé des montants colossaux pour soutenir son activité, notamment auprès du géant japonais SoftBank. Ce dernier a déboursé plus de 7 milliards de dollars pour acquérir 15% des titres de l’entreprise en 2017. La startup basée à San Francisco a également levé un demi-milliard de dollars auprès de Toyota Motor en 2018 puis auprès de PayPal en 2019, après son IPO.

Mais aujourd’hui, le géant américain serait sur le point d’atteindre la rentabilité. Uber a en effet annoncé dans un document boursier que son Ebitda pourrait être compris entre une perte de 25 millions de dollars et un gain de 25 millions au troisième trimestre, alors qu’il prévoyait une perte de 100 millions sur cette période. Le quatrième trimestre pourrait confirmer la rentabilité en atteignant les 100 millions de dollars. L’Ebitda (earnings before interest, taxes, depreciation, and amortization), littéralement le « bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement », comprend le niveau de rentabilité du processus de production et non pas celui de l’ensemble du modèle économique.

Cette annonce a résonné à Wall Street, portant le cours de l’action d’Uber à 11,49% mardi (soit +4,3%). «Nous n’avons pas seulement développé notre leadership mondial à la fois sur la mobilité et la livraison, nous l’avons fait de manière plus rentable que jamais…. Uber atteint une étape importante», a déclaré Dara Khosrowshahi, directeur général d’Uber, dans le dossier. Mais comment expliquer ces chiffres ?

Une stratégie payante ?

Premièrement, Uber a vu son activité de livraison de repas s’envoler en 2020, portée par la pandémie qui a accéléré l’ensemble des activités numériques de service à domicile. Uber Eats a en effet enregistré un chiffre d’affaires en progression de 224% en 2020 par rapport à 2019. Bien que l’activité de VTC du groupe ait chuté, ses pertes ont été bien moins importantes en 2020 qu’en 2019 (6,8 milliards de dollars contre 8,5 milliards).

Dans sa route vers la rentabilité, Uber n’a pas eu d’autre choix que de se séparer de ses divisions certes innovantes mais trop coûteuses. Le géant américain a vendu Advanced Technologies Group (ATG), sa division spécialisée dans le développement de voitures autonomes, à Aurora, une startup du secteur soutenue notamment par Amazon. Quelques jours plus tard, le groupe vendait sa division Uber Elevate, dédiée aux technologies aériennes et notamment aux taxis volants, à Joby Aviation, une entreprise concurrente.

Uber a cependant investi 125 millions de dollars dans Joby Aviation. Une manière pour le géant américain de garder un lien avec sa division Uber Elevate lancée en 2016, dans laquelle il fondait de grands espoirs. L’entreprise de Dara Khosrowshahi a mis en place une stratégie similaire avec Aurora en y investissant 400 millions de dollars, gardant ainsi une certaine emprise dans sa division dédiée aux voitures autonomes. Uber a ainsi pu prendre de la distance avec ce marché, pour que les pertes n’apparaissent plus dans ses comptes, tout en restant assez proche pour en profiter si jamais il finissait par décoller. En juin 2020, Uber avait déjà cédé son service de micro-mobilité Jump à Lime pour assainir ses finances.

En parallèle, le groupe a misé sur son service de livraison de plats à domicile. En février dernier, Uber annonçait le rachat de Drizly, une startup basée à Boston spécialisée dans le commerce d’alcool en ligne, pour en faire une filiale du groupe et intégrer ses services à l’application Uber Eats. En 2020, le groupe s’est également séparé d’un quart de ses employés, ce qui concerne plusieurs milliers de postes.

Au coude-à-coude avec Lyft

La stratégie d’Uber pour atteindre la rentabilité pourrait porter ses fruits dès ce semestre… et ce ne sera pas trop tôt, car en face, son principal rival Lyft a déjà affiché un Ebitda positif au deuxième trimestre. Pour y parvenir, Lyft a également dû sacrifier sa division de voitures autonomes, Level 5, vendue à Toyota pour 455 millions d’euros en avril dernier. À l’instar d’Uber, la startup californienne n’a pourtant pas renoncé entièrement au marché des véhicules autonomes puisqu’elle a conclu un partenariat avec le constructeur automobile Ford, en partenariat avec le développeur d’un logiciel de conduite autonome Argo AI, afin de lancer une flotte de robots taxis aux États-Unis.

Quoi qu’il en soit, Uber devrait satisfaire ses actionnaires cette année, à commencer par SoftBank qui détient encore près de 10% de son capital après avoir revendu pour 38 millions d’actions en janvier dernier. « On dit que la crise engendre des opportunités et cela a certainement été vrai pour Uber au cours des 18 derniers mois », conclut Dara Khosrowshahi.

Assiya Berrima

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